DE RACINE.
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fâché pour vous: car votre belle humeur lient àpeu de chose : lit moindre inortilicatiou la suspen-dra , et vous retomberez dans la mélancolie de vo •Ire cou frère.
Mais ils'ennuieroit peut-être, si je le laissois pinslongtemps sans l’entretenir : il faut revenir à lui,et faire tout ce que. je pourrai pour le divertir. J’a-voue que ce n’est pas une petite entreprise : carque dire à un homme qui ne prend rien en raille-rie . et qui trouve partout des sujets de se fâcher ?Ce n’es l pas que je couda tune sa mauvaise humeur,il a ses raisons : c’est un homme qui s’intéresse sé-rieusement tl, ms le succès de vos affaires, il voitqu’elles vont de pîsen pis , et qu’il n’est pastempsde se réjouir; c’est sans doute ce qui fait qu’il s’em-porte tant contre la comédie, dominent peut-onaller au théâtre , nomment peut-on se divertir,lorsque la vérité est persécutée , lorsque la fin dumonde s’approche , lorsque tout le monde a tan-tôt signé ? Voilà ce qu’il pense . et c’rsi ce qu’allé-gua un jour fort à propos un de vos confrères, carje ne dis rien de moi-même.
C’étoit chez une personne qui, en ce lemps-Ià ,étoit fort de vos amies ; elle avait eu beaucoupd’envie d’entendre lire le Tartufe ; et l’on ne s’op-posa point à sa curiosité : on vous avoit dit que 1rsjésuites étoient joués dans celte comédie ; les jé-suites au contraire se flatfoient qu'on en vouloitaux janséniste*. Mais il n’impoile , la compagnieétoit assemblée; Molière aüoit commencer, lors-qu’on vit arriver un homme fort échauffé , qui dittout lias à cette personne : « Quoi] madame, vous« entendrez une comédie le jour que le mystère dei l'iniquité s’accomplit, ce jour qu ’on nous ôte nos«mères!» Cette raison parut convaincante: lacompagnie fut congédiée : Molière s'en retourna,bien étonné de l’empressement qu’mi avoit eupour le faire venir , et de celui qu’on avoit pourlcrenvoyer... En effet, messieurs, quand vous rai.sonnerez de la sorte, nous n'aurons rien à répon-dre . il faudra se rendre : car de me demander ,comme vous laites, si je crois la comédie unechose sainte , si je la crois propre à faire mourirJe vieil homme, je dirai que non; mais je vousdirai en même temps qu’il y a des choses qui nesont pas saintes, et qui sont pourtant innocentes.Je vous demanderai si la chasse . la musique . leplaisir de faire des sabots, et quelques autres plai-sirs que vous ne vous refusez pas à vous-mêmes,sont fort propres à faire mourir le vieil homme;s’il faut renoncer à tout ce qui divertit, s’il fautpleurer à toute heure ? Hélas! oui. dira le mélan-colique. Mais que dira le plaisant? Il voudra qu’illui soit permis de rire quelquefois, quand ce nete roi l que d’un jésuite; il vous prouvera , commeont fait vos amis, que la raillerie est permise, queles pères ont ri, que Dieu même a raillé. Et voussemble-t îl que les Lettres Provinciales soient au-tre chose que di s comédies ? Dites-moi, messieurs,qu’est-ce qui se passe dans les comédies? On yjoue un valet fourbe, un bourgeois avare, unmarquis extravagant , et tout ce qu’il y a dans lemonde de plus digne de risée. J’avoue que le Pro-vincial a mieux choisi ses personnages : il les acherchés dans les couvents et dans la Sorbonne ;
il introduit sur la scène tantôt des jacobins , tant*»des docteurs, et toujours des jésuites. Combien derôles leur fait-il jouer! Tantôt ihuiiène un jésuitebon homme, tantôt un jésuite méchant, et toutjours un jésuite ridicule. Le inonde en a i i pendantquelque temps, et le plus austère janséniste auroitcru Iraliir la vérité que de n’eu pas rire.
Jlecomndssez donc , monsieur, que puisque noscomédies ressemblent si fort aux vôtres, il fautbien qu’elles ne soient pas si criminelles que vousle dites. Pour les pères, c’est à vous de nous lesciter, c’est à vous, ou à vos amis, de nous con-vaincre, par une foule de passages, que l'églisenous interdit absolument la comédie, en l’étatqu’elle est : alors nous cesserons d’y aller , et nousattendrons patiemment que le temps vienne demettre les jésuites sur le théâtre.
J’cn pourvois diie aillant des romans, et il mesemble que vous ne les condamnez pas lout-à-fait.« Mon dieu ! mnnsîeu r , me dit l’un de vous , queh vous avez de choses à faite avant que de lire« des romans! » Vous voyez qu’il ne défend pasde les lire; mais il veut auparavant que je ru yprépare sérieusement. Pour moi, je 11'en avilispas une idée si haute : je croyois que ces sortesd'ouvrages n’éloient lions que pour désennuyerl’esprit, pour l'accoutumer à la lecture, et pourle faire passer ensuite à des choses plus solides.En effet, quel moyen de relou ruer aux romans,quand on a lu une fois les voyages de Saint-Amour, Wendroek, Palafox*', et tous vus au-teurs? Sans mentir, ils ont tout une autre ma-nière d’écrire que les faiseurs de romans ; ils onttout une autre adtessc pour embellir la vérité:ainsi vous avez grand tort quand vous m’accusezde les comparer avec les outres. Je n’ai point pré-tendu égaler Désunit êta à M. Le Maîslre; il nefaut point pour cela que vous souleviez les jugesel le palais contre moi ; je reconnois de bonne loique les plaidoyers de ce dernier sont , sans com-paraison , plus dévots que les romans du premier.Je omis bien que si Desmarcis avoit revu ses ro-mans depuis sa conversion , comme on dit queM. Le Maistre a revu ses plaidoyers, il y auroitpeut-être mis de la spiritualité: niais il a cruqu’un pénitent devoît oublier tout ce a faitpour le monde. Quel pénitent, dilcs-vons’^qui faitdes livres (le lui-même , au lieu que M. Le Maistren’a jamais osé faire que des traductions! Mais,messieurs, il n’est pas que M. Le Maîslre n’aitfait des préfaces, et vos préfaces sont fort souventde fort gros livres. Il faut bien se hasarder quel-quefois: si les saints n’avoient fait que traduire,vous ne traduiriez que des traductions.
Vous vous étendez fort au long sur celle qu’ona faite de Térence ; vous dites que je n’en puis tireraucun avantage, et que le traducteur a rendu ungrand service à l’état et à l’église, en expliquantun auteur nécessaire pour apprendre lu languelatine. Je le veux bien ; mais pourquoi choisir Tt-rence ? Cicéron n’est pas moins nécessaire quelui; il est plus en usage dans les collèges: il estassurément moins dangereux : car, quand vousnous dites qu’on ne trouve point dans Térenceces passions couvertes que vous craignez tant , il
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