4o6 FRAGMENTS
iiiadc, et que les enfants de son maître l’enterrè-rent.
Lorsqu’il fut à l’article de la mort, Xéniadeluidemanda de quelle manière il Touloit être enterré :Le visage dessous, rcpril-il; car ceux qui sontdessous auront bientôt le dessus. Il disoit cela àcause des progrès des Macédoniens , qui, de petitscommencements, s’éloient élevés à une grandepuissance. Quelqu’un Tayaut mené chez lui, le priade ne point cracher, de peur de rien gâter dans samaison , qui éloit merveilleusement propre et bienparée ; mais Ibopène , sans dire mot, lira un groscrachat du fond de son estomac , et le lui jetant annez : Excusez, lui dit il ,c>>t que je n'ai trouvéque ce lien-là ici d’assez sale pour cracher. II y ena qui prétendent que ce mot est d’Aristippe. Uneautre lois, étant au milieu de la rue. il se mit àcrier : Que tout ce qu’il y a d’hommes ici vienneà moi! En mémo temps, plusieurs s’amassèrentautour de lui ; mais Diogène les écartant avec sonbâton : Je demandons des hommes, dit-il, et nonpas des bêles. C’est Ilécaton qui rapporte cela dansson premier livre des Sentences. On raconte d’A-lexandre qu’il disoit de lui. que s’il n’eût étéAlexandre il eût voulu être Diogène.
Hétroclés, dans ses Diisnolnbles, rapporte qu’unjour , comme on lui faisoil le poil, il s’en alla , labarbe à demi faite, à un festin quefaisoient ensem-ble des jeunes gens, où il fut fort bien battu : maisque pour sa revanche, il fit un grand placard oùil mit en écrit le nom de ceux qui lui avaient faitcct outrage, et qu'il lessimoil partout avec cetteaffiche dans les mains. Ainsi il se vengea de l’af-front qu’ils lui avoientfait en les faisant connoîlrc ,et attirant sur eux la haine et l'indignation de toutle monde. II disoit qu’il éloit un bon ebieu dechasse à l'égard de» personnes louables, parce-qu’il ne les suivoit pas avec moins d’ardeur qu’unchien fait un lièvre , et que cependant personne,tic ceux qui font métier de louer les gens ne l’o-soit mener à la chasse. Quelqu’un disoit une foisdevant lui, cil se vantant: J’ai bien vaincu deshommes en ma vie aux jeux pytbiens. Des hommes?reprit Diogène; c’est moi qui sais vaincre leshommes ; mais loi, ce ne sont que des faquins. Onlui représentoit un jour qu’il étoil vieux, cl qu’ildevoit songer à se reposer : lié quoi ! repartît-il,si j’elois entré en lice pour courir, songerois-jc àm’arrêter quand je scrois près du but; au con-traire, ne tâcherois-jc pas à mieux courir que ja-mais? Quelqu’un Uayaut prié de souper, il n’yvoulut point aller ,à cause que quelques jours au-paravant il y avoil été , et qu’on ne l’en avoil pointremercié. I,'hiver , il alloil 1rs pieds nug dans laneige , et faisoil toute# les autres choses que nousavons rapportées ci-devant. Tl lâcha, au commen-cement, de manger de la viande crue ; mais, n’enpouvant venir à bout, il y renonça. Il rencontraune fois l'orateur Dèmosthène dans un cabaret,qui dînoit : dès que Démoslhène Je vit, il se vou-lut retirer ; mais Diogène L'ayant aperçu : Tu u*asque faire de t’enfuir , lui dit-il ; tu n’en auras pasmoins été au cabaret pour cria. Quelques étran-gers souhaitant de voir cct orateur : Le voilà, dit-il en élevant sa main et leur montrant le doigt du
milieu , le flatteur des Athéniens. Un jour, voyantun pauvre homme qui, ayant laissé choir un mor-ceau de pain, avoil honte de le ramasser, il levoulut guérir de celle mauvaise honte-là; cl atta-chant uue corde à IVmbouchiire de son tonneau ,il se mit à le traîner de cette sorte tout le long de larue Céramique ; et il disoit qu’il imitoit en cela lesmaîtres de musique, qui détonnent quelquefoisdans un concert, afin de. faire prendre le ton auxautre». Il assuroit qu’on pouvoit être fou jusqu'aubout des doigts , et qu’en effet, si l’on voyoil quel-qu’un aller dans les rues le doigt du milieu tendu,il n’y a personne qui ne le prît pour un fou , aulieu qu’on ne trouvoit rien à dire quand il tendaitcelui qui est proche du pouce. Il disoit qu’on avnità bon marché les choses qui valent beaucoup , etqu'au contraire on vendoit bien cher celles qui nevalent rien, vu qu’on ne •'pouvoit faire faire unestatue à moins de trois mille oboles, et qu’on avoitun boisseau de farine pour deuxliards ,0 . U disoitune fuis à Xéniade , celui qui l’avoit acheté : Pre-nez garde à m’obéir de point en point, et à fairece que je vous ordonnerai. Hé quoi] lui répliquaXéniade,
Le» fleuves révoltés remontent à leurs sources!
Mais, lui répondit Diogène, si vous étiez malade ,et que vous eussiez acheté un médecin, au lieude faire ce qu’il ordonneroit, vous amuseriez-vousà lui dire :
Le# fleuves révoltes remontent à leurs sources ?
Il y eut une fois un homme qui le vint trouver àdessein de sn faire philosophe : Diogcne , pour l’c-pruuver, lui donna d'abord un merlan qu’il tenoità porter, cl lui commanda de le sunre ; mais l’au-tre jeta là le merlan , tout houleux, et s'en retour-na comme il éloit venu. Diogène le rencontra àquelques jours de là , et ne pouvant s’empêcher derire en le voyant : Faut-il qu’un merlan, lui dit-il,ait rompu uue amitié comme la nôtre ! Diorlèsrapporte cela autrement, et raconte qu’un hommeayant dit à Diogène : Commandez, et nous vousobéirons , Diogène le prit à part, et lui donna mimorceau de fromage à porter; mais que l’autreayant refusé de le faire : lié quoi I lui répliqua-t-il , voulez-vous rompre avec moi pour un mor-ceau de fromage ? Voyant un jour un petit garçonqui buvoit dans le creux do sa main, il tira sonécnetle de sa besace , et la jelant par terre : JI a ,dit-il, plus d’esprit que rnoi. 11 jeta aussi sa cuil-lère pour un même sujet, voyant un autre jeunegarçon qui mangeoil une soupe de lentilles avecune croûte de pain qu'il avoil creusée en guise decuillère.
Voici à peu près sa manière de raisonner : Tou-tes chose» appartiennent aux dieux; les sages sontamis des dieux : or est-il que tous biens sont com-muns entre amis, et par conséquent toutes chosesappartiennent aux sage#. Un jour, comme rapporteZoïle, voyant une femme qui se prosternoil devantun autel, jusqu’à se mettre dans une posture indé-cente, Diogène la voulut guérir de celte supcrsli-