DE RACINE.
447
n’y point aller : et d’autres des leurs me dirent queles lettres qu’on avuit faites contre moi étoicntdésavouées dn tout le Port-Royal : qu'elles étoienlmême assez inconnues dans le monde , et qu’il n’yavoil rien de plus incommode que de se défendredevant mille gens qui ne savent pas seulement quel’on nous ail attaqués. Enfin , ils m’assurèrent queces messieurs n’en garderoient pas la moindre ani-mosité contre moi, et me promirent. de leur part,un silence que je n’avois pas songé à leur deman-der.
Je me rendis facilement à ces raisons. Je crusqu’il ne seroit plus parlé ni de la lettre ni des ré-ponses; et sans m’intéresser davantage dans le partides comédies ni des tragédies, je me résolus deleur laisser jouer à leur aise celles qu’ils nous don-noient tous les jours avec Desmarêts et les jésuites.
j\I<*is je vois bien que ces bons soli.aires sontaussi sensibles que les gens du monde, qu’ils nesouffrent volontiers que les mol lifications qu’ils sesont impo*èes à eux-mêmes, et qu’ils ne sont passi fort occupés au bien commun de l’église, qu’ilsnesongrnt de temps en temps aux petits déplaisirsqui les regardent en particulier, lis ont publié, de-puis huit jours, un Recueil de toutes leurs Vision-naires, imprimé en Hollande. Ce n’est pas qu’onleur demandât cette seconde édition avec beau-coup d'empressctncni. I.a première, quoique dé-fendue . n’a pas encore é,tè débitée à Paris. Maisl'auteur a’est imaginé peut-être qu’on liroîl plusvolontiers, en deux volumes, des lettres qu’onn'avoit pas voulu lire en deux feuilles. II a eusoin de les faite implimer en même caractèreque les dix-huit Lettres Provinciales , comme ilavoil eu soin de lespous-er jusqu'à la dix-bui lie trie,sans nécessité , et il avoit impatience do servir deseconde partie à M. Pascal.
Il dit déjà , dans l’une de ses préfaces, que quel-ques personnes ont voulu égaler scs lettres aux Pro-vinciales. Il leur répond modestement à ta vérité;mais on trouve qu’il y avoil plus de modestie à lui,et même plus de bon sens, de ne point du toutparler de celte objection, qui npparemruentne luiavoil été faite que par lui-même. On voit peu defondement à cette ressemblance alfectée; etl’on commence à dire que la seconde partie deM. Pascal sera aussi peu lue que la suite du Cidet le supplément de, Virgile 2S .
Quoi qu’il en soit, les réponses qu’on m’avoitfaites n’avoient pas assez persuadé le monde que jen’avois pas de bon sens. On n'avoit point encorehonte d’avoir ri en lisant ma lettre. Mais aussi nefalloit il pas qu’un homme d’autorité comme Pau-teur des Imaginaires se donnât la peine de prou-ver re qui en éloit. C’est bien assez pour lui deprononcer, il n’importe que ee soit dans sa pro-pre cause. L’intérêt n’est pas capable de séduirede si grands hommes, ils sont les seuls infaillibles.Il dit donc que je suis un jeune poète; il déclareque tout est faux dans ma lettre, et contre le bonsens, depuis le commencement jusqi’à la fin. Cela estdécisif; cependant elle fut iuc de plusieurs per-sonnes, qui n’y remarquèrent rien contre le senscommun: mais ces personnes étoient sans doutede ces petits esprits dont te monde est plein. Ils n’ont
que le sens commun en partage ; ils ne savent pasqu’il y a un véritable bon sens, qui n’est pas don-né à tout le monde , et qui est réservé à ceux quiconnoi-sent le véritable sens de Jansénius.
A l'égard des faussetés qu’il m’impute, je de-mrtndi rois volontiers à ce vénérable théologien enquoi j’ai erré ; si c’est dans le droit ou dans telait ? J'ai avancé que la comédie rloil inno-cente; le Port Royal dit qu’elle est ciiminelle:mais je ne crois pas qu'on puisse taxer ma propo-sition d'hérésie ; c'est bien assez de la taver de té-mérité. Tour le fait, ils n’ont nié que celui des ca-pucins; encore ne Font-ils pas nié tout entier.Mais ils en croiront tout ce qu’ils voudront : jesais bien que quand ils se sont mis en tête denier un fait, toute la terre ne les obligejroit pas del’avouer.
Toute la grâce que je lui demande , c’est qu’ilne m’oblige pas non plus à croire un fait qu'ilavance, lorsqu'il dit que le monde fut partagé en-tre les réponses qu’on lit à ma lettre , et qu’un dis-puta long-temps laquelle des deux éloit la plusbelle. 11 ri’y eut pas la moindre dispute là-dessus ;et, d'une commune voix , elles furent jugées aussifroides l’une que l’autre. Tl ne falloit pas qu’il lesredonnât au public, s’il avoit envie de les faire,passer pour bonnes. Il eût parlé de loin , et onFauroit pu croire sur sa parole.
Mais tout ce qu’on fait pour ces messieurs a tou-jours un caractère de bonté que tout le monde necommit p;s: il n’importe que l'on compare dansun écrit les fêtes retranchées avec les auvents re-tranchés 2 ” , il suffit que cet écrit soit contreM. l'archevêque ; ils le placeront tôt ou tard dansleurs recueils : ces impiétés ont toujours quelquechose d’utile à l’église.
Enfin , il est aisé de connoîlre, par le soin qu’ilsont pris d'immortaliser ces réponses, qu'ils yavoient plus de part qu’ils ne disoirnt. A la vérité,ce n'est pas leur coutume de laisser rien imprimerpour eux, qu’ils n'y mettent quelque chose duleur. Qn le» a vus plus d’une fois porter aux docleurs les approbations toutes dressées : la louangede leurs livres leur est une chose trop précieuse.Ils ne s’en fient pas à la louange de la Sorbonne :les avis de l’imprimeur sont d’ordinaire des élogesqu’ils se donnent à eux-mêmes; et Fnn scelleroità la chancellerie des privilèges fort éloquents , sileurs livres s'imprimaient avec privilège.
Paris, ce 10 mai 1666.
Je pourrois, messieurs , vous faire le mêmecompliment que vous me faites : je pourrois vousdire qu’on vous fait beaucoup d’honneur de vousrépondre ; mais j’ai une pins haute idée de tout eequi sort de l’orl-Royal, et je me tiens au contrairefort honoré d’entretenir quelque commerce avecceux qui approchent de si grands hommes. Toutela grâce que je vous demande , c’est qu’il me so itpermis de vous répondre en même temps à tou sdeux : car. quoique vos lettres soient écrites d’une