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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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454 ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE

tint de manger de la viande , et fit fermer de bon-nes murailles son abbaye, qui ne l’éloit aupara-vant que d’une méchante elûlurede terre ébouléepresque partout. Elle eut grand soin de ne pointalarmer ses teligieuses par trop d'empressementà leur vouloir l'aire embrasser la lègle : elle se con-tentoit de donner l'exemple, leur parlant peu,priant beaucoup pour clics, et accompagnant detorrents de lamies le peu d'exhortations qu’elleleur faisoit quelquefois. Dieu bénit si bien celteconduite , qu'elle les gagna toutes les unes aprèsles autres , et qu’en moins de cinq ans la commu-nauté de biens, le jeûne , l’abstinence de v lande ,le silence , la veille de la nuit, et entin toutes lesaustérités de la règle de saint Benoît fuient éta-blies à Poit-lîoval de la même manière qu’ellesle sont encoie auj uid’hui.

Celte réforme est la première qui ait été intro.duite dans l’ordre «le Liteaux : aussi y lit-elle uufort grand bruit, et elle eut la destinée que lesplus saintes choses ont loujoui s eue, c’est à direqu'elle fut occasion de scandale aux uns, cld’édi.fication aux autres. Elle fut extrêmement désap-prouvée par un foi t grand nombre de moines etd’abbés même , «|ui rcgaidoicnl la bonne chère ,l’oisiveté, la mollesse , et , en un mot, le liberti-nage, comme d'anciennes coutumes de l’ordre,où i! n’étoit pas permis de loucher \ Toutes ccssortes de gens déclamèrent aven beaucoup d'em-portement contre les religieuses de Toit Royal,les traitant de folles , d’embéguinées , de novatri-ces , de schismatiques même, et ils parlaient deles faire excommunier. Ils avoient pour eux l'assis-tant du général , grand chasseur , et d’une si pro-fonde ignorance, qu’il n’entendoit pas même lelatin de son Pater, Mais heurenscinenl le général,nommé dom Boucherai*, se trouva un hommetrès sage et très équitable ,ctne se laissa point en-traîner à leurs sentiments.

Plusieurs maisons non seulement admirèrentcelle réforme, mais résolurent même de l’cui-brasser. Mais on crut partout qu'on ne pouvoitréussir dans une si sainte entreprise sans le secoursde l’abbesse de Port-Royal. E le eut ordre du gé-néral (en 1618) de se transporter dans la plupartde ces maisons, et d’envoyer de ses religieusesdans tous les couvents où elle ne pourroil allerelle-même. Elle alla à Maubuisson 5 , au Lys 6 , àSaint-Aubin 7 , pendant que la mère Agnès Ar-nould , sa sœur s , et d’autres de ses religieuses,alloienl à Saint-Cyr 9 , à Gomer Fontaine in , àTard 11 , aux îles d’Auxerre IJ , et ailleurs. Tou-tes ces maisons regardoienl l’abbesse et les reli-gieuses de Port-Royal comme des anges envoyé»du ciel pour le rétablissement de la discipline.Plusieurs abbesses vinrent passer des années entièi-es à Port Royal, pour s’y instruire à loisir dessaintes maximes qui s’y pratiquoieut. 11 y eut aussiun grand nombre «l’abbnyes d’hommes qui so réfor-mèrent sur ce modèle. Ainsi l'on peut dire avecvérité que la maison de Port-Roy ul fut une sourceda bénédictions pour tout l’ordre de (.liteaux , oùl’on commença de voir revivre l'esprit de saintBenoît et «le saint Bernard , qui y éloit presqueentièrement éteint.

De tous les monastères que je viens de nommer,il n'y en eut point où la mère Angélique trouvâtplus à travailler que dans celui de Maubuisson ,dont l’abbesse, snur de madame Gabrielle d'Es*tries, après plusieurs années d’une vie toute scan-daleuse. avoit été interdite, et renfermée à Parisdans 1 rs lilles pénitentes. A peine la mère Angéli-que commençoilà l'aire connaître Dieu dansceltemaison, que madame d’Estrées, s'étant échappéedes Filles pénitente» ’ 3 , revint à Maubuisson avecune escorte de plusieurs jeunes gentilshommes,accoutumés à y venir passer leur temps; et unedes porte» lui en fut ouverte par une des ancien-nes religieuses. Aussitôt le « onfesseur de l'abbaye,qui ctoil un moine , grand ennemi de la réforme ,voulut persuader à la mère Angélique «le se reti-rer : il y eut même un «le ces gentilshommes quilui appuya le pistolet sur la gorge pour la fairesortir. Mais tout cela ne l'étonnant point, l'ab-besse. le confesseur, et ccs jeunes gens, la pri-rent par force , et la mirent hors du couvent avecles religieuses qu'elle y avoit amenées, et avectoute» les novices à qui elle avoit donné l'habit.(Jette troupe «le religieuses, destituée de tout se-cours , et ne sachant où se retirer , » achemina ensilence vers Ponloi»c , et en traversa tout le fau-bourg et nue partie de la ville , les main» jointeset leur voile sur le visage , jusqu’à ce qu’enfinquelques habitant» du lieu, touchés de compas-sion, leur ulî'rirent de leur donner retraite chezeux. Mai» elle» n’y lurent pas longtemps: car,au bout de deux ou trois jours, le parlement,à la requête de l’abbé de (liteaux, ayant donnéun arrêt pour renfermer de nouveau madamed’Estrées , le prévôt de l’isle fut envoyé avec main-forte pour se saisir de l'abbesse, du confesseur,et de la religieuse ancienne qui étoit de leur ca-bale. L’abbesse s’enlVit de bonne heure par uneporte du jardin : la religieuse fut trouvée dans unegrande armoire pleine de hardes, où elle s’éloitcachée ; et le confesseur , ayant sauté par-dessusles murs , s’alla réfugier chez les jésuites de Pon-toise. Ainsi la mère Angélique demeura paisibledans Maubuisson , et y continua sa sainte missionpendant ciiuj aimée».

(le fut là qu’elle vit (le 5 avril de l’année 1619),pour la première fois, saint François de Sales, etqu’il se lia entre eux une amitié quia duré tontela vie du saint évêque, qui voulut même que lamère de (lhanlal 14 fui associée à cette union.L’on voit dans les lettres de l’un et de l’antre lagrande idée qu’ils avoient de cette merveilleusefi lie. De son côté, la mère Angélique procuraaussi à M. Arnauld ,son père' 5 , et à toutes» fa-mille, la c.onnoissance de ce saint prélat. Il lit unvoyage à Port-Royal , pour y voir la mère Agnèsde Saint-Paul, sœur de cette abbesse ; il allait voirtrès souvent J\I. Arnauld, son père, et M. d’An-dilly 1 " , son frère, et à Paris et à une maisonqu’ils avoient à la campagne , charmé de sc trou-ver dans une famille si pleine de vertu et de piété.La «lumière fois qu’il les vit, il donna sa bénédic-tion à tous leurs enfants, et entre autres au célèbreM. Arnauld, docteur «le Soihumie, qui n’avoitalors que six ans. La bienheureuse mère de Chantal