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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ABRÈGE DE L'HISTOIRE DE PORT-ROYAL.

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que cette seconde partie soit de Fiacine , puisqu’ony trouve tin passage sur la destruction (le Port-Boval ! 170g ), lequel n’a pu être écrit par Bacine,mort dix ans auparavant. Ce passage est conçu ences termes :

« Je ne doute pas que la postérité, qui verra unijour, d'un côté les grandes choses que le roi a«faites pour l'avancement de la religion catho-dique, cl de l’autre, les grand» services que«M. Arnauld a rendus à l'église, et lu vertu«extraordinaire qui a éclaté dans la maison dont«nous parlons, n’ait peine à comprendre comment«il s’est pu faire que, sous un roi si plein de piété«et de justice, une maison si sainte ait été dé-«truite. «

J/objcction est pressante ; Ja réponse sera pé-remptoire.

Bacine , la veille de sa mort, remit son îlistoirede Porl-Hoy.}! entre les mains d’un ami. Louis .Ra-cine, sou (ils , ignora long-temps le sort de ce ma-nuscrit : il le croyoit anéanti, lorsqu’en 174» ilapprit qu’on en avoil imprime la première partie,sans savoir comment, après avoir été ensevelipendant quarante ans, cet ouvrage étoit enfin par-

venu à voir la lumière. Il acquit depuis des rensei-gnements plus exacts, et même il recouvra le ma-nuscrit de la seconde partie, qu’il déposa à Jabibliothèque du roi, avec cette uote écrite de samain.

« Ce qui s’est trouvé de l'Histoire de Port-« Royal dans les papiers de Jean Racine.

« Le tout est écrit de sa mai» , excepté les feuil-lets 1 , a , 3 , 4 * qui sont écrits de la main de« Boileau.

«Tout ce morceau est de la seconde partie : on«ne trouva rien , dans ses papiers, de la première«partie de cette histoire. 3

Le passage dans lequel il est question de la des-truction de Port Royal se trouve dans le premierfeuillet, écrit de la main de Boileau , qui vécutencore deux ans après cet évènement, et qui afait à celle partie de l’ouvrage de son illustre amiles changements indiqués parles circonstances.

C’est donc en vain qu’on <1 essayé d'élever desdoutes sur fauthenticité de cette seconde partie :elle est incontestablement de la même main quela première,

PREMIERE PARTIE.

L'abbaye de Port-Royal, près de Cbevreuse,est une des plus anciennes abbayes de l’ordre de(liteaux. Elle fut fondée, en l'année 1204, par unsaint évêque de Paris , nommé Eudes de .Sully,de la maison des comtes de Champagne, procheparent de Philippe Auguste 5 . C.’csl lui dont 011 voitla tombe en cuivre , élevée de deux pieds , à l’en-trée du chœur do Notre-Dame de Paris. La fonda-tion n’étoit que pour douze religieuses, ainsi cemonastère ne possédoit pas de fort grands biens.Ses principaux bienfaiteurs furent les seigneursde Montmorency et les comtes de Monlfort. Iis luiliventsuccessiv rinent plusieurs donations, dont lesplus considérables ont été confirmées par le roisaint Louis, qui donna aux religieuses, sur son do-moine , une renie en forme d'aumône , dont ellesjouissent encore aujourd'hui-, si bien quelles re-cotnioissenl avi c raison ce saint roi pour un deleurs fondateurs. Le pape Honoré UI accorda àcette abbaye de grands pi iviléges ; comme , entreautres, celui d’y célébrer l’ufiice divin, quandmême tout le pays seroît en interdit. Il permettoitaussi aux religieuses de donner retraite à des sécu-lières qui , étant dégoûtées du monde , et pouvantdisposer de leurs personnes , voudraient se réfu-gier dans leur couvent pour y faire pénitence,sans néanmoins se lier par des vœux. Celle bulleest de l’année 122.3 , un peu après le quatrièmeconcile général de Latran.

Sur la fin du dernier siècle, ce monastère,comme beaucoup d’autres, étoit tombe dans ungrand relâchement : la règle de saint Benoît n’yétoit presque plus connue , la clôture meme n’y

étoit plus observée, et l’esprit du siècle en avoitentièrement banni la régularité. Marie-AngéliqueArnauld , par un usage qui n’éloil que trop com-mun en (res temps là , en fut faite abbesse , n’ayantpas encore onze ans accomplis. Bile n’en avoitquehuit lorsqu’idle prit l’habit, et elle lit professionà neuf ans entre les mains du général de Liteaux,qui la bénit dix-huit mois après. TI y avoit peu d'ap-parence qu’une fille faite abbesse à cet âge, etd’une manière si peu régulière , eut été choisie deDieu pour rétablir la règle dans celte abbaye. Ce-pendant elle étoit à peine dans sa dix-septième an-née , que Dieu , qui avoit de grands desseins surelle , se serv it, pour lu toucher, d’uuc voie assezextraordinaire.

Un capucin, qui étoit sorti de son couvent parlibertinage, et qui allait se faire apostat dans lespays etrangers, passant par hasard (en 1608 i àPort-Rojal, fut prié par l 'abbesse et par les reli-gieuses de prêcher dans leur église. Il le fit, et cemisérable parla avec tant de force sur le bonheurde la vie religieuse, sur la beauté et sur la sain-teté de la règle do saint Benoît , que la jeune ab-besse en lut vivement émue. Elle forma dès iorsla résolution non seulement de pratiquer sa règledans foute sa rigueur , mais d’employer même tousscs efforts pour la faire aussi observer à scs reli-gieuses. Elle commença par un renouvellementde ses vœux , et fil une seconde profession , n'étantpas satisfaite de la première. Elle réforma tout cequ'il y avoit de mondain et de sensuel dans ses ha-bits , ne porta plus qu’une chemise de serge , necoucha plus que sur une simple paillasse, s’abs-