GERMINAL.
97
les estaminets, les débits de bière, si nombreux, que, surmille maisons, il y avait plus de cinq cents cabarets.
Comme elle approchait des Chantiers de la Compagnie,une vaste série de magasins et d’ateliers, la Maheude sedécida à prendre Henri et Lénore par la main, l’un àdroite, l’autre à gauche. Au delà, se trouvait l’hôtel dudirecteur, M.Hennebeau, une sorte de vaste chalet séparéde la route par une grille, suivi d’un jardin où végé-taient des arbres maigres. Justement, une voiture étaitarrêtée devant la porte, un monsieur décoré et une dameen manteau de fourrure, quelque visite débarquée deParis à la gare de Marchiennes ; car madame Hennebeau,qui parut dans le demi-jour du vestibule, poussa uneexclamation de surprise et de joie.
— Marchez donc, traînards ! gronda la Maheude,en tirant les deux petits, qui s’abandonnaient dans laboue.
Elle arrivait chez Maigrat, elle était tout émotionnée.Maigrat habitait à côté même du directeur, un simplemur séparait l’hôtel de sa petite maison; et il avait là unentrepôt, un long bâtiment qui s’ouvrait sur la route enune boutique sans devanture. Il y tenait de tout, de l’épi-cerie, delà charcuterie, de la fruiterie, y vendait du pain,de la bière, des casseroles. Ancien surveillant au Voreux,il avait débuté par une étroite cantine; puis, grâce à laprotection de ses chefs, son commerce s’était élargi,tuant peu à peu le détail de Montsou. Il centralisait lesmarchandises, la clientèle considérable des corons luipermettait de vendre moins cher et de faire des créditsplus grands. D’ailleurs, il était resté dans la main de laCompagnie, qui lui avait bâti sa petite maison et sonmagasin.
— Me voici encore, monsieur Maigrat, dit la Maheuded’un air humble, en le trouvant justement debout devantsa porte.
9