ABRÉGÉ
DE L’HISTOIRE DE l’ORT-ROYAL.
AVERTISSEMENT.
On peut considérer celle Histoire comme mieréparation éclatante des satires échappées autrefoisà la jeunesse île l'auteur, dans scs Lettres sur Poil-Roval. Les Lettres «•liiiccllcut d'esprit , de traitsenjoués et malins, de fine plaisanterie : l'Histoireest pleine, de simplicité , de sagesse , de gravité :on sent, à l’extrèmc différence du ton cl du style,que les Lctties sont le fruit de la première effer-vescence d’un talent jeune et brillant, et que l’IIis-toire est l’ouvrage d’un écrivain mûr et prudent,revenu du monde et des passions, et qui pèsetout dans la balance delà morale et de la vertu.On dit que lloileau regardoit l’IIisloire de Porl-Royal comme le plus beau morceau qu’il y eût euce genre dans notre littérature. 11 est très permisde révoquer en doute la plupart de ces mots attri-bués à Boileau par des compilateurs très peu scrupu-leux sut' l’exactitude historique. Son jugcincul surle mérite de l’Histoiie de Port-Royal n’est rap-porté que par l'auteur du Supplément de Morcri;oL c’est une autorité bien foible. On doit plus derespect au suffrage de l’abbé d’Olivet , qui, dansson Histoire de l'académie françoise, prétend quecet ouvrage de Racine lui domiK parmi les écri-vains en prose le même rang que ses tragédies lui as-surent parmi les poètes. Mais . avec tous les égardsqu’exige l’abbé d’Olivet, on ne peut dissimulerque son opinion est fort exagérée, et dément la sa-gesse ordinaire du goût de ce judicieux académi-cien. L’Abrégé de rijisloire de Port-Royal est re-commandable par la clarté , la simplicité , la dou-ceur, le naturel, et toutes les qualités d’un bon es-prit qui n’écrit que pour instruire , et semble nechercher que la vérité. L'histoire d’une commu-nauté religieuse n’est pas un sujet brillant : l'au-teur s’est conformé à la modestie du sujet. Voicil’origine de celte Histoire. Les religieuses de Port-Royal-dcs'Champs ayant été obligées, en l’an-née 1697, de présenter un Mémoire au cardinalde Nouilles, archevêque de Paris, au sujet du par-tage de leurs biens avec la maison de Port-Royal de Paris , Racine fit pour clics ce Mémoirequi nontenoit en partie une explication de leur re-cette et de leur dépense. L’archevêque, après enavoir apparemment goûté le. st\ le , en demanda àRacine un autre qui l'instruisît de ce qui s’étoitpassé dans celte maison depuis la réforme faiteparla mère Angélique Armnihl. Racine, pour sa-tisfaire le prélat, composa alors un Mémoire instruc-tif et sommaire sur Pori-Hoyal, depuis sa réforme ,
jusqu’au 2(1 février 1098, qui n’a jamais été rendupublic, mais qui donna lieu à son Histoire dePort-Royal, qu'il n’a conduite que jusqu’à l'an-née jG 65. Pinsiems écrivains. qui se copient lesuns les autres, ont avancé mal à propos que celteHistoire, fut composée vers l’an j ü93 , ayant étédemandée par le cardinal de Nouilles, en sa qua-lité d’archevêque de Paris. Cela est évidemmentfaux, puisqu’il ne fut uunimé à cet archevêchéqu’en 1G95. D’ailleurs, un passage de celle His-toire, dans lequel 0» fait mention deM. Le Nainde Xillemont comme 11c vivant plus à l’époque oùl’on écrit, prouve que l’on n’y liavailla pointavant 1698, puisque c’est tout au commencementde celte année que M. Le Nain de Tillemont mou-rut.
Quelques éditeurs do Racine ont prétendit quela seconde partie de l’Histoire de Port-Royal n’é-toit pas de ce grand poète : <■ Nous croyons, dit«Luneau de Boisjrrmain, que Racine se serait bien« gardé de faire ici l’éloge des Imaginaires, s’il«avait réellement composé la seconde partie de« l'Histoire de Port-Royal. On ne peut guère en ef-«fcl se persuader qu’après avoir reproché à l’au-R teur de ces Lettres, de. louer et blâmer le mêmea homme, selon qu’il ètûit content ou mal satisfait de« lui (première lettre de Racine, page 453), ce poète«n’eût pas évité de tomber dans la même faute.«Ou doit encore moins présumer qu'il eût pensé« a relever le mérite de eot ouvrage, dont il prétend«que les meilleurs amis de M- Nicole pouvaient à« peine soutenir la lecture. » ' Seconde lettre de Ra-cine , page 440. )
Comment le commentateurn’a-t-il pas vu que sison raisonnement avoit quelque solidité , il éfoitegalement applicable à la première partie de l’His-toire de l*oi t- Royal, dont cependant il ne cnn leste,point l’authenticité? ifn effet , on lit dans la pre-mière partie :« Ces maîtres n’étoient pas des born-âmes oïdiuaii es-, il suffit de dire que l’un d’en-« ire eux éfoit le célèbre 3f. Nicole. 1 Étoit-ii donc« si difficile d’observer que le grave historien dePort-Royal étoit bien différent du jeune auteurqui , trente ans auparavant . avoit attaqué sesmaîtres dans des lettres satiriques ; et que par con-séquent on ne pouvoit rien conclure de celle dilfé-rencr de langage et de sentiments, suite naturelleet nécessaire de la dillcrence d’âge et de principes?
On a fait dans ces derniers temps une objectionplus spécieuse : il u'est pas possible. o t-on dît,