DE TRADUCTIONS.
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Us furent suivis de quatre femmes chrétiennes,dont la première étoit Ammonarie 8T , celle saintevierge qui irrita tellement ie juge , par la protesta-lion quelle lui fil de ne jamais prononcer aucundes blasphèmes qu’il vouloit qu’elle prononçât,que cet homme, ayant entrepris de la vaincre àquelque prix que rc fût, la lit appliquer durantun fort long temps aux plus cruelles tortures. Maiselle accomplit fidèlement sa promesse, et oniamena enfin au dernier supplice. Les autres éloientMfrcurie ss , que son grand âge et sa vertu ren-doient extrêmement vénérable 89 ; Denise 90 , cellemère féconde en enfants, mais qui ne préféra pasl'amour de ses enfants à l’amour qu’elle avoil pourDieu : et une autre femme que l’on nommoit en-core Ammonarie 51 . Comme le juge étoit tout hon-teux d'avoir exercé en vain tant de cruautés , etqu’il rougissoil de se voir vaincu par des femmes,ces trois dernières ne passèrent point par les tour-ments, ruais il les lit tout d'un coup jiérir par lefer. Aussi leur illustre conductrice , la généreuseAmmonarie , avoil été assez tourmentée pour tou-tes Jes antres.
Ensuite Héron, Âter et Isidore, qui éloient toustrois d’Égypte , furent livrés en jugement avec unjeune enfant de quinze ans, nommé Dioscorc. Lejuge voulut commvnr.t r par ce dernier: et croy antqu’il se laisserait facilement surprendre ou inti-mider , il tenta d’abord de le persuader par debeaux discours, et enfin de le forcer par les sup-plices; mais Dioscore ne se laissa ni tromper nivaincre. Quant aux autres , après qu’il les eut faitmettre tout en sang, voyant qu’ils demeuraienttoujours fermes, il les fit aussi jeter au feu. Mais,pour revenir à Dioscorc , s’étant fait admirer detout le monde, et ayant répondu avec une extra-ordinaire sagesse à toutes les demandes qu’on luifaisoit, le juge 92 , qui ne ponvoit s’empêcher lui-mème de l’admirer, le laissa aller , disant qu’enconsidéralion de son âge, il lui vouloit encoredonner du temps pour se repentir. Kl mainfemmtcet invincible soldat de Jésus-Christ est aven nous,ayant été réservé pour soulenir un combat pluslong, et pour remporter une couronne plus su-blime et plus glorieuse 93 .
]1 y eut un autre chrétien , qui étoit aussi d’É-gypte, et qu’on nommoit Némésion, lequel futfaussement accusé comme un compagnon de vo-leurs. .Mais s’élant purgé , en présence de sou ceu-teiiier 34 , d’une calomnie qui lui avoit été imposéeavec si peu de fondement 95 , 011 le déféra ensuitecomme chrétien 9 *, et on l’amena lié et enchaînédevant te proconsul 07 , qui, par une extrême injus-tice, l’ayant fait fouetter et tourmenter au double dece que les voleurs ont accoutumé de l’être ns , le fitbrûler en la compagnie de ces infâmes. Et ainsice bienheureux martyr eut l’honneur d’être traitéen sa mort comme oji aiu oji jrailé Jésus-Christmême.
Au reste, il y avoit devant la place où Jes jugr-séloient: assemblés une compagnie entière de sol-dats chrétiens, qui éloient Ammon , Zéuon - Pto-loniéo et Jngéne, ti avec eux un vieillard nomméThéophile. Il arriva qu’un chrétien ayant été pré-senté en jugement, ces généreux soldats reconnu-
rcnl qu'il étoh près de succomber et de renoncerà la foi. Ce fut alors qu’ils commencèrent à serrerles dents de dépit, à lui farte signe du visage , àtendre les mains vers lui, et à s’agiter de tout lecorps pour l'exhorter à demeurer ferme. Tout lemonde se tourna aussitôt pour les regarder ; niaisavant que personne mît la main sur eux, ils vin-rent eux-mêmes se présenter devant le tribunaldu juge, en disant qu’ils éloient chrétiens: desorte que le proconsul et tous ceux de son conseilcommencèrent à être saisis de crainte. El pendantque les coupables attendoient avec assurance lessupplices auxquels ils se voyoient près d’être con-damnés, les juges au contraire trembloieul defrayeur. Enfin . ils sortirent de ce lieu (pour être, conduits à la mort) avec la même allégresse quedes vainqueurs après leur victoire, étant toutjoyeux d’avoir rendu un si illustre témoignage àla vérité , et de voir que Dieu les faisoit triompherd’une manière si glorieuse.
11 y en eut une infinité d’autres, soit dans lesvilles ou dans les bourgades, que les païens im-molèrent à leur fureur. J’en rapporterai ici unexemple. Il y avoit un chrétien nommé Isthy-rion 99 , qui s’éloit mis «vu service d’un magistrat,et qui étoit comme l’iutendant de sa maison. Sonmaître lui commanda de sacrifier aux dieux; mais,voyant qu’il refusoit de lui obéir, il lui en fit detrès grands reproches; voyant ensuite que cela nel’ébranloit pas, i! le chargea de mille injures. En-fin, le voyant toujours intloxible , il prit un grand^ bâton ferré par le bout, et lui en ayant percé lesentrailles de part en part, il le tua.
Que dirai-je du grand nombre de ceux qui, s’e-tant réfugiés dans les déserts et sur les montagnes,y périrent tant par les rigueurs de la faim et de lasoif, du froid et des maladies , que par la cruautédes voleurs et des bêtes farouches? (leux d’entreeux qui sont échappés de tou- ces périls saventquels ont été ceux que Dieu a choisis, et qui ontreçu de lui la récompense de leurs travaux. Je nevous en rapporterai qu’une histoire, et je croisqu elle suffira pour vous faire juger de ce qui peutêtre arrivé aux autres.
Chérémon, homme fort âgé, étoit évêque d'uneville qu’un appelle Nil. Ce vieillard , s'élunt enfuiavec sa femme sur une montagne de l'Arabie, n’eslpoint revenu depuis ; et, quelques recherches quenos frères aient faites de l’un et de l’autre, ils n’enont pu apprendre aucune nouvelle , et ne les onttrouvés ni morts ni vifs. Il y en a eu plusieursautres qui, s’élant retirés sur celle même monta-gne, furent pris par les Sarrasins , et réduits enservitude par ees barbares, dont les uns ont à peineété rachetés avec de Iris grandes sommes d’argent,et les autres ne l’ont pas pu être encore jusqu’au-jourd’hui.
Ce n’est pas sans sujet,mon très cher frère, queje vous écris res chosesmais c’est afin quevous eonnoissiez combien de maux et quelles mi-sères nous avons ici endurés, quoique ceux qui yont plus de part que moi les peuvent 1Ü1 aussi con-uoîlre plus parfaitement.
Voici ce qu’il ajoute encore un peu après : Lorsdonc que ces saints martyrs, qui, étant devenus les