chemin forme deux embranchemens. A notre droite descendait du montMalbrun le torrent de Binna 3 à notre gauche s’élevait le village de Viescii :là roulait le torrent du même nom, qui s’échappe d’un glacier. Ce glacierest une des ramifications des vastes mers de glace de la Yungfrau et duFinster Aarhom, au pied desquels nous cheminions, mais sans en pouvoirdécouvrir le faîte, qui nous était dérobé par les parois élevées de la pro-fonde vallée du Rhône .
Le pont de Nid-Aernen n’est pas moins hardi, quoiqu’il soit moins vanté,que le pont du Diable, qui figure au premier rang dans les x’écits de tousles voyageurs. Le fleuve, dont le lit en ce lieu se trouve resserré, bat de seseaux tumultueuses les rochers au travers desquels il s’est frayé un passage.Il bouillonne, il écume ; mais le bruit de ses ondes n’arrive à l’oreille quecomme un faible murmure, tant est profond le gouffre ténébreux quil’enserre.
A peu de distance de ce pont, dont la construction peut bien être attri-buée aux Romains, le chemin devient plus difficile : ce n’est plus qu’unsentier étroit, pénible et dangereux, où les eaux du Rhône et les rochers sedisputent le sol. Ce lieu a été le théâtre de plus d’un événement déplorable;et mon guide, tout en riant des précautions que je prenais dans ma marche,me conta que l’année précédente il avait vu périr sous ses yeux une jeunedame, qui, n’ayant pas assez retenu les pas de son cheval, fut avec lui pré-cipitée dans l’abîme.
Nous regagnâmes de nouveau la rive droite du Rhône , par Niederwald,Blizingen, Biel et Rekigen, villages assez populeux, coupés par des champset des prairies, dont la fécondité est renommée. Les maisons en bois deces hameaux sont commodes et bien bâties -, leurs habitans paraissent jouird’un tempérament robuste, exempt de maladies, et l’on peut aisément croirequ’ils parviennent à une grande longévité.
A Rekigen, notre guide fit halte pour se désaltérer; car, il faut bien queje le dise en passant, la soif était chez lui un mal incurable (1). A Rekigenaussi je renvoyai ma bête de somme et son conducteur ; car si j’avais voulum’en servir pour aller une lieue plus loin, on aurait exigé de moi le doubledu prix convenu. On voit par-là que les loueurs de chevaux suisses ont ab-
(0 J’ai, cette année, en parcourant les mêmes lieux, appris quà force d avoir voulu l’étanclieril était mort des copieuses libations qu’il avait faites. Si la sobriété des Suisses est en généra
louee par les voyageurs, les guides doivent faire exception et n’être pas compris dans cet élog<obligé.
•3e. -
partie.
2