Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

PAR M. BARBIER D’ATjCOÜRT.

44 ^

n’avez pas miens aimé dissimuler la part que vousauriez pu prendre à l'injure commune, que devous mettre au hasard de vous attirer une querelleparticulière? Cependant vous rte vous contestezpas d'atlaquer celui dont vous croyez avoir sujetde vous plaindre : vous étendez votre ressentimentcontre tons cens qui ont quelque iiaison avec lui.Tl semble qu’ils soient en communauté de péchés,et qu’en faisant le procès an premier qui se pré-sente. ou le l'ail à t<>o.s

Voudriez vou» répondre comme cela pour tousvos emifièrc 4 ', et n‘auriez-vous point assez de votreiniquité * porter ? Il est vrai que si vous no vousétiez avisé do cet expédient, voire lettre auroit étéu:i peu courte. Tl a fallu mettre tous les jansénistesen un, et même avoir recours à des choses où ilsn’ont point de pari , pour trouver de quoi la gros-sir. Euoore, avec tout cela, n’avez-vous pas eugrand’chose à dire; et peut-être qu’après avoirbien tout considéré , on trouvera que vous n’avezrien dit. Vous voyez Lion à quoi Se réduit ce quenoua avons vu de votre lettre jusqu’ici. Et croyez-vous encore dire quelque chose, quand vous allé-guez la traduction de Térrnce ? N’est-ce pas unbeau moyen pour repousser le reproche d’empoi-sonneur, et pour rendre ceux de Port-Boyal cou-pables du mal que ce livre peut faire, que de direqu’ils ont lâché d’y apporter le remède, et qu’ilsont pris pour cela la meilleure voie qu’on pouvoirprendre? Les comédies de Térencc sont entre lesmains de tout le inonde, et particulièrement deceux qui apprennent la langue latine. Il fautqu'ils passent par là : c’est une nécessité qu’on nesauroit éviter. On l’a môme reconnue au concilede Trente ; et dans l'index des livres défendus, on,1 excepté expressément ceux que le besoin qu’ona d’apprendre le latin a rendus nécessaires. Quepeut-on donc faite de mieux pour les jeunes gensqui ont ce livre entre les mains, et qui tâchent del'entendre , que de leur donner une traduction quile leur explique de telle sorte qu’elle les fasse pas-ser par-dessus les endroits qui seroient capables deles corrompre, qui leur ôte de devant les yeuxtout ce qu’il y a de trop libie , et qui supprime àce dessein des comédies tout entières? S’il y en aqui s’attachent à ce livre par le plaisir qu’ils yprennent , sans se mettre en peine du péril où ilss’exposent, on ne sauroit les en empêcher. Marspeul-on nier que cette traduction ne soit un excel-lent moyen pour conserver la pureté et l'inno-cence* de ceux qui, ne cherchant dans cet ouvrageque ce qu’on y doit chercher, qui est d'y prendreune teinture de l’air et du style de cet auteur, etd'y apprendre la pureté de sa langue , se tiennentà ce que la traduction leur explique , el sont dé-tournés de lire le reste où le secours de celte tra-duction leur manque , par la peine qu’ils auroientà l’entendre ? Que peut-on dire de celui qui, pouravoir un prétexte de traiter d'empoisonneur l’auteurdp celte traduction , et d’envelopper dans ce re-proche tous ceux de Port Noyai, selon le nouveauprivilège qu’il se donne, tâche Ini-mèina d'empoi-sonner un dessein qui n’est pas seu'emerit frèxinno-cent, mais qui est encore très louable et très utile ?

Vous avez bien connu qu’il y avoit là uu peu de

mauvaise foi; et c’e«t pour cela que vous avezvoulu essayer de prévenir la réponse qu’on vnuapourroil faire. Mai» vous vous y prenez d’une ma-nière qui mérite d'être remarquée. Vous vous êtessouvenu qu’au avoit dit quelque part que le soinqu’un prend de rouvrir des passions d'un voile d’Iionvèteté ne sert qu’à Us rendre plus dangeeuses ; etsans savoir trop bien ce que cela signifie, tousavez cru que von» vous sauveriez par là , commesi , en retranchant les libertés des comédies de Té-rence , on avoit rendu le» passions qui y sont re-présentées plus dangereuse», en les couvrant d'uuvoile d’honnêteté.

C’est le plus grand hasard du monde quand onapplique bien ce qu’on n’entend pas : couvrir lespassions d’un voile d’honnêteté f ce n’est pas ôterd’un livre ce qu’il y a d'impur cl de déshonnête.Un même livre peut avoir des eudruits trop libres,et d’autres où les passions soient couvertes d’un voiled'honnêteté , c’est-à dire où elles soient expriméespar des voies qui ne blessent point la pudeur uila bienséance, qui fassent beaucoup entendre endisant peu, et qui, sans rien perdre de ce qu’ellesont de doux et de capable de toucher , leur donnent encore l’agrément de la retenue et de la mo-destie. Ce ne sont pas ces endroit» déshonnêtesqui empêchent le trial que ceux-ci peuvent faire :ce seroit un plaisant scrupule que de n’oser lesôter, de peur de rendre la livre plus dangereux;et je ne comtois que vous qui les y voulussiez re-mettre par principe de conscience.

Mais d’ailleurs ce D'est pas par ces passions cou-vertes et déguisées que Térence est dangereux,surtout dans les comédies qu’on a traduites ; il ades délicatesses admirables. mais elles ne sont pasde ce genre là ; et dès qu’on en a retranche ce.qu’il y a de trop libre , il n'est plus capable denuire.

Je pourrois ajouter à cela, qu’encore que toutesles comédies soient dangereuse*, et qu’il fût à sou-haiter qu’on les pût supprimer tontes, celles desanciens le sont beaucoup moins que celles qu’onfait aujourd’hui Ces dernières nous émeuvent d’or-dinaire tout autrement , pareequ'elles sont prisessur notre air et sur notre tour; que les personnesqu’elles nous représentent sont faites comme cellesavec qui nous vivons , cl que presque tout ce quenous y voyons, ou nous prépare à recevoir lesimpressions de quelque chose de semblable quenous y trouverons bientôt, ou renouvelle cellesque nous avons déjà reçues.

Mais nous retomberions insensiblement sur unsujet qui vous importune , et vous ne prenez pas-plaisir qu’un parle contre les comédies et les ro-mans. D’,iilleurs, je vois que vous n’aimez pas quel’on soit long-temps sur une même matière : c’estce qui vous a dégoûlé des éctits de Porl-lloyal, etqui fait que vous vous plaignez qu’ils ne disent plusrien de nouveau. Cela ne me surprend point: jecommence à connoître votre humeur; vous jugezà peu près de ce» écrits comme des romans ; vouscroyez qu’ils ne sont faits que pour divertir leinonde , et que , comme il aime les choses nou-velles, on doit avoir soin de n’y rien dire que denouveau. 11 y a d’autres gens qui les lisent dans