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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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RÉPONSE

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mes pour empoUonner, mais le poète veut tou foursqu’ils empoisonnent ; il veut toujours que l'actionsoit passionnée , cl qu’elle excite du trouble dansle cœur des spectateurs.

Quel rapport trouvez-vous donc entre un poëtede théâtre et le traducteur de Térence? L’un tra-duit un auteur pour l'instruction dos enfants, quiest un Lien nécessaire ; l’autre fait des comédies,dont la meilleure qualité est d’être inutiles. L’untravaille à éclaircir la langue de l’église, l’autreenseigne à parler le langage des fables et des ido-lâtres; l’un ôte tout le poison que les païens ontmis dans leurs comédies, l'autre en compose denouvelles , et tâche d’y mettre de nouveaux poi-sons : l’un enfin fait un .sacrifice à Dieu eu travail-lant utilement pour le liit n de l’état et de l’église,et I autre fait un sacrifice au démon, comme ditsaint Augustin , en lui donnant des armes pourperdre les âmes. Cependant vous égalez ce» deuxesprits; vous ne mettez point de différence entreleurs ouvrages , et vous obligez toutes les person-nes justes de vous dire, avec saint Jérôme , qu’iln’csl rien de plus honteux que de confondre cequi se fait pour le plaisir inutile des hommes, avecce qui se fait pour l’instruction des enfants : et quodm pueris necessilatis est, crimtn in se facere votup-tatis.

Reconnoissez donc , monsieur, que la traduc-tion de Térence est bien dill'érente des comédiesde Desmarèts , et qu’une traduction si pure , quiest une preuve de doctrine et un effet de charité ,ne sauroit jamais être un fondement raisonnabledu reproche que vous fuhesà ceux que vous atta-quez.

Mais vous les accusez encore avec plus d’injus-tice cl plus d’imprudence , quand vous leur dites :« En combien de façons avez-vous conté l'histoire« du pape Honorins ? « N’est-ce pus là un reprocheLien judicieux ? Vous ne dites point que cette his-toire soit fausse , vous ne dites point qu’ils la rap-portent mal, et vous les accusez seulement de l’a-voir souvent rapportée. Mais je vous demande quiest le plus coupable , ou celui qui prêche toujoursla vérité . ou celui qui résiste toujours à la vérité?Et qui doit-on accuser, ou le Poil-Royal, qui a dittant de fois une histoire véritable, ou les ennemisdu Port-Royal, qui n'ont jamais répondu à cellehistoire, et qui bien souvent ont fait semblant dene la pas entendre ?

N’cst-ce point celle surdité politique que voustrouvez si admirable dans les jésuites , et qui vousfait dire ; « J’admiiois en secret la conduite deces«pères, qui vous ont fait prendre le change, et« qui ne sont plus maintenant que les spectateurs* de vos quel r llcs? » On ne peut pas vous répon-dre plus doucement, qu’en disant qu’il est trèsfaux que les jésuites aient fait prendre le changeà Port-Royal, et qu’au contraire le Port-Royal atoujours eu nue constance invincible en défendantla vérité contre tous ceux qui l’attaquent. Que sidepuis quelque temps les écrits ne s’adressent pasdirectement aux jésuites, et s'ils ne sont plus,comme vous dites, que les spectateurs du combat,c’est paicequ’on les a mis hors d’état de combat-tre. On a ruiné leur dessein ; on a renversé leurs

prétentions; on a découvert leur secret; on aéclairci leurs équivoques ; on les a enfin réduits àne plus répondre ; et assurément vous n’avez rienà reprocher au Port-Royal de ce côté-là.

Vous tournez d'un aul re , et vous dites à l’auteurdes Imaginaires qu’il a affecté le style des Provin-ciales. li’esl par là que vous commencez et quevous finissez votre lellre. » Vous prétendiez, lui« dites-vous . prendre la place de l’auteur des Pfi-« tites Lettres. Je vois bien que vous voulez atlra-» per ce genre d’écrire ; maiscetenjoueuientn’est« point du tout votre caractère. » Je ne vous ré-ponds pas ce que tout le monde sait, que les sujetssont bien différents , et qu’un enjouement perpé-tuel serait peut-être un atissigrand défaut d ans lesImaginaires, comme il est une grande grâce dansles Provinciales. Je vous demande seulement pour-quoi vous jugez des intentions d’un auteur, quivous sont cachées, et pourquoi vous n'avez pasvoulu juger des actions et des livres de Desniarêts,qui sont visibles à tout le monde ? Le ne peut êtreque par une raison fort mauvaise pour vous ; n’o-bligez personne à la découvrir, et ne dites pointde vous-même que l’auteur des Lettres a vouluécrire comme M. Pascal. Il n’a voulu faire que cequ’il alàit : H a voulu convaincre ses lecteurs de lafausseté d’une prétendue hérésie, et il les a con-vaincus d’une manière qui , sans comparaison , estforte, évidente , agréable et très facile.

On peut en juger par les efforts que vous avezfaits contre lui, puisque vous avez élé chercherdes railleries jusque dans l'Écriture Sainte, i Je-• lez-vous sur les injures, lui diles-vons ; vous< êtes appelé à ce style , et iJ faut que chacun suive« sa vocation. » Vous pensez donc que la vocationporte au mal et aux injures. La Sorbonne diroitassurément que c’est une erreur; mais, pour moi,je dis seulement que c’est une mauvaise raillerie,et peut-être que tous serez plus touché d’avoir faitun mensonge ridicule , que d’avoir outragé la vé-rité.

Il paroît assez , par la profession que voua faîtes,et par la manière dont vous écrivez, que vous crai-gnez moins d'offenser Dieu que de ne plaire pasaux hommes ; puisque , pour Haller la passion dequelques uns, vous yous moquez de l'Ecriture, desconciles, des saints pères , et des personnes quilâchent d'imiter leurs vertus.

Pour justifier la comédie , qui est une source decorruption , vous raillez la pénitence, qui est leprincipe de la vie spirituelle ; vous riez de l'humi-lité , que saint Bernard appelle la vertu de Jésus-Clirihl ; et vous parlez avec une vanité de païendes actions les plus saintes , et «les ouvrages lesplus chrétiens, Vous pensez qu’en nommant seu-lement les livres de Port-Royal, vous les avez en-tièrement détruits ; et vous croyez avoir suffisam-ment répondu à tous les anciens conciles, en disantseulement qu’ils ne sont pas nouveaux.

Désabusez-vous, monsieur, et ne vous imagi-nez point que le monde soit assez injuste pour ju-ger selon votre passion : il n'y a personne, aucontraire , qui n'ait horreur de voir que votre haineva déterrer les morts, et outrager lâchement lamémoire de M. Le Maistre et de la mère Angéli-