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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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litre au* méchants comme le Seigneur l’a Lien■voulu être lui-même, afin que uous fussions sesimitateurs et que nous n’ayons pas soin .seulementde ce qui nous regarde, mais encore de ce quiregarde notre prochain, ru que c’est un devoir duvéritable et parfait auiour de ne désirer pas moinsle salut de tousses frères que le sien propre.

Heureux donc et glorieux sont tous les martyresqu’on souffre pour Dieu, et selon la volonté deDieu ( car la piété chrétienne nous oblige de rc-connoître la souveraine puissance de Dieu surtontes les créatures). Mais qui n’admirera le grandcourage , l’invincible patience , et l’ardente cha-rité de ces illustres martyrs, qui, bien qu’ils fus-sent tellement déchirés à coups de fouets queleurs veines mêmes et leurs artères se montraientà découvert, et que l'on pouvoit discerner sanspeine toute la disposition intérieure de leurs corps,et enfin qu'ils fussent réduits en un état qui don-nent de la compassion , et causoit des larmes auxplus insensibles de leurs spectateurs, ils ,J étoientneanmoins si constants et si généreux, qu’on n’en-tendoit jamais aucun deux ni gémir ni soupirer?

J£n quoi ccs martyrs de Jésus-Christ nous fai»soient bien voir , durant toutes ces tortures, qu'ilsétoient absents de leur corps, ou plutôt que le Sei-gneur lui-même éloit présent en eux et conversoitavec eux ; et qu’élant tout remplis de sa grâce, ilsméprisoient ces peines passagères qui, par un mo-ment de douleur, leur faisoient éviter une éternitéde peines.

I_.es llainmes dont les bourreaux inhumains lesemirunnoient leur paroissoient froides, parce-qu’ils ne pensoient qu’a se garantir de celles quine s’éleignent jamais, et qu’étant déjà moins deshommes que des anges, Dieu même tenoit sanscesse leur ànie élevée vers ces biens qui sont ré-servés à ceux qui auront persévéré jusqu’à la fin;ces biens que l’oreille n’a point entendus , quel’œil n’a point vus, et que l’esprit de l’homme n’ajamais compris.

Tls 11c soull'roient pas avec moins de générositéla fureur des bêtes auxquelles on les exposoil, lespointes des pierres aiguës, des écailles de poissonsur lesquelles on les couchoit, et les rigueursd’une infinité d’autres tortures auxquelles le tyranles appliquoit alin de leur faire abjurer la foi parces tourments si cruels.

11 n’y a point aussi d’artifice dont le diable nese soit avisé pour les surprendre ; mais, grâces àDieu, ils n’ont pas tous succombé à ses efforts ,la constance de l’illustre Germanique avant servibeaucoup à fortifier la faiblesse de ses compa-gnons. Car lorsqu'il eut été exposé aux bêtes fa-rouches, il fut si éloigné de s’arrêter aux vainsdiscours du proconsul qui l'exhortait d’avoir com-passion de son jeune âge, qu’il força même la bêtede se jeter sur lui, et de le dévorer ; tant il sou-haitait de se voir délivrer d’une vie qui 11’est quecorruption et que péché ! Ce fut lors que le peu-ple , tout, étonné du courage iuébranlable deces saints disciples de Jesus-Chiist, commença àcrier : Perdez les impies , que l’on cherche Poly-carpe 3t ' 1

Mais un Phrygien nommé Quintus, nouvelle-

ment venu de Phrygîe, ayant vu les bêtes aux-quelles on le nienaçoil de l’exposer, se laissa allerà la crainte qu’elles lui donnèrent. Cet hommes’étoil venu présenter de lui-même, et avoit per-suadé à quelques antres de le suivre, mais enfinle proconsul le gagna si bien par ses conseils,qu'il le fit résoudre à jurer par la fortune de Cé-sar, et à sacrifier aux idoles. C’est pourquoi, nostrès chers frères , nous ne pouvons approuver quel'on aille ainsi se ptésenlcr de soi-même, commeen effet ce n’est point là ce que l’Évangile nousenseigne î7 .

Quant à l’admirable Polycarpe, ayant su toutce qui se passnil, il en fut si peu troublé qo’il nevouloil pas même sortir de la ville : mais , voyantque tout le monde lui conseilloil de s’en éloigner,il se retira dans une petite maison de campagnequi n’en éloit pas fort éloignée, et il demeura làquelque temps, sans sortir ni jour ni nuit, etsans y avoir aucune autre occupation que de prierpour tout le inonde, et pour la paix de toutes leséglises de la terre, selon sa coutume. 11 eut même,en priant, une vision , trois jours avant d’être pris,dans laquelle il lui sembla voir le chevet de sonlit tout en feu : et s’étant tourné à l’heure mêmevers ceux qui étoient près de lui , il leur dit, parun esprit de prophétie , qu’il devoit être brûlé toutvif 3 ®.

Cependant, ceux qui le cherchoiont n’épargnantaucune peine pour le trouver, et étant déjà pro-ches de ce lieu , il se relira encore dans une autrepetite maison de campagne; et aussitôt ses persé-cuteurs arrivèrent à celle dont il venoit de sortir.Mais , voyant bien qu’il 11’y éloit pas, ils se saisi-rent de deux jeunes garçons qui s’y trouvèrent,dont l’un, ne pouvant résister aux tourments , futcontraint de découvrir le lieu oit le saint vieillards'eu étoil allé. Aussi-bien il ne lui éloit pas pos-sible de demeurer plus long-temps caché, vu quequelques uns même de ses domestiques le trahis-soicnl. D’ailleurs, un des iulnulanls de la police,nommé Ilérodc, n’avoit rien tant à cœur que de leproduire dans l’amphithéâtre . ce qui devoit faireentrer Poljcarpe dans l’héritage du ciel, et le ren-dre participant de la gloire de Jésus-Christ ; aulieu que ceux qui le trahissaient se reudroientcompagnons du supplice de Judas.

Ainsi ses persécuteurs, ayant pris ce jeune gar-çon en leur compagnie , partirent le même jour,qui éloit le vendredi, vers l’heure du souper, ets’en allèrent armés et à cheval après ce saint vieil-lard , comme des archers après quelque insignevoleur. Et étant arrivés la nuit à la maison où ilétoit, ils le trouvèrent couché dans une des cham-bres d’en haut: et quoiqu’il lui fût assez facile dese retirer encore de ee lieu en un antre, il ne levoulut point entreprendre , disant : Que la volontéde Dieu soit faite. Ayant doue su que ces gens l’at-tendoient, il descendit en bas 5 ', où il leur tintquelques discours, pendant qu’ils s’étonnoienttous de voir , dans un âge si avancé , une con-stance si admirable, et que quelques uns mêmed’entre eux disoient : Étoit-ce donc pour prendrece vieillard vénérable que nous nous sommesdonné tant de peine?