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LES ROUGON-MACQUART.
naçait d’embaucher des ouvriers en Belgique ; en outre,elle intimidait les faibles, elle avait décidé un certainnombre de mineurs à redescendre. Il gardait sa voixmonotone comme pour insister sur ces mauvaises nou-velles, il disait la faim victorieuse, l’espoir mort, la luttearrivée aux fièvres dernières du courage. Et, brusque-ment, il conclut, sans hausser le ton.
— C’est dans ces circonstances, camarades, que vousdevez prendre une décision ce soir. Voulez-vous la con-tinuation de la grève ? et, en ce cas, que comptez-vousfaire pour triompher de la Compagnie ?
Un silence profond tomba du ciel ctoilé. La foule,qu’on ne voyait pas, se taisait dans la nuit, sous cetteparole qui lui étouffait le cœur ; et l’on n’entendait queson souffle désespéré, au travers des arbres.
Mais Etienne, déjà, continuait d’une voix changée. Cen’était plus le secrétaire de l’association qui parlait,c’était le chef de bande, l’apôtre apportant la vérité.Est-ce qu’il se trouverait des lâches pour manquer àleur parole? Quoi! depuis un mois, on aurait souffertinutilement, on retournerait aux fosses, la tête basse, etl’éternelle misère recommencerait ! Ne valait-il pasmieux mourir tout de suite, en essayant de détruire cettetyrannie du capital qui affamait le travailleur? Toujoursse soumettre devant la faim, jusqu’au moment où lafaim, de nouveau, jetait les plus calmes à la révolte,n’était-ce pas un jeu stupide qui ne pouvait durer da-vantage? Et il montrait les mineurs exploités, supportantà eux seuls les désastres des crises, réduits à ne plusmanger, dès que les nécessités de la concurrence abais-saient le prix de revient. Non ! le tarif de. boisage n’étaitpas acceptable, il n’y avait là qu’une économie déguisée,on voulait voler à chaque homme une heure de son tra-vail par jour. C’ctait trop cette fois, le temps venait oùles misérables, poussés à bout, feraient justice.