PAR M, BARBIER D’AUCOÜRT. 443
autres devroient prendre peu de pari à cette in-jure : car ils a'empoisonnent guère: ils ne sont cou-pables que par l'intention. Cependant ils murmu-rent, par un secret ùi pii , de voir qu'il» n’ont partqu’à la malédiction du péché, et qu'ils n’en re-cueillent point le finit : on les reenunuît par là;et je crois qu’on peut presque établir pour régieque , dès qu’on en voit quelqu’un qui fait ces sor-tes de plaintes, on peut lire ses ouvrages en sûretéde conscience.
Que s’il y a quelque gloire à bien faire des co-médies ri do roui ans, comme il y en peut avoir,en mettant le christianisme à part, et à tie consi-dérer que cette malheureuse gloire que les hom-mes requirent les uns des autres, et qui est si con-traire à l’esprit de la foi , selon les paroles de Jé-sus Christ, l’auteur des Imaginaires ne veut pointla ravir à ceux à qui elle est due , quoique à direvrai cette gloire consiste plutôt à se connoîlre à ceschoses et à être capable de les faire, qu’à les faireeffectivement : elle ne mérite pas qu’on y emploieson temps cl son travail ; et s’il éloit permis d’agirpour la gloire , ce n’est pas celle-là qu’il faudroitse proposer. La véritable gloire , s’il y en a parmiles hommes, est attachée à des occupations plussérieuses et plus importantes : car ils ont eu cellejustice de régler les récompenses selon l’ulilitédesemplois, et ils savent bien faire la différence deceux qui leur procurent des biens réels et solides,et de ceux qui ne contribuent qu’à leur divertis-sement. C’est ce qu’a voulu dire l’auteur des Ima-ginaires, quand il a dit que celte occupatiou étoitpeu honorable , même devant les hommes.
Mais onün il u’empêche pas qu’on ne connoissece qu’il y a de beau dans les ouvrages de Sopho-cle, d'Euripide , de Térence et de Corneille, etqu’on ne L’estime son prix : on peut même direqu’il s’y connoît , qu’il sait les règles par oh il enfaut juger. Il n’ignore pas que ce qu’il y a de plusGn dans l’éloquence , les grâces les plus naturelles,les manières les [>lus tendres et les plus capablesde toucher , se trouvent dans ces sorte» d’ouvrages ;mais c'est pour re!a même qu’ils sont plus dange-reux. Plus ceux qui les composent sont habiles,plus ou a droit de les traiter d 'empoisonneurs; etplus vous vous efforcez de les louer, plus vous lesrendez dignes de ce reproche.
Que voulez-vous donc dire, et que prétendez-vous par celte grande exagération qui fait la moi.lié de votre lettre? Que signifient tons res beauxtraits ? « Que les romans cl les comédies n’ont rienk de commun avec le jansénisme; qu’on se doit« contenter de donner les rangs en l’antre monde,«sans régler les récompenses de celui-ci; qu’ou« ne doit point envier, à ceux qui s’amusent à ct$«bagatelles , de misérables honneur» auxquels on« a renoncé , etc. , > pour ne rien dire du reste :car il faudroit tout copier. En vérité , le zèle de lapoésie vous emporte : il est dangereux de s’y lais-ser aller, on n’en revient pas comme on veut , celan’aide pas à penser juste , et toute votre lettre seressent de cette émotion qui vous a pris dès lecommencement ; car , ditrs-moi, monsieur, à quoisongez-vous, quand vous avancez que si l’on enn-cluoit « qu’ilne faut pas aller à la comédie, parce-
« que saint Augustin s’accuse de s’v être laissé al-« tendrir , il faudroit aussi conclure , de ce que le« môme saiut s'accuse d’avoir trop pris de plaisir« aux cbiinls de l’église , qu’il ne faut pin» aller à« l’église ? a Quoi ! s’il faut quitter les choses quisont mauvaises , et dont nous ne saurions faire unbon usage, faut-il aussi quitter les bonnes , parce-que nou» en pmivons l'aire un mauvais ? Est ce ainsique vous raisonnez ? Mais si celle fougue n’est pasheureuse pour le raisonnement, au moins elle sertà embellir les histoires, et il est «visé de connoîlrecelles qui ont passé par le» mains de ceux qui sa-vent faire des dessins de romans.
On voit bien que vous avez travaillé sur cellede» deux capucins. Mais ce n’est pas assez : il estjuste que chacun profite de cc qui lui app«vrlienl,et que le monde sache, ce qu’il y a de votre inven-tion dans le récit de cette av enture. Je ne vous dé-roberai rien ; ce qui n’est point de vous est fort peude chose , et vous allez être fort bien partagé.
Il est vrai (car j’ai eu soin de m’en informer)que deux capucins, dont l’un éloit parent de M. deBagnols , rincent un jour à Port-Tloyal demanderl’hospitalité. On en donna avis à la mère Angéli-que ; et, comme on lui demanda si l’on ne leurferoif point quelque réception extraordinaire, àcause de ÎI. de Bagnols, elle répondit qu’mi nodevait rien ajouter pour cela à la manière dont onavoit accoutumé de recevoir les religieux, et queM- de Bagnols ne vouloit point qu’en sa considé-ration ou changeât. même dan»les moindre!» cho-ses , les pratiques du monastère.
Voilà , monsieur, comment la chose se passa:de sorte que celte imagination que l’un de ces ca-pucins lut le père Maillard ou Mulart ; cet empres-sement avec lequel la mère Angélique court au par-loir; ce cidre et ce pain des valets mis à la place dupain blunc et d" *dn des messieurs ; cette rceonnois-sance du prétendu père Maillard en disant la messe;tout cela est de volve crû , sans compter l’applica-tion des proverbes et les autres gentillesses de. lanarration.
Cela ne va pas mal pour une petite histoire ; et,sur ce pied-là , du moindre sujet du monde vousferiez un fort gros roman. Ce que j’y trouve à re-dire , est que la vraisemblance n’est pas tout-à-faitbien gardée, et qu’il eût été difficile qu’à Port-Royal , où l'on étoit bien averti que c’étoil le pèreMulart, cordelier , qui avoit sollicité à Rome laconstitution du pape Innocent X, contre, les cinqpropositions , on eût pu prendre un capucin pourcet homme-là. Mai» vous n’y regardez pas de siprès , et d’aileurs c’est là tout le nœud de l'affaire.Car si ce capucin ne passe tantôt po’ r le père Mu-lart, et tantôt pour le parent de M. de Bagnols ;et si, selon cela , ou ne lui fait boire tantôt du cidre ,tantôt du vin des messieurs, à quoi aboutira l’Iiis-toite ? Il faut songer à tout. Vous aviez besoin dequelque chose qui prouvât « qu’on a vu de tout« temps ceux de Port-Royal louer et blâmer le«môme homme, selon qu’ils étoient contents on« mal satisfaits de lui. n Car, en vérité , l’exempledo Desrqarèf* ne sulllsoil pas Et si vous prétendezqu’on l’ail loué pour une simple excuse de civilitéque lui fait M. Pascal, d’avoir cru qu’il étoit l'au-