xxx DISCOURS
Peut-être , admirateurs outrés des anciens, en appîiquerent-ilstrop servilement les principes au temps où ils récurent, &auxarmes en usage alors. Peut-être retarderent-ils par lk nos pro-grès , parcs que leur autorité fut lorig-temps décisive , pour lesiecle suivant, parce qu’elle soutint long-temps le préjugé despiques & de Tordre de profondeur. Mais ce qu'il y a de cer-tain du moins, c’est que fous eux fart militaire reprit naissance,& que TEurope étonnée dut crier au miracle , quand elle vitles troupes, le camp & les succès de Gustave.
Après fa mort, Bannier, Gaflion, Veimar, Turenne ,Mon-tecuculi , combattirent d’après ses principes. L’art militaire fit,fur quelques points encore, de nouveaux progrès. Ce fut letemps des grands généraux, commandant de petites armées, &faisant de grandes choses. Mais la tactique relia dans Tenfance.II sembloit qu’on n’osoit perdre de vue lespremieres institutions.On craignit de s’égarer en s’écartant de Tordonnance des an-ciens. On conserva les piques. On continua de croire que laforce de Tinfanterie consistoit dans la densité de son ordre , &dans son impulsion. On cita toujours les anciens, & on ne s’ap-perçut pas qu’il y avoit deux mille ans encre les anciens L nous,qu’ií falloit d'autres principes , parce que les armes , les con-stitutions , & sur-tout la trempe des âmes , n’étoient plus lesmêmes.
Le dix-septieme siecle & le commencement de celui-ci éclai-rèrent de plus en plus TEurope fur quelques branches de laguerre ; mais fur d’autres ils la laissèrent, ou la rejetèrent dansles ténèbres. Cohorn & Vauban perfectionnerent Tattaque desplaces. Nous fûmes créateurs en ce genre, & , quoiqu’on endise , bien supérieurs aux anciens. L’art de la défense ne fit pasles mêmes progrès ; soit parce que le courage avoit baissé , écque c’est le courage qui eíl le véritable rempart des places ; soitparce qu’on ne réfléchit pas assez qu’il n’y a de bonne défense,que celle qui est; offensive , & qui multiplie les ^obstacles fur lespas des aísiégeans. M. de Cbamilli défendit Grave suivant ceprincipe , & il a eu peu d’imitatetirs.
II se fit en même temps, à d’autres égards, des cha ngemensbien mal-entendus , bien funestes à l’humanité & à la perfe-ction de la science militaire. On eut, par exemple, des arméesbeaucoup plus nombreuses ; on multiplia prodigieusement l’ar*