404 FRAGMENTS
TRADUCTION
DE LA VIE DE DIOGENE LE CYNIQUE
ÉCRITE PAR DIOGÈNE LAEEGE.
Diogene, natif de Sinope, étoit fils d’un chan-geur nommé Icésius. Dioclès rapporte qu’il futobligé de s’enfuir de son pays à cause que sonpère, qui lenoit la banque publique, avoit faitde la fausse mmmnie Mais Euelide , dans le livrequ’il a écrit de ce philosophe, assure que ce futDiogène lui même qui fut atteint de ce crime, etqu'il fut banni pour cela de Sinope avec son pcre ;et en effet, il confesse ingénu ment lui-même dansgon Podute, d’avoir fait de la fausse monnoie 5 .Quelques uns disent qu’ayant été créé maître dela monnoie , les ouvriers qui travailloient souslui lui mirent en tête de la falsifier, et que pource sujet il vint 6 à Delphes et à Délos, pays d’A-pollon , pour savoir de ce dieu s’il leroit ce qu’onlui conseilloit, et que l’oracle rayant encore con-firmé dans celte résolution, il fil en effet delàfausse monnoie , ne prévoyant pas et qui en pour-roi l arriver ; si bien que depuis, la chose ayantété découverte , il fut banni, mi , comme d'autre»veulent, il se retira de lui-même, par la craintequ’il avoit. Il y en a d’autre» qui racontent qu’ayantreçu de son père l'intendance de la monnoie, il lafalsifia , et que, pour ce sujet , le premier fut misen prison , où il mourut, mais que Diogène , heu-reusement pour lui, se sauva. Ces même» auteoçsassurent qu’il vint, à la vérité, à Delphes, toute-fois qu’il ne demanda pas à l'oracle s’il feroil dela fausse monnoie; mais ce qu’il feroil pour serendre illustre dans le monde, cl que l’oracle là-dessus lui dit d’en faire.
Etant arrivé à Athènes, il alla aussitôt trouverAnlisthène , pour être reçu au nombre de ses dis-ciples; et, bien que ce philosophe eût résolu dene plus recevoir personne , et le rabrouât d'abordfort rudement, Diogène le vainquit néanmoinspar son obstination: car comme Anlisthène levaun bâton pour le frappers'il ne se relirait : Frappe,lui dit üîogène, pu lui présentant hi tête, maissache que tant que lu parleras il n’y a point debâton si dur qu’il me puisse chasser d’auprès deloi. Anlisthène le reçut dès lors au nombre de sesdisciples ; et, depuis ce lemps-là , il commença àvivre avec une simplicité lotit-à-faiI grande, ettelle qu’il convenoil à un misérable banni, commeil i-taït. Théophraste , dans son Mégarique , dit delui, que voyant un jour eouiir un rat, il prit delà un sujet de se consoler; considérant que ce pe-tit animal vivoit à son aise dans des trou» obscur»,sans se soucier ni de coucher dans un lit, ni demanger des morceaux délicats. Il fut le premier,
au rapport de quelques uns, qui s’avisât de fairedoubler son manteau (à cause du besoin qu’il enavoit), parcequ’il avoit accoutumé de s'entortillerdedans quand il vouloil dormir. Tl porloit aussiordinairement une besace où il meltuit ses provi-sions; car il n'rivoit point de lieu particulier nùse retirer quand il votiloit ou manger, ou dormir,ou étudier; mais le premier endroit où il se trou-voit lui étoit bon , et, à propos de cela , il disoitque les Athénien» lui nvoient bâti nu palais ma-gnifique pour prendre ses repas, montrant le por-tique du temple de Jupiter. Il prit, au commen-cement, un bâton par nécessité, à cause qu'ilreievnil de maladie ; depuis, à la vérité , il ne leporta plus dans la ville : mais toutes les fois qu’ilalloil aux champs , il n'alloil point sans sa besaceet son bâton, comme rapportent Olympiodore,Polyeucte et Lysanias. Ayant écrit à un de sesamis de lui chercher quelque maisonnette pour seloger, et voyant que cet homme ne se pressoil pastrop de lui en trouver, il s’alla loger dans xm ton-neau qui étoit dan» la place de Mélroos, ainsiqu’il le déclare lui-même dans ses lettres. Pours'endurcir au chaud et au froid , il avoit accou-tumé, Pelé, de se rouler sur du sable brûlant,et l’hiver, il embrassait des statue» couvertes deneige. G'éloit un homme, au reste, d’un naturelextrêmement piquant et railleur.
Il disuit des combat» qui se l'ont en l’honneur deBaerhus. que c’éloit de grandes merveilles pourétonner les sots; et des orateurs de son temps,qu'ils étoient les valets de la populace. Il disoitaussi que quand il comùdéroil dans cette vie lesmagistrats , les médecins et les philosophes,l'homme lui paroissoit l'animal du monde le plussage et le plus raisonnable; mais que lorsqu’il ve-nt» h ensuite à contempler le» devins, les ambi-tieux, 1rs avares, et toute autre semblable ma- j
nière de gens, il ne trouvait rien do si fou que j
l’homme. II répélnil souvent celle parole , qu’un 1homme devoit toujours faire provision , on de rai- 1son pour se consoler dans les adversités de la vie,ou de corde» pour se pendre. Voyant un jour Pla-ton à un festin magnifique, qui ne rnangeoit que !de» olives : D’où vient, lui dit-il, grand pliiloso- iphe, que vous , qui avez été autrefois lotit exprèsen Sicile pour manger de bons morceaux, main-tenant que vous êtes à même, vous n'en mangezpoint? J’atteste les dieux, répliqua Platon, quelà , non plus qti’irj, je ne vivois que d'olives etd’autres semblables fruità. Qu’étoit-il donc néces