FRAGMENTS
ter; et ensuite ils chantent plusieurs cantiquescomposés en la louange de Dieu. Et après quechaque chœur s'est comme rassasié du plaisir dechanter l’un après l’autre, ils se joignent alorsles uns aux autres . et ne font tous qu’un memechœur , afin de goûter ainsi sans aucun mélangeles délices de l’amour divin.
En quoi ils imitent ce que firent autrefois nospères sur la mer Rouge, eu considération desmerveilles que Dieu y avoit opérées pour eux. Carles hommes et les femmes , se trouvant égalementtransportés d'étonnement et de reconnoissnnce en-vers celui qui leur avoit fait voir cl éprouver deschoses qui étoienl élevées au-dessus de toute pa-role, de Ionie pensée et de loule espérance . s'u-nirent ensemble en un même chœur, et chantè-rent des cantiques d'actions de grâces à Dieu ;Moïse servant do chef et de conducteur auxhommes, ainsi que la propliétcsse Marie auxfemmes.
C’est ainsi que ces deux bandes de ces sagesadorateurs et adoratrices du vrai Dieu s’unissentensemble ; et par le mélange de leurs voix toutesdifférentes et toules contraires, celle des hommesétant aussi basse que celle des femmes est élevée,ils forment un concert véritablement agréable etharmonieux. Leurs cantiques surit composés depensées lout-à fait nobles, de paroles tout à-faitbelles, ainsi que les chœurs de ceux qui les chari •tent sont composés de personnes tout à fait sainteset religieuses.
Après qil’ils se sont donc enivrés jusqu'au ma-tin de celle ivresse tou 1e sainie et tou le divine . ilssont très éloignés de se sentir ou la tête chargée devin, ou les yeux chargés de sommeil : mais étantmême plus rassis et pins éveillés que lorsqu’ils ontcommencé à se mettre à table, ils tournent leurvue et'tout le reste du corps vers l’Orient ; et, dèsque le 'soleil se montre , ils élèvent les mains auciel et demandent à Dieu qu'il leur rende celtejournée heureuse, qu’il leur fasse connnîlre la vé-rité, et qu’il rende leur esprit vif et pénétrant dansla eonlempliilion de ses mystères. En suite de quoiils scretirent chacun en leurs petits oratoires, pours'appliquer, selon leur coutume, à l’étude et àl’pxernioe de la philosophie.
Les mages sont en vogue parmi les Perses : et cesont des personnes qui . par la contemplation desouvrages de la nature, recherchent la connois-sance de la vérité, et qni, s’instruisait à loisir dansla science mystérieuse des vertus divines, en in-struisent aussi les antres par des expl'ca'ions trèsclaires et très évidentes. Les Indes ont les gymno-sophistes parmi eux, qni, ajoutant l’élude de lamorale à celle de la philosophie naturelle, rendenttoute leur vie comme un modèle parfait de toutessortes de vertus 3l .
La Palestine et la Syrie tie sont pas moins fer-tiles en ces grands exemples de sainteté , étantl’une et l’autre peuplées par la nombreuse natioudes Juifs, et que les Grecs appellent essénieus ,c’est-à dire saints , qui est un nom très conforme àleur sainteté ; car c’est en la parfaite adoration duvrai Dieu qu’ils excellent principalement, nonpoint par fiimnolation des bêles et des victimes ,
mais par le grand soin qu’ils ont de rendre leursâmes toutes pures et toutes saintes 3î .
En premier lieu , ils ont leur demeure dans lescampagnes, et s’éloignent des villes le plus qu’ilspeuvent, à cause des vires et des crimes qui y sontsi ordinaires, sachant que la vie impure de tousceux qui y demeurent est comme un air cortompuet pestiféré qui frappe l’âme de plaies mortelleset incurables.
Ils s’exercent, les uns dans l’agriculture , et lesantres dans quelques métiers qui s'accordent avecle repos et leur solitude, travaillant ainsi pour leurpropre utilité et pour celle de leur prochain , sansamasser des trésor? d'or et d’argent, et sans possé-der de grands fonds do terre pour en tirer des re-venus , mais se fournissant seulement des chosesqni sont nécessaires à la vie. f.ar ils sont peut-êtreles seuls entre tons les hommes qni . demeurantpauvres et dénués de tout bien , plulût par un dé-pouillement volontaire que par une indigenceforcée , s’estiment très riches et très abondants entoute sorte de félicité, croyant, et certes avecgrande raison, que celui là possède beaucoup, quise contente de peu de choses.
L’on n’en verra aucun entre eux qui se mêle detravailler ni en dards, ni en javelots, en épées ouen casques, on cuirasses ou en boucliers, en armesou en machines, ni en quelques instru rnenls deguerre que ce puisse être, ni même en aucuneschoses qui, en temps de paix, pourroient servird’occasions de péché.
Pour ce qui est de faire trafic on en marchan-dises , ou en vin , ou sur la mer, ils n’y pensentpas seulement en songe, rejetant loin d’eux toutce qui est capable de les faire tomber insensible-ment dans l’avarice.
L’on ne voit pas un seul esclave parmi eux;mais, étant tous également libres, ils se serventles uns des autres, et condamnent ceux qui possè-dent des esclaves, non seulement comme injusteset ennemis de l’équité, maïs même comme desimpies et des destructeurs de la loi de la nature,laquelle ayant engendré et nourri tous les hommes,ainsi que leur mère commune , le? a rendus frèreset propres frères les uns des au très , non point seu-lement de nom, mai? en effet et en vérité. Tl n’ya donc , disent-ils, que la violente passion de do-miner qni, n’ayant trouvé aucun obstacle à sesmalheureux desseins , a rompu les nœuds de cettealliance sacrée, et a fait succéder le désordre à l’u-nion , et l'inimitié à l'amour.
Quant à la philosophie, ils en laissent la logique,comme entièrement inutile pour l’acquisition dela vertu à ceux qui se plaisent à perdre le tempsen paroles; et la physique , comme une sciencetout-a fail élevée au dessus de la nature, à ceux quiaiment à promener leur esprit au-delà des mies,pour parler ainsi , sinon en tant qu’elle traite del’essence de Dieu et de la création de l'univers ;mais ils se réservent la morale, et s’y exercent avecun soin tout particulier , prenant pour guides etpour maîtresses les lois qu’ils ont reçues de leurspères, dont ils croient qu’il est impossible à l’es-prit humain de comprendre la sublimité, s’iln’estrempli d’une lumière toute divine. Us en ensei-