DE TRADUCTIONS.
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Polycarpe commanda que l’on leur apprêtât àmanger à l'heure même , autant qu'ils désire-roient, et les supplia de lui accorder seulementune heure, pour prier en liberté; ce qu’ayantobtenu, il commença à prier debout et à liantevoix ; mais la grâce de Dieu dont il éloit remplilui lit faire celte prière avec tant de ferv.eur, qu’ilfut même plus de deux heures sans la pouvoirfinir, et que tous ceux qui étoient présents, admi-rant une si grande ferveur, ne pouvoient voir sansquelque régi et qu’un vieillard si sage et si véné-rable dût être livré à la mort.
Après qu'il eut achevé cette prière, dans la-quelle il s’éloil souvenu de tous ceux qui n’é-tûicnl jamais venus à sa connoissauce 40 , soit grandsou petits, illustres un inconnus, et généralementde toute l'église catholique et universelle, l'heurede partir étant venue . on le mil sur un âne, et onl’amena ainsi vers la ville , le jour du grand sa-medi, c'rsià-dite le samedi saint. Il eut à sa ren-contre Hercule , ce magistrat dont nous avonsparlé , qui éloit avec son père Nicetes, dans unchariot, où ayant lait monter le saint vieillard,ils employaient toutes sortes de belles parolespour le fléchir : Car enfin , lui disoient-ils, quelmal trouvez-vous qu’il y ait à donner à César lenom de Seigneur, à sacrifier, et à faire quelquesautres choses semblables pour vous garantir de lamort? D’abord Polycarpe ne leur voulut pointrépondre ; mais se voyant pressé : Je ne ferai rien ,leur dit-il, de ce que vous me conseillez. îji bienque, désespérant de le pouvoir vaincre, ils lechargèrent de mille injures, et le poussèrentd’une telle violence hors du chariot, qu’il tombaà terre , et s’écorcha, en tombant, tout l’os de lajambe. Mais , sans s’étonner le moins du monde,et comme s'il ne lui fût rien arrivé du tout, ilpoursuivit gaiement, et avec vitesse , tout le che-min qui restoit encore jusqu’à l'amphithéâtre oùou le meuoit , et où le bruit et la confusion étoitlors si grande que peraoune ne s’y pouvoit faireécouler.
A peine Polycarpe y eut mis le pied, que l’onentendit une voix du ciel qui lui disoit ; Ayez boncourage , Polycarpe , et armez-vous de constance.Personne ne vit celui qui avoit parlé ; maisquant à la voix , elle fut entendue de tous ceux desnôtres qui étaient présents. Du fin Polycarpe étantentré, il s’éleva aussitôt un grand bruit parmi lepeuple, dès qu’il entendit seulement que Poly-carpe éloit pris. Le proconsul le fit approcher, etlui demanda s’il étoit celui que l’on nonimoit Po-lycavpe; ce que le martyr ayant avoué, le pro-consul essaya par beaucoup de raisons à lui faireabjurer la foi , en lui disant ; Ayez vous mêmequelque respect pour votre âge , et toutes les autreschoses qu’ils ont coutume de dire en ces rencon-tres. Jurez, ajoula-t il, par la fortune de César,repentez-vous de votre erreur, et dites: Que lesimpies soient exterminés]
Ce fut Jors que Polycarpe ayant regardé d’unvisage grave et assuré tonte la multitude de gesspectateurs 41 , et leur ayant imposé silence de lainain, éleva ensuite les yeux au ciel, et dit engémissant: Oui, mon Dieu, perdez les impies.
Le proconsul, non content de cela , lui dit : Ju-rez, blasphémez Jcsus-Christ, et je voua rends laliberté. Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers,répondit Polycarpe, et jamais il ne 111'a fait aucunmal Comment pourrois-je blasphémer mon roi etmon sauveur?
Le proconsul persistant toujours à lui dire qu’iljurât par la fortune de César : Si vous prétendezencore, lui dit Polycarpe, de me faire jurer purla fortune de César, comme, vous dites , parccquevous ne savez pas qui je suis, je ne vous le cèlepoint, je suis chrétien. Et si vous voulez savoir ceque c’est que d’être chrétien, donnez-moi dutemps , et je vous en informerai. Le proconsul luidit ; Justifiez-vous devant le peuple. Pour ce quiest de vous , répondit Polycarpe , je ne dédaigne-rai pas de vous parler sur ce sujet-, car les chré-tiens apprennent à rendre aux puissances et auxgrandeurs établies de Dieu l’honneur qu’on leurdoit, lorsque cet honneur un blesse point leur re-ligion : mais quant à cette populace, nous necroyons pas qu’elle mérite que nous défendiunsnotre innocence devant elle.
Le proconsul lui dit : J'ai des bûtes sauvagesauxquelles je vous ferai exposer si vous ne vousrcpenH-z de votre eneur. Faites-les venir, dit Poly-carpe; car nous ne savoirs ce que c’est que de nousrepentir du bien pour suivre le mal, et il n’y aque l’iniquité dont on se doive repentir, afind’embrasser la justice. Le proconsul lui dit : Sivous ne vous repentez, je vous ferai dévorerpar les flammes, puisque les bêtes ne vous fontpoint peur. Mais Polycarpe lui répondit : Vousnie menacez d’un feu qui ne brûle que pour untemps, et qui s’eleinl un muaient après: c’est sansdoute que vous ne connaissez pas qu’il y a dansl’autre vie un l'eu qui brûle toujours, et où lesimpies doivent être éternellement punis. Maisque tardez-vous? Faites de moi ce que vous vou-drez.
Pendant qu’il disoit ces choses, et beaucoupd’autres semblables , l’on voyoit naître en lui uneforce et une joie toute nouvelle, jusque là quel’on remarqua même une grâce extraordinaire surson vb-age, s’étonnant si pe.11 de tout ce qu’on luidisoit, que le proconsul en étoit lui-même toutépouvanté. Mais enfin il envoya un héraut pourcrier trois fois au milieu de l'amphithéâtre : Po-lycarpe a confessé qu'il est chrétien. Aussitôtaprès ce cri, toute la multitude des païens et desJuifs qui étoient dans Srnyrne, 11e pouvant plusretenir sa fureur, commença à crier de toute saforce : C’est le docteur de l’impiété dans toutel’Asie, c’est le père des chrétiens, c’est le des-tructeur de nos dieux , c’est celui qui enseigne àtout le monde 44 de 11e leur point sacrifier et dene les point adorer. Et, on même temps, ils criè-rent à un surintendant des jeux, nommé Philippe,qu'il lâchât un lion sur Polycarpe. Mais cet hommeleur ayant dit qu'il ne le pouvoit pas , parccque letemps de sa charge éloit expiré, ils crièrent tousunanimement que Polycarpe lût hrûlè tout vif;car il falluit que la vision qu'il avoit eue lorsqu’ilvit le chevet de son lit tout en feu fût accomplie,aussi bien que les paroles qu’il avoit dites alors