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qu’ils croient devoir se garantir de l’incontinencedes femmes, qui, selon leur opinion , ne gardentpresque, jamais à leurs mûris la fidélité qu’ellesleur doivent.
Ils inéprisentlcs richesses, et rien ne leurparoîtplus excellent et plus admirable qu’une commu-nauté de tous biens. Aussi l’on n’en voit pointentre eux qui soient plus riches que les autres ,pareequ’ils ont établi comme une loi inviolable àtous ceux qui embrassent leur genre de vie , dedistribuer en commun ce qu’ils possèdent. De làvient que l’on ne voit parmi eux ni le rabaissementde la pauvreté ni l’élévation des richesse», etque, toutes leurs possessions étant mêlées ensem-ble , ils n’uul tous qu'un seul patrimoine commedes frères.
Ils tiennent comme une chose impure les eauxde senteur et les huiles de parfum ; et si , par ha-sard et malgré eux, on en a lèpandu quilqueagouttes sur leurs corps, ils se lavent et se net toi en laussitôt. Ils croient qu’il rfy a rien qui soit plusdans la bienséance que de fuir toutes les délica-tesses , et de ne porter que des babils blancs, quisont les plus simples : ils choisissent quelques «nsd’entre eux , à qui ils donnent le soin de pourvoiraux besoins communs de tous.
Us ne sont pas tous retirés dans une seule villede la Judée, mais plusieurs habitent en diversesvilles; ceux de leur compagnie qui viennent dudehors sont reçus par eux comme en leur propremaison , et ils vivent avec ceux qu’ils n’ont jamaisvus comme avec leurs plus intimes amis : c’estpourquoi ils font leurs voyages sans porter sur euxquoi que ce soit, sinon quelques armes pour sedéfendre contre les voleurs. lî y a dans chaqueville une personne qui a la charge de recevoir leshôtes, et de les pourvoir d’habits et de toutes les-antres choses dont ils ont besoin.
On v oit dans leurs vêlements , dans leur visage,et dans tous leurs gestes, la même simplicité et lamême modestie que dans desenfants que l’on élèvesous une étroite discipline. Ils lie quillenl jamaisni leurs habits, ni leurs souliers , qu’ils ne soient,ou entièrement déchirés, ou lout-à-fait usés par letemps.
Ils ne vendent jamais rien, et n’achètent rienentre eux; mais ils se donnent mutuellement cedont ils ont besoin. L’un recuit de l’autre ce quilui est nécessaire , quoiqu'ils ne soient pas obli-gés de donner toujours quelque chose en échangeà ceux dont ils reçoivent ce qu’ils leur ont de*mandé.
Us ont une piété toute particulière envers Dieu ;jamais ils ne tiennent aucun discours profaneavant le lever du soleil, mais ils passent tout cetemps en des vœux et en des prières qu’ils ontreçus do leurs ancêtres, comme s’ils demandaientà Dieu de faire lever cet astre. En suite de quoiles directeurs les envoient tous travailler aux mé-tiers auxquels ils sont propres; et après qu'ilsont travaillé avec une grande assiduité jusqu’à lacinquième heure, c’est-à-dire jusqu’à onze heures,ils s’assemblent encore tous en nu même lieu, où,se ceignant d’une espèce de caleçon de toile , ils selavent dans l’eau froide. Ainsi purifiés, ils s’assem-
blent en un autre lieu particulier, dont l’entréeest défendue à tous ceux qui ne Sont pas de leurprofession.
Ils entrent dans leur réfectoire avec le mêmerespect que l’on entreroit dans quelque templesacré, et, s’y étant assis en silence el avec modes-tie, celui qui a la charge de faire le pain leur endistribue à (mis selon leur rang . et le cuisinierleur sert aussi à chacun un petit plat où il n’y aque. d’une sorte de viande. Le prêtre fait une prièreavant laquelle il n’est pas permis de rien manger;aussitôt qu’ils ont achevé de dîner, le même prêtrefait encore une prière; et ainsi, soit avant, soitaprès leuis repas, ils rendent toujours grâces à Dieu,comme à celui qui leur fournit leur nourriture.Us quittent ensuite ces vêlements qu'ils estimentcomme sacrée, et retournent à leur ouvrage jus-que» au soir, qui est le temps où ils reviennentsouper. S’il leur est venu quelques étrangers, ilsles font seoir 1 ' à la même table qu’eux.
Jamais aucun cri ni aucun tumulte ne troublela paix de leur solitude, et chacun aime mieux lais-ser parler les antres que de parler lui-même lors-que son rang le lui permet ; de sorte que le grandsilence qui règne au dedans de leurs maisons estcomme une espece de mystère qui donne de l’é-tonnemenl et de la vénération à cens qui sont dedehors. La principale cause de ce grand silence estleur continuelle sobriété, qui leur fait réduireleur boire et leur manger à une très petite mesure.Ils ne font jamais rien sans l’ordre de leurs direc-teurs, excepté deux choses que Von laisse en leurliberté, qui sont d’avoir compassion des miséra-bles et de les secourir ; car il leur est permis desoulager les besoins de ceux qui sont dignes deleur assistance, et de leur donner de quoi vivrealors qu’ils en manquent 1 * Mais, quant à leurs pro-pres parents, ils ne peuvent jamais leur faire au-cun don sans la permission des supérieurs.
Ils sont de très justes modérateurs de leur colère,et savent tempérer leurs ressentiments. Ils sont fi-dèles dans leurs promesses et amateurs de l’unionet do la paix.
La moindre parole qu’ils aient donnée leur estplus inviolable que ne sont aux autres tous les ser-ments: c’est pourquoi ils ne jurent point alla qu’onles croie , estimant que les jurements sont encorepires que les parjures ; car ils disent qu’un hommeest déjà condamné de mensonge et de perfidie 15dans l’esprit de ceux qui le commissent, lorsqu’onno veut point ajouter foi à se» paroles s’il ne preodDieu à témoin pour persuader qu’elles sont sin-cères.
Ilss’appliqnent avec un soin particulier à la lec-ture des livres des anciens, et recherchent princi-palement ceux qui sont miles ci pour l’àme el pourle corps, cl ceux dont il» peuvent tirer la con-noissaiiee de quelques herbes salutaires ou de lavertu particulière de quelques pierre» minérales ,propres à la guérison de toutes sortes de maux.
Lorsque quelqu’un se présente pour entrer dansleur société, ils ne l’y admettent pas aussitôt, maisil» le font demeurer au dehors l’espace d’un an ,et lui proposant le même genre de vie que le leur,ils lui donnent une bêche pour travailler et cette
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