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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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PAR M. DUBOIS. 439

pas P Apôtre de travailler de ses mania au mêmetemps qu’il prêchait l'Évangile.

Mais après que vous avez bien raillé d’une lon-gue et sérieuse pênittnce , vous dites, pour achevervotre comparaison , que Desmarêts a peut-être faitplus que tout cela. Je vuudrois de tout mon cœurle pouvoir dire , mais je nie tromperois , et je le dé»mentirois en le disant. Il n’a garde de se repentird'avoir fait des romans , puisqu'il assure lui-uièmequ'il Ifs a laits avec l’espril de Dieu ; il proteste ,en parlant de son roman 19 en vers , qui r>t remplide failles impertinentes et de fictions impures,« que I)iru l’a si sensiblement assisté pour lui faire» finir ce grand ouvrage, qu’il n’ose dire en com-« bien peu de temps il l’a achevé. » Il attribue auSaint-Esprit tous les égarements de son imagina-tion -, il prend pour des grâces djiines les corrup-tions, les profanations, et les violemeuts qu’il faitde la parole divine. Si on le veut croire, ce n’estplus lui qui parle, c’est Dieu qui parle en lui. Jlest l’organe des vérités célestes et adorables; c’estun David, c’est un prophète, c’est un Michael , c'estun Étiacin, c’est entiu loul ce qu’un fou s’imagiue.Mais il ne se l’imagine pas seulement : il l’écrit, ill'imprime., il Je publie, et on le peut voir dansles endroits de ses livres que l'auteur des Lettres acités.

Si vous aviez fait réflexion sur toutes ees choses,je ne pense pas que vous eussiez pu comparer Des-marêls avec aucun des mortels ; il est sans douteincomparable, et il le dit lui même: et, s'éle-vant plus haut que l’Apôtre n’a jamais été . il parlebien plus hardiment que lui des choses divines: ilne s'écrie point : O allitudo ! Rien ne l’épouvante,et il entre sans crainte dans les mystère» incom-préhensibles de l'Apocalypse : c’est son livre ; il seplaît à dissiper, par scs lumières , les ombres mys-térieuse» que Dieu a répandues sur ces saintes vé-rités ; et, comme avec l’ombre et la lumière on faittoutes sortes de ligures , aussi Doutai£l$ , avec lefeu de son imagination et l’obscurité de l’Apoca-lypse,forme toutes sortes devisions eide fantômes.

C’est ainsi qu’il a fait celte grande armée decent quarante-quatre mille personnes, dont il parletant dans ses avis du Suint-Esprit au roi ; et c’est ainsiqu’il a formé toutes ces conceptions chimériques etmonstrueuses que l'auteur des Lettres a rapportée»,et que vous témoignez avoir lue».

Mais, en vérité, pouvez vous les avoir lues, etparler de Dcsmarêls comme vous faites; le défen-dre publiquement , et inventer pour lui tant defausses raisons ? Ne craignez-vous point qu’on diseque vous êtes un soldat de son armée, et qu’unmette dans le rang de ses visions la comparaisonque vous faites de M. Le Maistre avec lui ? Je voisbien que tout vous est égal, la vérité et le men-songe , la sagesse et la folie , et qu’il n’y a rien desi contraire que vous n’ajustiezdans vos comparai-sons.

Pour vos histoires, elles sont poétiques ; vous lesavez accommodéesau théâtre , et il n'y a personnequi ne sache que vous avez changé un cordeiier encapucin. Mais cette fausseté , qui est si publique-ment reconnue , et qui ôte la vraisemblance à toutle reste , décrédite encore moins voire histoire que

la conduite que vous attribuez à la mère Angéli-que. Ou voit bien que ce n’est pas elle qui parle ,et que cette sainte religieuse éluil bien éloignée depenser à ce que vous lui faites dire dans un contesi ridicule : aussi n’empôcherez vous jamais, parde telles suppositions , qu’il ne soit véritable quetou» les religieux ont toujours été bien reçus àPort-Royal ; et l’on n’a que trop de témoins de lacharité et de la générosité avec: laquelle on y a reçule» jésuites, même dans un temps où il scmhloitqu'ils n’y étoienl venus que pour voir les marquesfimrsti » de» maux qu’ils y ont faits , et pour insulter à l’affliction de ces pauvres liiles. On ne peutpas demander une plus grande preuve del'hospi-talité de Port Royal, ni souhaiter une convictionpliH forte de la fausseté de votre hisloiie. Je nepense pas aussi que vous l'ayez dite pour la fairecioire, mais seulement pour faire rire; et vousn’avez été trompé qu’en ce que vous croyiez qu’ouriroit de l’histoire, et qu’ou ne rit que de celui quil'a inventée.

On jugera si vos reproches sont plus raisonna,blés: voici le plu» grand que vous faites à ceux dePort-Royal , et par lequel vous prétendez les ren-dre coupables des mêmes choses qu’ils condamnentdans lespoètesde théâtre. « De quoi vous êtes-vous«avisés, leur dites vous, de mettre en François les« comédies de Tércncc?» Ifs se sont avisés, mon-sieur, d'instruire la jeunesse dan» la langue latine,qui est nécessaire pour les plus justes emploi» deshommes, et de donner aux enfants une traductionpure etchastc d'un auteur qui excelle dans la pu-reté de celle langue. Mais, vous-même, de quoivous êtes vous avisé de leur reprocher cette traduc-tion plutôt que celle des antres lit res de grammairequ’ils ont donnés au public, puisqu’ils ont tousune même fin , qui est ('instruction des enfants, etqu'ils viennent tous d’un même principe , qui estla charité. ?

Vous voulez abuser du mot de comédies, et con-fondre celui qui les fait pour le théâtre , avec celuiqui les traduit seulement pour le# écoles ; mais ily a tant de différence entre eux, qu’on ne peut pastirer de conséquence de l’un à l'autre. Le traduc-teur n’a dans l’esprit que des règles de grammairequi ne sont point mauvoLes par elles mêmes , etqu’un bon dessein peut rendre très bonnes ; maisle poète a bien d’antres idées dans l'imagination :il sent toutes l*>s passions qu’il conçoit, et il s’ef-force même de les sentir, afin de les mieux con-cevoir ; il s'échauffe, il s’emporte , il se flatte , ils'offense et se passionne jusqu'à sortir de lui-mêmepour entrer dans le «enliment des personnes qu’ilrepréseule; il e»t quelquefois Turc, quelquefoisMaure , tantôt homme , tantôt femme, et il nequitte une passion que pour en prendre une au-tre ; de L’amour il tombe dans la haine , de la co-lère il passe à la vengeance , et toujours il veutfaire sentir aux autres les mouvements qu'il souf-fre lui-même; il est fâché quand il ne réussit pasdans ce malheureux dessein , et jl s’attriste du malqu’il n’a pas fait.

Quelquefois ses vers peuvent être assez inno-cents : mais la volonté du poète est toujours cri-minello ; les vers n’ont pas toujours assez de char-