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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SECONDE REPONSE

parlerez comme cela, vous ne vous commettrezpoint. Toutefois vous prenez courage: et pourfaire voir que vous êtes homme de bon goût, etque vous vous y conuoissez, vous vous avancez jus-qu'à dire qu’il y a grande différence entre les Ima-ginaires et les Lettres au Provincial. Voilà un grandeffort de jugement, et qui vous a bien coûté. Maisencore , monsieur , ne nous direz-vous rien de plusprécis, et ne marquerez-'vous point ce que voustrouvez à redire dans les Imaginaire»? Vous nous lefaites attendre long-temps, cl vous ne vous expli-quez là-dessus que vers la fin de votre lettre. Maisenfin vous faites bien voir que yous savez appro-fondir quand il vous plaît. Veut-on donc savoir cequ’il y a de mauvais dans les lettres de l’Hérésieimaginaire ? Le voici : « c’est que les bons mots dnsa Chamillatdes ne sont d’ordinaire que de basses

* allusions, comme quand on dit que le grand O« de >1. Cbarnillard nV.-t qu’un o en chiffre , eth qu’il ne doit pas suivre le grand nombre, de peur

# d’être un docteur à la douzaine. » Il n’y a per-sonne qui n’y fû t attrapé , et on ne se srroit jamaisavisé qn’oo pût prouver qu’il y a trop de pointesdans les épîgranmies de Catulle, pareeque cellesde Martial en sont pleines. Quoi donc , monsieur ,est-il possible que vous n’nyez pas connu la diffé-rence qu’il y a des ZmagNiiures aux Chomillardes ?Et comment avez-vous pu croire qu’elles fussentdu même auteur , et même que ces dernières vins-sent de Port Royal? Faut-il donc que vous soyezsi malheureux , que tous les efforts que vous avezfaits contre les Imaginaire* se réduisent à faire voirque vous n’êtes pas capable de connoître une dif-férence aussi visible et aussi marquée que celle-là? Je ne sais si cela nn feroit point entrer les gensen soupçon sur les louanges que vous donnez auxFroninrintes : on croira que vous les louez sur lafoi d’autrui , et que vous seriez peut-être aussiembarrassé à en marquer les beautés, que vousavez été peu heureux à trouver les défauts des Ima-ginaires. Quiconque aura bien senti les grâces despremières aimera celles-ci, et verra bien que, s’ily a quelque chose qui se puisse soutenir auprès desProvinciales , ce sont les Imaginaires.

Il est cerlain que les Petites Lettres sont inimi-tables. Il y a des gi âces, des finesses , des délica-tesses qu’on ne sauroit assez admirer ; mais il estvrai au-si qu'il n’y a jamais eu de sujet plus heu-reux que celui de M. Pascal. On n’-en trouve pastoujours qui soient capables de ces sortes d’agré-ments : et quoique ce soit une extravagance insi-gne que de prétendre qu’on son obligé à la créanceintérieure du fait de Jansénins, et qu'on puissetraiter comme hérétiques ceux qui n’en sont pointpersuadés , cela ne se fait pas sentir , et ne diver-tit pas comme les décisions de» casuisles. C’est unegrande faute de jugement que de demander par-tout le même caractère et le même air: et c’estavec beaucoup de raison que l’auteur des Imagi-naires, bien loin de couloir attraper ce genre d’é-crire , comme vous le lui reprochez à perte devue , a pi is une manière plusgrave et plus sérieuse,dépendant . lorsqu’il lui tombe quelque chose en-tre les mains qui mérite, d être joué , peut-on s’yprendre plus finement, et y donner un meilleur

tour? Et quelque sujet qui se présente, peut-ondémêler les choses embrouillées avec plus d’a-drcssi; et de netteté ? P. ut-un mieux mettre les vé-rités dans leur jour? Peut-on mieux pénétrer lesreplis du cœur humain, et on faire mieux coiidoî-tre les ruses ?

Je ne prétends pas marquer tout ce qu’il y a debeau dans les lettres de V Hérésie imaginaire : celageroit fort superflu pour les gcus qui ont le goûtbon, cl fort peu utile pour les antres. El pour vous,monsieur, je ne sais si vous en profileriez, (l’estune mauvaise marque de finesse de sentiment qued'avoir confondu les Chamillardes avec les Imagi-naires, et les Ëa/um/iiurss avec l’Ooguenf à la brû-lure ; et si vous avez eu si peu de discernement encela , il est dillicile que vous en ayez beaucoup end’autres choses.

D'ailleurs, je crois qu’on auroit delà peine àvous faire entendre raison sur le sujet de l’auteurdes Imagina res : il vous a touché par où vous étiezle plus sensible. Le moyen de souffrir que l’onmaltraite ainsi impunément les faiseurs de romanselles poêles de théâtre! Il est aisé à voir que vousplaidez votre propre cause , cl que ce que vous di-tes sur ce sujet ne vous a guère coulé : colle tiraded’éloquence , ou plutôt ce lieu commun de deuxpages, représente parfaitement un poète qui sefâche : mais encore esi-il bon de savoir pourquoi.Ditcs-nous donc, monsieur, prétendez-vous queles faiseurs de romans et de comédies soient desgens de grande édification parmi îe.s chrétiens?Croyez-vous que la lecture de leurs ouvrage.» soitfort propre à faire mourir en nous le vieil homme*à éteindre les passions . et à les soumettra à la rai-son ? II me semble qu’tuix-mêrnes s’en expliquentassez, et qu’ils font consister tout leur art et touteleur industlie à toucher l'âme , à l'attendrir, à im-primer dans le cœur de leurs lecteurs toutes lespassions qu’ils peignent dans les personnes qu’ilsreprésentent, c’est-à-dire à rendre semblables àleurs héros ceux qui doivent regarder Jésus-Christcomme leur modèle , et se rendre semblables à lui.Si ce n’est là tout le contraire de l'Evangile , j'a-voue que je ne m’y commis pas ; H il faut entend) ela religion comme Desmnrêls entend l’Apocalypse ,pour trouver mau vais qu’un théologien,état il obligéde parler sur cette matière , appelle ces gcns-Iàdes empoisonneurs publics, e1 tâche de donner auxchrétiens del’horreur pour lents ouvrages.

Mais bien loin que cela les offense . n’y trouvnnl-ils pas même quclquechose qui les flatte? Et n’est-ce pas les louer selon leur goût que de leur repro-cher de faire ce qu’ils prétendent? Les injuresrf offensent que lorsqu'elles nous exposent au mé-pris , ou des autres , ou de nous mêmes. Or , per-sonne ne croit qu’on ait droit de le mépriser , nine se méprise soî-mème , pour prêcher contre desrègles contraires à r elies qu’il s’est proposé de sui-vre. Ainsi nous voyons que ceux qui cherchent às’agrandir dans le monde ne s’offensent point desinjures que leur disent les philosophes contem-platifs qui prêchent la vie retirée : ils les regar-dent dans un ordre dont ils ne sont pas, et où l'onjuge autrement des choses.

Voilà donc les bons poètes hors d’inlérêt. Les