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Un mois en Suisse ou souvenirs d'un voyageur / recuillis par Hilaire Sazerac et ornés de croquis lithographiés d'après nature par Edouard Pincret
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une justice régulatrice, auraient, sans appel, payer quatre places au lieude deux-, ayant pour vis-à-vis un commis-voyageur, flanqué dun prêtre etdun vieux gentilhomme, jentendis le sifflement du fouet du postillondonner le signal du départ avec une joie inexprimable, que ne vint pointtroubler lidée quà quelques lieues de je mourrais sans doute de chaleurentre les deux énormes oreillers vivans qui ne laissaient arriver jusquà moiquun air brûlant et raréfié.

Ce serait ici loccasion de faire, en marchant de loin sur les tracesÿe M. de Jouy, quon a si souvent et si maladroitement imité, de faire,dis-je,des portraits, soit de fantaisie, soit daprès nature*, mais, je lavoue,uniquement occupé des Alpes , aucune autre pensée na pu entrer dansmon esprit, et jai porté lindifférence dont ( sil faut en croire Bernardinde St.-Pierre ) tous les voyageurs de noire nation doivent être accusés,

jusquà ne pas minformer même du nom de mes compagnons de voyage.

Jignore, au reste, ce que jy ai perdu !

Sens, Dijon, et tous les riches coteaux de la Bourgogne ne purent unseul moment fixer mon attention. Cependant la vue des sites pittoresquesque lon rencontre dans le voisinage de Besançon me tira de lespèce depréoccupation à laquelle je métais délicieusement abandonné depuis mondépart de Paris . Si mes heures neussent pas en quelque sorte été comptées,si le désir de voir incessamment la Suisse ne meût pas exclusivementtourmenté, jaurais pu sans doute essayer un croquis de quelques-uns desbeaux tableaux que javais sous les yeux; mais javais hâte darriver au but,et bien que Besançon soit une ville agréable, bien que sa situation, au seindun creux vallon, arrosé par le Doubs et dominé par les sommets du Jura ,soit véritablement charmante, je ne songeai point à marrêter dans sesmurs, et dès sept heures du soir je pris la route de Pontarlier .

Cependant je fus sur le point de séjourner malgré moi à Besançon .La diligence dans laquelle je comptais partir pour Pontarlier se trouvaremplie par une famille entière composée du père, de la mère, de deuxenfans et de deux nourrices. Je voyais avec douleur quil allait falloir recu-ler dun jour celui de mes jouissances, et déjà je me répandais en plainteslamentables, quand la jeune dame, mère des jolis enfans que je caressaissans aucun dessein prémédité, pénétrée de mon désappointement, intercédaauprès de son époux, qui voulut bien consentir à madmettre dans la voi-ture.

Au sortir de Besançon , on commence à monter assez rapidement lespremiers degrés du Jura . Des tableaux agrestes et variés décorent la route,et se développent successivement avec une admirable progression aux regardsdu voyageur. La dame qui avait acquis tant de droits à ma reconnaissance,