334 Traité des Preuves
„ Le courage du Maréchal de Chatillon„ écoit une intrépidité lente & pareílèuse;„ celui du Maréchal de la Meilleraye avoir„ une ardeur fore propre à preíler un Sie-„ ge, & un grand emportement dans les„ combats de campagne ; la valeur du„ Maréchal de Rantzau étoic admirable„ pour les grandes actions, elle a pu fau-„ ver une Armée ; mais on eût dit qu’elle„ mettoit au-deílòus d’elle les périls coin-„ muns, à la voir si nonchalante dans les„ petites & fréquentes occasions où le fer-„ vice ordinaire fe faifoit : celle du Ma-„ réchal de Gaíîìon, plus vive & plus agisi„ santé, pouvoir être utile à tous les rao-„ ments; il n’y avoir point de jour qu’elle„ ne donnât à nos Troupes quelque avan-,, rage fur les ennemis : il est vrai qu’on la„ voyoit moins libre à la vue d’une grosiè„ affaire. Ce Maréchal, si aventurier pour„ les partis, si brusque à charger les ar-„ riere-gardes, craignoit un engagement„ général, occupé de la pensée des évé-,, nements, lorfqu’il falloir agir plutôt que„ penser.
Mais pour pouvoir faire de pareils por-traits, il faut avoir vécu avec ceux que l’onveut peindre, & il faut encore avoir ungénie propre à distinguer toutes ces nuan-ces, qui ne peuvent être apperçues que