DE TRADUCTIONS. 403
Un aulre nvoil fait un prologue prophétique,promettant d’écrire le tiiomphe dans un temps oùla guerre n'éloit pas encore terminée.
Voilà le» principales fautes où peut tomber unhistorien; voici les principales qualités qu’il doitavoir :
I.es deux plus nécessaires, ce sont un bon senspour les choses du monde et une agréable expres-sion. CTUVEGTV ?£T, -AcTlXVjV XCU ^VV«jJ.EV COp.Y}’vsuüXY/V. La pr» mîcre est un don du ciel: l’au-tre se peut acquérir par un grand travail et unegrande lectine des anciens.
Un historien doit être capable d’agir lui mêmeet de commander en un besoin. J1 faut qu’il ait vul'armée; des soldats rangés en bataille et faisantl’exercice ; ce que c’est qu’une aile , qu’un front,des bataillons , des escadrons; qu’il ail vu de prèsdes machines de guerre , et qu’il ne s’en rapportepas aux yeux d’autrui.
Surtout il doit être libre , n’espérant et ne crai-gnant rien , inaccessible aux présents et aux ré-compenses; appelant figue une figue, etc.; nefaisant grâce à personne , et ne respectant lien parune mauvaise honte ; juge équitable et indill'érenl,sans pays, sans maître, et sans dépendance,a-77o).:ç, ocvlovofAOÇj aS’a<7c).su7oç ; qu’il diseles choses comme elles sont, sans les larder ni lesdéguiser; car il n’est pas poète, il est narrateur,cl par conséquent n’est point responsable de requ'il raconte. En un mot, il faut, qu'il sacrifie à laseule Térité, et qu’il n’ait pas devant les yeux desespérances aussi courtes que celles de celle vie,mais l’estime de toute la postérité. Qu’il imite cetarebiteetc du phare d’Egypte, qui mit sur duplâtre le nom du roi qui l’employoit , mais sousce plâtre son propre nom , sachant bien que leplâtre Iroinberoit après sa mort, et que son nom severroil éternellement sur la pierre.
Alexandre a dit pins d’une fois : « Oh! que ne« puis-je revenir dans trois ou quatre cents ans« pour entendre de quelle manière les hommes« parleront de nous! »
IL ne faut point se mettre eu tête d'avoir unstyle si magnifique et si guindé ; il faut s’y pren-dre plus familièrement. Que les idées soient pres-sées, c'est-à dire que ce ne soient point des pa-roles vagues, et qu’il y ait du sens et des chosespartout; mais quel’expression soit claire, et commeparlent les honnêtes gens. Car, comme l'historienne doit avoir dans l'esprit que la liberté et la vé-rité, il faut aussi qu’on n’ait pour but dans le styleque la netteté , et de représenter les choses tellesqu’elles sont ; en un mot, que tout le uiondeTen-tende, et que les savants le louent; ce qui arri-vera, si on se sert d’expression» qui ne soient pointtrop recherchées, ni aussi trop communes.
Il finit pourtant que l’historien ait quelquechose du poète dans ie8 pensées, surtout quandil viendra à décrire une bataille, des arméesqui se vont choquer, des vaisseaux qui coihbal-tent le» uns contre les autres. C’est alors qu’on n
besoin , pour ainsi dire , d’un vent poétique quien Ile lis voiles, qui fasse grossir la mer. Mais ilfaut pourtant que l’expression ne s’élève guèrede terre, et qu’elle ne se ressente en rien de lafureur des corybantes; enfin il faut aller brideen main.
N’avoir point trop de soin de l’harmonie et duson , mais aussi ne pus écorcher les oreilles.
Il faut bien prendre garde de qui on prend desmémoires , et ne consulter que des gens non sus-pects de haine ou de complaisance , soit pour eux-mêmes , soit pour les autre».
Quand on n fait provision de bons mémoires,alors il faut les coudre , ri faire comme une suiteou un corps d'histoire , sec et décharné d’abord ,pour y mettre ensuite la chair cl les couleurs.
Il faut, comme le Jupiter d’Homère, quel’bis-lorien porte les yeux de tous cotés, tantôt sur lesThraces, tantôt sur les Mysiens; qu’il voie aussibien ce qui se passe dans le parti des ennemiscomme dans l’autre parti J ; qu’il mette tout dansune égale balance, qu’il se mêle, qu’il combatte,qu’il fuie avec les fuyards, qu’il donne la chasseavec les victorieux.
Son esprit doit être comme un miroir pur etsans tache , qui reçoit les objets tels qu’ils sont,ne mettant rien du sien qu’une expression naïve,sans se mettre en peine de quelle nature est cequ’il dit, mais bien de quelle manière il le doitdire. C’est aux Athéniens à lui fournir l’or et l’i-voire , et à lui de tailler l’un ou l’autre , et de lemettre en œuvre.
Il faut que la narration ne soit point décousue.Non seulement les choses doivent »e suivre, maiselles doivent se tenir les unes aux antres.
Il faut savoir négliger les petites choses, et nepoint trop s’étendre dans les descriptions. TémoinHomère , qui en a pu faire de si belles, et qui asi souvent passé par-dossus courageusement.
Ne croyez point que Thucydide soit long dansla description de la peste ; songez de quelle im-portance est tout ce qu’il dit: il fuit les choses,mais Tes choses l’arrêtent malgré lui.
On peut s’élever et è re orateur dans les haran-gues, pourvu qu'elles conviennent à celui quiparle.
Il faut être court et circonspect dans les juge-ments que l’on porte des un» et des autres, tou-jours être appuyé de preuves, éviter d’être ca-lomniateur, et ne les point faire mal à propos 4 .Songez surtout que vous n’êtes point devant lesjuges, et qu'il ne s’agit pas de faire le procès àceux dont vous parlez. Théopompc a passé en celales bornes, et semble plus un accusateur qu’unhistorien.
S’il se présente des fables ou des choses peuvraisemblables, contez-les, mais non pas commeles croyant et voulant forcer les autres à les croire ;mUis donnez-les pour ce qu’elles sont, Sans lesappuyer.