FRAGMENTS
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par esprit de prophétie, en se retournant vers lesfidèles qui étoient avec lui : Il faut, leur dit-il,que je sois brûlé tout vif.
Celte voix du peuple fut aussitôt suivie de bef-fel ; celle furieuse multitude ramassa prompte-ment dans les boutiques et dans les bains tout lebois qui «*toit nécessaire pour le feu; en quoi lesJuifs signaloient leur ardeur par-dessus tous lesaunes , selon leur coutume.
Ainsi, le bûcher étant dressé, le saint martyrse dépouilla deses vêlements, quitta sa robe, etcommença à se déchausser, ce que peut-être iln’avoil encore jamais fait, chaque fidcle s'étanttoujours empressé de lui rendre ce pieux office,afin de trouver par là le moyen de baiser ses piedssacrés; tant son extraordinaire sainteté le rendoitvénérable à tout le monde , même auparavant sonmartyre ’ u . L’on appt êta donc aussitôt tous les in-struments dont il étoil besoin ; mais comme il vilque l’on le vouloit clouer à un poteau : Laissez-moi . dit-il, en cette posture ; celui qui me donnele courage d'attendre le feu sans le craindre medonnera aussi la force pour y demeurer ferme,sans que je sois attaché avec des rlous.
Ainsi, on ne le cloua pas, cl on se contentade le lier avec dis cordes, après qu'il eut lui-même présenté scs mains derrière le poteau afind'y être attaché. Ce fut en cet état que , commevm illustre agneau choisi du milieu du grandtroupeau de l’église , et piépaié pour être immoléen holocauste agréable à Dieu ' ,5 . il éleva les yeuxau ciel, et parla de cette manière : Seigneur,Dieu tout-puissant, père de Jésus-Christ, votrecher fils , qui doit être béni de tous les hommes,et par qui nous avons reçu la connoissance devotre nom: Dieu des anges et des puissances,aussi bien que de toutes les créatures , et parliculièrement de tous les justes qui marchent en votreprésence, je vous bénis de ce que vous me faitesla grâce, en ce jour et à cette heure, de memettre au nombre de vos martyrs, en me faisantboire le calice de Jésus Christ, votre fils, pourentrer, par bincorruplion de votre esprit saint,dans la résurrection de la vie éternelle, aprèsque j’aurai été offert aujourd’hui devant vos yeuxcomme uti sacrifice agi cable et pai fait, selon quevous l’aviez déjà oïdonne, que vous me baviezmontre pur avance, et que vous l’accomplissezmaintenant. O Dieu qui êtes toujours véritable ettoujours fidèle, c’e.-l pour cette grâce et pourtoutes les antres que je vous loue , que je vousbénis, et que je'vous glorifie avec Jésus-Christ,votre cher fils, qui est dans le ciel , à qui, commeà vous et au saint Esprit, gloire soit maintenantet dans tons les siècles à venir. Amen.
Il n’eut pas plus tôt achevé sa prière, que lesbourreaux mirent le feu au bûclrcr . qui ayantjeté à l’heure même une flamme éclatante, nousvîmes 4 '’ un miracle véritablement grand ; et Dieua voulu que nous le vissions, afin que nous pu-bliassions ses merveilles à toute la terre ; car cetteflamme se courbant en forme d’arc, ou comme lavoile d’un vaisseau enflée par les vents, envelop-poit et enviionnoit de toutes parts le saint martyr,dont le coips éloit au milieu des feux, non point
comine une chair qui grilloit, mais comme unpain qui cuiroit, ou comme de l’or et de l’argentqui se purifieroit dan» le fourneau ; car nous sen-tîmes même une odeur excellente qui en sortoit,comme si c’eût été de l’encens qn’on eût brûlé,ou de 47 quelque autre parfum précieux qu’on eûtrépandu.
Les idolâtres s’étant donc aperçus que le corpsde Polycarpe ne pouvoit être consumé par lesflammes , commandèrent à un bourreau de s’ap-procher de lui , et de lui plonger un poignarddons le sein; il exécuta leur commandement, etaussitôt il sortit de la plaie une colombe qui fuisuivie d’une si grande abondance de sang que lefeu en fut tout éteint: ce qui fit admirer à tousles spectateur» l'extrême différence qu’il y a entreles infidèles et le» élus, du nombre desquels éloitPolycarpe, cet admirable martyr, cc docteurvraiment apostolique et prophétique'' 5 de notresiècle, et enfin ce grand évêque de l'église catho-lique de Stnyrne , qui n’a jamais prononcé au-cune parole qui n’ait été accomplie, ou qui nedoive s’accomplir un jour.
Mais cet adversaiie malicieux et jaloux du bon-heur des justes, considérant la globe du martyrede ce saint et la conduite irréprochable de tout lereste de sa vie, et voyant Lien qu’il ne pouvoitravir la couronne d’immortalité qu’il avoit reçue ,et le prix qu’il avoit si justement remporté par sacourse, fil tous ses efforts pour nous ravir aumoins la possession de ses reliques, lorsque plu-sieurs des nôtres se préparaient à les recueillir,pour satisfaire ali désir que nous avions de voirun corps si saint au milieu de nous.
Il suggéra donc à Nicetcs, père d’IIérode clfrère d une femme nommée JVicès , d’aller trouverJe proconsul pour le prier de n’accorder point auxchrétiens le corps du martyr, de pour, disoil-il,qu’ils ne commençassent à l’adorer, et n’abandon-nassent même leur Jésus crucifié: en quoi il ctoitsecondé par 1rs Juifs, qui suilicitoienl la mêmechose tics ardemment, nous ayant déjà empêchésde retirer ce saint corps du milieu du feu. Ils igno-raient sans doute que les chrétiens ne peuventabandonner Jésus Christ, qui est mort pour lesalu tde tous ceux qui sont sauvés, et qu’ils n’en adore-ront jamais d’autre. Car pour ce qui est de Jésus-Christ , nous l’adorons comme fils de Dieu , maisquant aux martyrs, nous les honorons comme lesvrais disciples ci les imitateurs du Seigneur, etnous les aimons autant que mérite l’amour qu’ilsont eu pour leur roi H pour leur maître , priantDieu qu’il nous fasse la grâce de les suivre dans lavertu et de les accompagner dans la gloire.
Lors un cenienirr, voyant le bruit que faisoientles Juifs f nv ce sujet, prit le corps du martyr, et lefît jeter au milieu du feu pour être brûlé. Maiscela ne nous empêcha pas de recueillir ensuiteses os et ses cendres, qui étoient un trésor pournous plus estimable que l’or, et plus riche que lespierres les plus précieuses, afin de les mettre dansquelque lieu vénérable et digne de leur sainteté.C’est là que noos espérons de Dieu la grâce de cé-lébrer tous, avec allégresse et avec joie, l’heureuxjour de sa diviue naissance , afin d’honorer la mé-