iz8 ESSAI G E N E R A L
Machines, agens, poutre , mobiles, milieux , circonstances , tout,en un mot, contribue à rendre les portées des bouches à feu incertaines,soit pour la justesse , soit pour l'étendue. Pointez à la portée du but enblanc , une piece fur un objet isolé qui présente peu de surface : il fau-dra peut-être dix, peut-être cent coups avant que de toucher cet ob-jet. Je le suppose atteint : le coup suivant tiré sous le même angle deprojection, par les mêmes canonniers, avec la même charge, la mêmequalité de poudre en apparence , s’écartera plus ou moins sensiblementdu même but. Que conclurre de cette incertitude ? Que le canon, con-sidéré dans son effet individuel, 8c pointé vers un objet isolé 8c présentantpeu de surface , est une machine peu , ou point du tout redoutable.Mais ce n’est point ainsi qu’on l’emploie dans les combats. 11 n’y est pasquestion d’un point unique ; ce font des lignes, des masses de troupes ;là , si l’on entend l’usage de l'artillerie , on forme de grosses batteries, onbat non des points déterminés, mais des espaces , des débouchés ; on faitusage du ricochet > on prend des prolongemens ; on s’attache uniquementà porter ses mobiles dans le plan vertical de l’ordonnance ennemie ; onremplit, non le petit objet de démonter un canon , ou de tuer quelqueshommes, mais le grand objet , l’objet décisif, qui doit être de cou-vrir , de traverser de feux le terrein qu’occupe l’ennemì, 8c celui parlequel l’ennemi voudroit s’avancer. L’artillerie ainsi emplacée , ainsi exé-cutée , fait beaucoup de mal, 8c encore plus de frayeur.
Voilà les effets avantageux qu’on peut se promettre de l'artillerie :ils deviendront moins décisifs 8c moins redoutes, à proportion que lestroupes seront plus aguerries, mieux ordonnées 8c plus manœuvrieres.Bien aguerries, elles ne s’exagéreront pas le ravage que peut causer l’ar-tillerie ennemie ; elles ne prendront pas la quantité de bruit, pour laquantité de danger ; elles sauront que , pour dix lignes de direction quipeuvent conduire les boulets vers elles, il y en a cent d’abberration oùils ne peuvent leur nuire ; elles sauront la nécessité d’essuyer le feu du ca-non une fois posée , que si l’on est en panne , ou si l’on combat de piedferme, la frayeur ne garantit pas ; que si l’on marche pour attaquer,le moyen de faire cesser , ou du moins de diminuer le danger , est d’ar-river fur l’ennemi , parce qu’alors l’ennemi s’étonne , chancelle , 8cpointe avec moins de justesse. Bien ordonnées 8c habilement manœu-vrieres , elles s’cn tiendront, devant le canon , à une ordonnance mince8c qui offre à ses coups le moins de prise possible. Si elles sont en co-lonne , elles sauront promptement quitter cet ordre de profondeur, pourse mettre en bataille par des mouvemens simples, rapides, qui ne pour-ront occasionner ni désordre ni confusion. Elles sauront , au moyende la discipline 8c de l’habitude de manœuvres , qu'elles auront contra-ctée , se mettre à l’abri du feu de l’artillerie , par tous les moyens qu’of-frira le terrein j là , si elles sont en panne , mettre devant elles une pe-tite éminence, fe couvrir d’un ravin, fe rassembler en colonne derriereun rideau , st placer derriere un terrein mol 8c marécageux où le ricochet