de T A C T I Q^U E. Part. L ror
La cavalerie n’a qu’une maniéré de combattre , c’est par la charge oupar le choc. Toute action de feu en troupe lu! est impropre ; on n’a qu’àvoir même combien est inutile &; peu meurtrier le feu aes troupes légè-res à cheval, quoique éparpillées & pouvant tirer avec liberté Lc fang-froid. Si on laisse des armes à feu à la cavalerie , ce n’est donc pas pours’cn servir à cheval, c’est pour en faire usage, dans la supposition oùfaute d'infanterie , elle feroit obligée de mettre en partie pied à terre,pour garnir la tête d’un ;défilé , ou pour occuper un poste : je voudroisqu’elle fût, pour cet effet, armée d’une carabine Sc d’un seul pistolet.
Si la charge ou le choc est la feule action propre à la cavalerie , il fautchercher à rendre ce choc redoutable j comment y parvenir ? En au-gmentant fa vitesse. En voici les raisons.
E'avantage principal Sc décisif de la cavalerie , c’est la vélocité desmouvemens ; io. parce qu’elle ajoute à la force du choc dont je vaistout à l’heure démontrer faction physique ; zo. parce que hors de factiondu choc , elle fait que, dans une disposition de combat, la cavalerie fetransportant avec rapidité d’un point à f autre , fait changer de face auxcirconstances Sc à la fortune.
On doit entendre par la plus grande vitesse possible de la cavalerie,non la plus grande vitesse possible d’un cavalier seul, Sc abandonné à favélocité , mais la plus grande vitesse possible d’une troupe , conservantcependant toujours son ordre Sc proportionnant cette vitesse à la distancedu but dont elle part, jufqu’au but où elle íê porte , Sc à f objet qu’elledoit remplir en y arrivant. On avoir faussement cru en France , que cettevitesse étoit incompatible avec f ordre. Delà , par exemple , la cavale-rie ne fçavoit pas manœuvrer au galop ; delà elle avoir adopté une ma-nière de charger f ennemi, qu’on appelloit charger en fourrageurs ; parceque véritablement cette cavalerie ainsi à la débandade , rèssembloit a unetroupe de fourrageurs lâchés Sc fe dispersant dans f enceinte de la chaîne.II étoit véritablement plaisant que ce fussent-là f image Sc f étymologiede la seule manœuvre de combat , que sçût exécuter la cavalerie Fran-çoise. Avec cela j'entends encore quelques anciens officiers réclamer cettemaniéré de charger. C’étoit celle de la nation , difent-ils ; ainsi nos pè-res battirent f ennemi à Fleurus, à Leuze , &c. En effet, Sc c’est-làfans doute ce qui a contribué à retarder chez nous les progrès des lumiè-res , notre valeur s’est de temps en temps créé quelques époques de gloi-re au milieu de notre ignorance. Mais, peut-on répondre à ces anciensofficiers, vos ayeux furent battus dans mille autres occasions ; Crecy ,Poitiers , Azincourt, Ramifies, Hochstett, nous font rougir encore.Dans combien d’autres combats notre chevaleresque ignorance ne nous a-t-elle pas été funeste ? Je veux qu’èlle soit redoutable dans Ion premiereffort ; elle est incapable d’un second : repoussée , elle ne fçait point ferallier -, victorieuse , elle ne peut pas profiter de fa victoire. En voulez-vous une preuve ? Aucune nation n’a perdu de batailles aussi honteuses,aussi décisives, que la nôtre i aucune n’en a gagné fi peu de décisives