Le petit hameau cL’Aeschi est assis au sommet d’un fertile côteau, dontles pentes, doucement inclinées et parées d’une fraîche verdure, se baignentdans les eaux du lac de Thun.
L’auberge si vantée par notre guide n’était qu’un humble chalet où, àdéfaut d’un appartement somptueux, d’un repas délicat, nous trouvâmesles soins empressés de la plus franche hospitalité : du fromage, du lait,quelques fruits, tel fut notre souper$ des herbes sèches et parfumées, éten-dues sur quelques planches, tel fut aussi notre coucher: nous nous accom-modâmes fort bien de l’un et de l’autre, sans aspirer à une table mieux servie,ni à un lit plus moelleux.
Les voyageurs sont comme les amans et les ambitieux} ils ne dormentguère : une agitation secrète, un désir inconnu les tourmente sans cesse etde leurs yeux écarte le sommeil. Aussi, dès l’aube du jour étions-nousdebout-, un spectacle enchanteur nous attendait à notre réveil : c’était unmagnifique paysage. Des arbres chargés de fruits, des gazons émaillés defleurs,des eaux transparentes,des monts neigeux, des côteaux riants, occu-paient, à des plans divers, une place que l’art ne leur eût pas si bien assignée.
Devant nous et sur la rive opposée du lac, s’étendait un long rideau demontagnes dont les crêtes se dessinaient pittoresquement sur un ciel vasteet pur. Sur notre droite, on découvrait l’entrée de la caverne révérée del’apôtre qui, le premier, prêcha les dogmes du christianisme dans l’Hel-vétie (1). Plus loin, se développait une plaine fertile, et se montraient, ausein d’une belle végétation, les jolies maisons d’ÜNTEitsEEN, qu’environnaientd’un voile bleuâtre les vapeurs légères du matin ; et dans la région desnuages enfin s’élançait la superbe Jungfrau (2), dont on a trop souventretracé les sauvages beautés, pour qu’il me soit permis de les décrire encore.Toutefois, si je me refuse au plaisir de parler et de sa robe d’argent et de