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SECONDE LETTRE
manière bien différente , il suffit que vous combat-tiez pour la même cause ; je n’ai poitn d’égard àl'inégalité de vos humeurs, et je l'erois consciencede séparer deux jansénistes : aussi-bien je vois quevous me repioehez à peu près les mêmes crimes;toute la différence qu'il v a, c’est que l'un me lesreproche, avec chagrin, et tâche partout d'émou-voir la pitié et l’indignation de ses Jecteurs.aulieu que l’autre s’est chargé de les réjouir. Il estvrai que vous n êtes pas venus à bout de votre des-sein : le monde vous a laissés rire et pleurer toutseuls. Mais le monde est d’une étrange humeur, il11e vous rend point justice: pour moi , qui fais pro-fession de vous la rendre , je puis vous assurer aumoins que le mélancolique m’a fait rire , et que leplaisant m’a fait pitié. Ce n’est pas que vous de-meuriez toujours dans les bornes de voire partage:il prend quelquefois envie au plaisant de se fâcher,et au mélancolique de s’égayer; car, sans comp- jter la manière ingénieuse dont il nous peint ces lRomains qu’on voyoit « la tête d’une armée et à taqueue d’une charrue, il rue dit assez galamment«que si je veux me servir de l’autorité de saint« Grégoire en laveur de la tragédie, il faut me ré-« soudre à être toute ma vie le poêle de la Passion.»Vi.ye 7 , à quoi l’on s’expose quand on force son na-turel! il n’a pu rire saris abuser du plus saint denos mystères : et la seule plaisanterie qu'il fait estune impiété.
Maïs vous vous accordez surtout dans la pensée«jue je suis un poète de théâtre , vous en êtes plei-nement persuadés ; et c’est le sujet de toutes vosréflexions sévères et enjouées. Où eu seriez-vous ,messieurs , si l’on dreouvroil. que je n’ai point faitde comédies 2S ? Voilà bien «les lieux communshasardés, cl vous auriez pénétré iuulileuient tousles replis du cœur d’un poule.
Par exemple, messieurs, si je. supposons quevous êtes deux grands docteurs ; si je prenois mesmesures là-dessus , et qu’ensuite ( car il arrive desclinses plus extraordinaires) ou vînt à découvrirque vous n ùies rien moins tous deux que de sa-vants théologiens, que m* diriez-vous point demoi? Vous ne manquerez pas encore de vousécrier que je ne me connois point en auteurs , queje confonds tes Cltamilianles avec les Visionnaires,et que je prends des hommes fort communs pourde grands hommes : aussi ne prétendez pas que jevous donne cet avantage sur moi: j’aime mieuxcroire, sur votre parole , que vous ne savez pasles pères, et que vous n’êtes tout au plus queles très humbles serviteurs de l’auteur des Imagi-naires.
Je croirai même , si vous voulez, que vous n’ê-tes point de Port-Royal , comme le dit un de vous,quoique à dire le vrai j’ai peine à comprendre qu’ilait renoncé de gaieté de cœur à sa plus belle qua-lité. Combien de gens ont lu sa lettre , qui ne ['eus-sent pas regardée si l«* Port Royal m* l'eût adoptée,si ces messieurs ne l’eussent distribuée avec les mû •mes éloges qu’un de leurs éciits ! il a voulu peut-être imiter M. Pascal, qui dit, dans quelqu’unede ses lettres, qu’il n’est point de Port Royal. Mais,messieurs, vous ne considérez pas que M. Pascalfaisoit honneur à Port-Royal, et que Port-Royal
vous fait beaucoup d’honneur à tous deux. Croyez-moi , si vous en êtes, ne faites point de difficultéde l’avouer : et si vous n’en êtes point, faites toutce que vous pourrez pour y être reçus : vous n'a-vez que cette voie pour vous distinguer. Le nom-bre de ceux qui condamnent Jaménius est tropgrand : le moyen de se faite eonnoître dans lafoule I Jetez vous dans le petit nombre de ses dé-fensems ; commencez à faire les importants, met-tez.vous dans la tète que l’un ne parle que de vous,et que l’on vous cherche partout pour vous arrê-ter ; délogez souvent, changez de nom, si vous nel’avez déjà fait aB , on plutôt n’en changez point dutout: tous ne sauriez être moins connus qu'avecle vôtre ; surtout louez vos messieurs, el ne leslouez pas avec retenue. Vous les placez justementaprès David et Salomon ; ce n’est pas assez : met-tez-les devant, vous ferez un peu souffrir leur hu-milité : mais ne craignez rien : ils sont accoutumésà bénir tous ceux qui les font souffrir.
Aussi vous vous eu acquittez assez bien : vousles voulez obliger à quelque prix que ce soit. G’estpeu de les préférer à Lotis ceux qui ont jamais parudans le monde , vous les préférez même à ceuxqui se sont le plus signalés dans leur parti : vousrabaissez M. Pascal pour relever l’auteur des Ima-ginaires ; vous dites que M. Pascal n’a que l’avan-tage d’avoir eu des sujets plus heureux que lui.Mais, monsieur, vous qui êtes plaisant, et quicroyez vous eonnoître en plaisanterie, trouvez-vous que le pouvoir prochain et la grâce suffisantefussent de» sujets plus divertissants que tuul ce quevous appelez les visions de Desmarêt.- ? Cependantvous ne nous persuaderez pas que les dernièresImaginaires soient aussi agréables que b-s jire-mièrcs Provinciales : tout le inonde lisoit les unes,et vus meilleurs amis peuvent à peine lire lesautres.
Pensez vous vous-même que je fasse une grandeinjustice à ec dernier de lui attribuer une C/umuï-lard. ? Savez-vous qu’il y a d’assez bonnes chosesdans ccsChamiliardes? Cet homme ne manque pointde hardiesse . il possède assez bien le caractère dePort-Royal : il traite le pape familièrement, ilparle aux docteurs avec autorité.. Que «lis-je? Sa-vez-vous qu’il n fait lin grand écrit qui a mérité«l’être brûlé ï J ? Mais cela serait plaisant que jeprisse contre vous le parti de tous vos auteurs;c’est Lien assez d’avoir défendu M. TaseaJ. Il estvrai que j’ai eu quelque pitié «le voir tiaiter l’au-teur des Chamitlurdes avec tant d'inhumanité, ettout cela pareequ’on l’a convaincu de quelquesfautes; il fera mieux une autre fois , il a bonne in-tention. Il s’est failcent querelles pour vos amis;voulez-vous qu’il soit mal avec tout le monde , clqu’il ne soit estime des jésuites ni de» jansénistes ?Ne craignez-TOus point que l'on vous fasse le mêmetraitement? Gur qui empêcheta quehju’un de merépondre, et de me dire , en parlant de vous :« Quoi , monsieur l vous avez pu croire que mes-« sieurs de Port Royal avoient adopté une lettre si« peu digne d'eux ! Ne voyez-vous point qu’elle re-«bat cent fois la même chose , qu’elle est obscure» en beaucoup d’endroits, et froide partout? > Ils mediront ces raisons , el d’autres encore , et j’en serai