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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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4.02

FRAGMENTS

SUR LA MANIÈRE DÉCRIRE LIIISTOIRE.

La première chose que doit faire celui qui veutécrire lhistoire , cest de choisir un sujet qui soitbeau et agréable aux lecteurs. Cest un avantagequHérodule a par-dessus Thucydide ; car Héro-dote raconte la guerre que les Grecs ont eue con-tre les Barbares, et les actions des uns et des au-tres , dignes de nêtrc jamais oubliées ; au lieu queThucydide nécrit quune seule guerre, et encoreinfortunée, quil gémit à souhaiter qui neüt ja-mais été, et qui fût ensevelie dans le silence, carlui-même éloigne son lecteur, en lui disant quij

va lui raconter des malheurs horribles, des villesdésertes ou renversées , des morts sans nombre ,des pertes, des tremblements de terre, des éclipsesplus fréquentes quelles nont jamais été.

La seconde chose que doit faire un historien,cest de bien considérer il commence et il linit. Hérodote a encore cet avantage surThucydide ; car le premier commence à la pre-mière injure que les Barbares firent aux Grecs , etfinit à la bataille que les Athéniens perdirentcontre ceux du Péloponèse.

EXTRAIT DU TRAITE DE LUCIEN:

COMMENT IL FAUT ÉCRIRE LHISTOIRE.

Léloge et ['histoire sont éloignés infiniment;et, comme disent les musiciens, àlç OKX'KCtzcoVjc'est-à-dire que ce sont les deux extrémités.

Il ny a guère moins de différence entre lhis-toire et la poésie. Le poète a besoin de tous lesdieux. Quand il veut peindre Àgatncinnon, il luifaut la tête et les yeux de Jupiter, la poitrine deNeptune, le bouclier de Mars; mais lhistorieiipeint Philippe borgne, comme il étoit.

L'ulilitc est le principal objet de l'histoire. Leplaisir suit lutiiilc, comme la beauté suit dordi-naire la santé.

Lhistorien a pour juges des lecteurs malins,qui ne demandent pas mieux que de Le repren-dre, «l qui lexaminent avec lu même rigueurquun changeur examine la monnoie.

Alexandre jeta dans lIIydaspe l'histoire dÀris-tobule, qui lui atlribnon des actions merveilleusesquil na voit point faites , dans la bataille contrePorus, et lui dit quil lui faisoit grâce de ne lypas faire jeter lui-même.

Il y a des historiens qui croient faire.grand plai-sir à un prince en ravalant le mérite de ses en-nemis. Achille seroit moins grand , sil navoit dé-fait que Thersite au lieu dIlector.

Dautres invectivent contre le chef des ennemis,comme sils voulnient le défaire la plume à la main.

Il 2 se moque dun historien impertinent quivouloit imiter, ou pour mieux dire copier Thucy-dide en toutes choses, jusquà faire arriver unepeste dans le camp des ennemis, pareeqn il y aune peste dans Thucydide. Il coimnençoit en dé-clinant son nom, et mettoit." Creperius a écrit, etc,11 faisoit une oraison funèbre, à limitation dePériclès, et la faisoit réciter par un centurion.

Un autre remplira son histoire de petits détailset de mois de lart, comme feroit un soldat ou unouvrier qui auroit travaillé dans le camp.

Un autre emploiera tout son temps à faire den-nuyeuses descriptions ou de lhabillement et desarmes du général, ou dun bois , ou dune ca-verne ; et, quand il vient aux grandes affaires , il yest neuf, comme un valet héritier de son maître,et qui ne sait comment mettre ses habits , ni surquelles viandes il doit se ruer, préférant quelquesméchants haricots aux perdrix et aux faisans.

Ils pensent attraper le merveilleux en écrivantdes choses contre le vraisemblable, des blessuresprodigieuses, des morts incroyables.

Un autre faisoit des noms grecs de tous les nomslatins, appeloit Cbronos Saturnin, Fronlin Fron-ton . etc.

Ils se servent quelquefois de phrases magnifi-ques, comme pourroil faire un poète, et tom-bent toul-à-coup dans de basses expressions. Lestun homme qui a un pied chaussé dun brodequin,et une sandale à lautre pied.

11 y en a qui incitent de magnifiques prologuesan-dcvanl dune histoire peu importante. Le cas-que est dor et la cuirasse est de haillons; et toutle inonde sécrie : La montagne accouche.

Un autre entrera dabord en matière , et croiraimiter Nénophon , qui commence ainsi : Darius etParysatis eurent deux lils. Mais il ne volt pas quily a des prologues qui sont imperceptibles, et quisont pourtant des prologues.

Ils confondent Ionie la géographie. Ils décriventcurieusement et fort au long de petites choses, etpassent légèrement sur les grandes. Ils ont grandsoin de bien examiner le piédestal, et ne disentpresque rien de la statue.

Un qui néloil jamais sorti de Corinthe commen-çoit ainsi son histoire : k Les yeux sont de plussûrs témoins que les oreilles ; » et après cela-crivoit la Perse et tout ce qui s'y rencontroit dex-iraordinaire.