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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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45 o SECONDE LETTRE DE RACINE.

faut bien que vous n’ayez, jamais lu la première

de discernement que Dieu avoit donné à la sainte

et la cinquième scène de l'Andrienne, el tant

mère.

d’autres endroits des comédies que l'on a trndui-

Vous voyez, bien que je ne cherche pas à faire

tes : tous y auriez vu ces passions naïvement expri-

de longues lettres ; je ne manquerois pas de ma-

niées ; ou plutôt il faut que vous ne les ayez lues

tières pour grossir celle-ci ; je pourrois vous rap-

que dans le françois; et, en ce cas , j’avoue que

porter cent de vos passage*, comme vous rappor-

vous les avez pu lire sans danger.

tez presque tous les miens ; mais , ou its seroient

Voilà, messieurs, tout < - e que je voulois tous

ennuyeux , et je ne veux pas que vous vous en-

dire: car, pour l’iii.-.toire des capucins, il paroît

nuyîez-vous mêmes; ou ils seroient divertissants,

bien , par la manière dont vous la niez, que vous

et je ne veux pas qu’on me reproche, comme à

la croyez véritable. L’un de vous me reproche

vous, que je ne divertis que par les passages des

seulement d'avoir pris des capucins pour des cor-

auttes. Je prévoit, même que je ne vous écrirai

deliers. L’autre me veut faire croire que j’ai voulu

pas davantage. Je 11e refuse point de lire vos apo~

parler du père Mnlard. Non, messieurs : je sais

logies , nid cire spectateur «le vos disputes, mais

combien ce cordtlier est décrié parmi vous; on

je ne veux point y être mêlé. Le seroit une chose

se plaignoit encore en ce lemps là d’un capucin;

étrange que , pour un avis que j’ai donné en pas-

et ce sont des capucins qui ont bu le cidre, Il se

saut, je me fusse attiré sur les bras tous les disci-

peut faire que celui qui m’a conlé celle aventure ,

pies de saint Augustin. Us n’y trouveroien! pas

et qui y étoit présent, n'a pas retenu exactement

leur compte: ils n’ont point accoutumé d’avoir

! le nom du père dont on se plaignoit ; mais cela ne

affaire à «les inconnus. Il leur faut des gens cou-

fait pas que le reste ne soit véritable. Kl pourquoi

nus et des plus élevés eu dignité ; je ne suis ni l’un

le nier, quel tort cela fait-il à lu mère Angélique?

ni l’autre , cl par conséquent je crains peu ces

Cela ne doit point empêcher vos amis d'achever

vérités dont vous me menacez. Il se pourr«>it faire

sa vie , qu’ils ont commencée , ils pourront même

qu’en voulant me dire des injures, vous en diriez

se servir de cette histoire, et ils en feront un cha-

au meilleur rie vos amis. Crovez-mni, retournez

pitre particulier, qu’ils intituleront: De l’esprit

aux jésuites ; ce sont vos ennemis naturels.

NOTES DES LETTRES

A l’auteur des hérésies imaginaires.

1 Les imaginaires an nombre do dix et les Vi-

pêcher aux jésuites de brûler les livres , est une

sionnaires au nombre de huit, publiées par Nicole

espèce de satire en vers. Ce dernier pamphlet

sous le nom de Pamvilliers. Il est à propos de

avoit paru en i6fi4, et il est de Barbier d’Au-

remarquer ici qu'il n’avuit encore paru que les

court.

deux premières Visionnaires, lorsque Racine écri-

7 CeLte traduction est de Le Maistre de Sacy.

vit cette lettre. On peut voir l'histoire de ces lettres,

IJ n’a traduit que trois pièces, l’Andrienne, les

et des circonstances qui les firent naître , dans les

Adelphes, et le Phormion.

Mémoires de Louis Puicine, placés à la tête de

* D'TIrfc (Honoré) , auteur de l’Astrée.

cette édition.

9 Pierre Corneille. ;

3 Les Provinciales. Elles avoient paru en i65G.

10 Le Roi de Gombervillc, auteur du roman de

s ChamilJard , docteur de Sorbonne, et l’un des

Polexandre et de plusieurs autres, mourut à Paris

en 1674.

sera question de lui dans rilistoirc de Port-Royal.

11 Lettres Provinciales, page 28 de l’édition de |

* Le roman est intitulé Ariane ; c’est un ouvrage

1G57. j

bizarre et même licencieux. Desmarêls est auteur

12 Celle rétractation est à la lin de la XVI e |

d’un autre roman qui a pour titre Roxane: mais

lettre au provincial, page 32S. I

il ne publia que la première partie. Geoffroy.

1Î La mère Angélique Arnautd , abbesse et ré i

s Ün deg messieurs de l’aratlémie , des ptus illustres

formatrice de Port-Royal des-Champs, étoit soeur ;

entre ces hommes tous illustres. Lettres Provinciales,

du docteur Arnauhl et d'Arnaufd d’Andidv. Elle

édit, de Ciologne, 1607. p. 27.

étoit morte en 1661. Voyez l’abrégé de l'Histoire ;

6 Ce sont les litres dr diicrs écrits du temps,

de Port-Royal. j

relatifs aux querelles du jansénisme.

H Guillaume du Gué de Bngnols , maître des 1

■— Les Enluminures du fameux Almanach des

requêtes, qui s’étoit retiré à Port-Royal, et y étoit

révérends pères jésuites avoient paru en 1654-

mort en 1G57, àiage de 4i ans.

Ce livre étoit sorti de Port-Royal, et on l’attribue

1J On a pu croire qu'ici l’auteur avoit eu en vue

à Le Maistre de Sacy.

la duchesse de Longueville. Cette princesse. si fa-

— Les Chamillardes sont des lettres adressées

meuse par ses intrigues pendant les troubles de

au docteur Chamillard.

la fronde, s’étoit jetée depuis peu de temps dans

— L’Onguent pour la brûlure, ou le Secret d’em-

la vie pénitente, gnns la direction de MIL Singlin