272 Traité des Preuves
qui marquent pour le moins autant d’igno-
rance que de malignité.
L’un vous parlera d’un contrepoison deVenise , qu’aucun Physicien n’a jamais con-nu , comme d’un antidote universel, capa-ble d’arrêter l’eíFet de toutes sortes de poi-sons, comme s’ils étoient tous de la mêmenature, & qu’ils puílènt être guéris par lemême remede.
Joly raconte dans ses Mémoires, quele Cardinal de Retz ayant été enfermé auChâteau de Vincennes, la Ducheffè de Les-diguieres s'imagina, “ qu’il pourroit avoir„ besoin de contrepoison ; elle en donna„ deux petites boîtes au Marquis de Vil-„ lequier, qui l’avoit arrêté, pour les lui„ faire tenir. „ Précaution évidemmentabsurde, qui prouve que cette Dame n’a-voit pas la moindre idée des premiers élé-ments de la Médecine & de la Physique :car pour juger de l’effet & de futilité d’uncontrepoison, il fàudroit savoir auparavantquelle est la nature du poison dont on veutarrêter les effets : or lequel des amis ou desparents du Cardinal de Retz pou voit- il avoirîa moindre connoisiànce de l’espece de poi-son qu’ils s’imaginoicnt qu’on lui prépa-roit? On lui envoyoit donc au hazard desdrogues qui pouvoient ausiì-bien lui nuireque lui servir, selon quelles étoient pro-