DE T A C T I Q^U E. Partie /. r zy
réíultat est connu avant qu’elles ne se tiennent ; soit parce que l’auto-rité des officiers qui y président, entraîne & couvre toutes les opinions,soit parce que chacun y apporte sa prévention plutôt que son jugement,& l’avis qu’il veut conserver plutôt que l’impartialité qui fait qu’on veutvoir avant que de juger.
Cette digression sur les avantages de l'artillerie & fur les progrès quilui restent a faire , servira à fixer plus précisément l’opinion qu’on doitavoir de son utilité. Se persuader , comme l’ont fait quelques tacticiens,que l’artillerie est un accessoire plus embarrassant qu’utile , plus bruyantque meurtrier ; en conséquence ne pas parler de í’artillerie, ne la faireentrer pour rien dans les combinaisons de la tactique, c’est une erreurque l’expérience & la raison condamnent. Dire , avec quelques officiersd’artillerie, qui l’ont avancé dans un manuscrit estimable d’ailleurs, («)que l'artillerie eft l'ame des armées , que la supériorité d'artillerie doit déci-der la viéloire , c’est une autre erreur qui est ou l’effet d’une préventionde corps , ou celui de l’amour de l’art qu’on cultive. Tel l'eroit l’aveu-glement extrême èc également déraisonnable de deux hommes qui croi-roient, l’un, que tous les mobiles, lancés par les bouches à feu , at-teignent leur but, que l’exécution de l’artillerie est certaine & terrible;èc l’autre , que le hasard seul dirige ces mobiles , & qu’en. conséquencel’effet du canon ne doit être compté pour rien dans la combinaison d’unedisposition.
Mais qu’importe d’où proviennent les erreurs, dès qu’elles font réel-les ? Trop vanter l’artillerie & trop croire à ses effets , la déprimer trop& faire trop peu de fonds fur elle , ce font deux extrêmes égalementpréjudiciables. Je vais chercher le juste milieu entre ces extrêmes ; jevais le chercher fur-tout relativement à la propriété & aux effets de l’ar-tillerie , dans la guerre de campagne, puisque c’est à elle principale-ment que la tactique a rapport.
L’artillerie est aux troupes, ce que font les flancs aux ouvrages defortification. Elle est faite pour les appuyer, pour les soutenir , pourprendre des revers & des prolongemens fur les lignes qu’elles occu-pent. Elle doit, dans un ordre de bataille, occuper les saíllans, les pointsqui font contrefort, les parties foibles, ou par le nombre , ou par l’es-pece des troupes, ou par la nature du terrein. Elle doit éloigner l’en-nemi , le tenir en échec, l’empêchcr de déboucher. L’artillerie bienemployée relativement à ces différens objets, est un accessoire utile,& un moyen de plus pour l’homme de génie : donc la tactique de l’ar-tillerie doit être analogue à celle des troupes ; donc il faut que les com-mandans des troupes connoislènt du moins le résultat qu’on çeut atten-dre des différentes dispositions, ou exécutions des bouches a feu, afinde combiner ce résultat dans leur disposition générale.
{a) Cç manuscrit est intitulé Du service de l’artillerie dans la guerre de campagne-.il est le résultat des conférences tenues par les capitaines du régiment d’Auxonne.
Tome I. S