ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE
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éloquence lui pouvoit procurer , s'éloit retiré dansce désert pour y achever sa vie dans le silence etdans la retraite. Il y fut suivi parun de ses frères,qui avoit été jusqu’alors dans la profession des ar-mes 4ê . Quelque temps après, M. deSacy 4Ï , sonautre fière , si célèbre par les fines de pitié dontil a enrichi l'Église , s’y retira aussi avec eux pourse préparer dans la solitude à recevoir l’ordre dela prêtrise. Leur exemple y attira encore cinq ousix autres, tant séculiers qu'ecclésiastiques, qui,étant comme eux déboutés du monde, se vinrentrendre les compagnons de leur pénitence. Mais ceu’étoit point une pénitence oisive : pendant queles uns prenoienl ctumoissanre du temporel decelte abbaye , et iravaiMoient à en rétablir les af-faires, les mitres ne dédaignoient pas de cultiverla terre comme de simples gens de journée ; ils ré-parèrent même une partie des bâtiments, qui ytomboient en ruine , et rehaussai)t cenx qui étoienttiop bas et trop enfoncés, rendirent l'habitationde cc désert beaucoup plus saine et plus commodequelle n’éloit. M. d’AndilIy, frère aîné do lanièreAngélique , 11e larda guère à y suivre ses neveux ,et s’y consacra, comme eux, à des exercices depiété qui ont duré aillant que sa vie.
Comme les religieuses se trouvaient alors aunombre de plus de cent, la même raison quiles avoit obligées , vingt-cinq ans auparavant, departager leur communauté , les obligeant encorede se partager, elles obtinrent de M. de Gondy lapermission de renvoyer une partie des sœurs dansleur premier monastère , en telle sorte que lesdeux maisons ne formassent qu’une même abbayefl une même communauté , sous les ordres d’unemême abbesse. La mèie Angélique, qui l'étoilalors par élection (en 1648 ), y alla en personneavec un certain nombre de religieuses qu’elle yétablit. M. ViMart , évêque de Châlous, en rebé-nit l’église, qui avoit été rehaussée de plus de sixpieds, et y administra le sacrement de confirma-tion à quantité de gens des environs. Cc fut versce temps-là que la duchesse de Luynes, mère deM. le duc cle Chcvreuse 4 ®, persuada au duc sonmûri de quitter la cour , et de choisir à la campa-gne une letraitc où ils pussent ne s’occuper tousdeux que du soin de leur salut. Ils tirent bâtir ponrcela un petit château dans le voisinage et sur lefonds même de Porl-Boyal-des-Champ* ; ils lirontaussi bâtir à leurs dépens un foi t beau dortoir pourles religieuses. Mais la duchesse ne vit achever nil'un ni l’autre de ces édifices, Dieu l’ayant appeléeà lui dans une fort grande jeunesse.
Les religieuses des champs étoient à peine éta-blies, que la guerre civile s’étant allumée enFrance , et les soldats des deux partis courant etravageant la campagne, elles furent obligées ( en165 a J de chercher leur sûreté dans leur maison deParis. Plusieurs religieuses de divers monastèrescle la campagne s’y venoient aussi réfugier tous lesjours, et j étoient toutes traitées avec le même soinque celles de la maison. Mais la guerre finie (euj 653), on retourna dans le monastère des champs,qui n’a plus été abandonné depuis ce temps-là.plusieurs personnes de qualité s’v venoient retirerde temps en temps pour y chercher Dieu dans le
repos de la solitude, et pour participer aux priè-res do ces saintes filles. De ce nombre étoient leduc et la duchesse de Liancourt , si célèbres parleur vertu et par leur grande charité envers lespauvres : ils vonltihuèrmit même à faire bâtir ,dans la cour du dehors, un corps-de logis, quiest celui qu’on voit encore vis a vis In porte de l'é-glise r, \ L;t princesse de Guémcné 11 , la marquisede Sablé 54 , et d’autres dames considérables parleur naissance et par leur mérite , fi 1 en t aussi bâ-lir dans les dehors de la maison de Paris, résoluesd’y passer leur vie dans la retraite . cl attirées parla piété solide qu’elles voyoient pratiquer dans cemonastère.
K11 efiet, il n’y avoit point de maison religieusequi fût en meilleure odeur que Port-Royal, Touten qu’on en voyuit au dehors im-piroit de la piété ■on admiroil la inanièi i; grave et louchante dont leslouanges de Dieu y étoient chantées , la simplicitéet en même temps la propreté de leur église, lamodestie des domestiques , la solitude, des parloirs,le peu d'empressement des religieuses à y soutenirla conversation, leur peu de curiosité pour savoirle» choses du momie , et même les allai res de leursproches; en immot , une entière indifférence, pourtout cc qui ne regardoit point Dieu. Mais combienles personnes q ui oonnoissoienl l’intérieur de cemonastère y ti ouvoient-elle» de nouveaux sujetsdédification ! Quelle paix! quel silence ! quellecharité! quel amour pour la pauvreté et pour lamortification ! Un travail sans relâche , une prièrecontinuelle, point d’ambition que pour les emploisles plu* vils cl les plus humiliants, aucune impieticnre dans Je» sœurn , nulle bizarrerie dans les mè-res, l’obéissance toujours prompte , et le comman-dement loujouis raisonnable.
Mais rien n’approcboit du parfait désintéresse-ment qui régnoil dans celle maison. Pendant plusde soixante ans qu’on y a reçu des religieuses, onn’y a jamais entendu parler ni de contrat ni deconvention tacite pour la dot de celles qu’on re-ceToit. On y éprouvuit les novices pendant deuxans : si on leur trouvoil une vocation véritable,les parents étoient avertis que leur fille éloil admiseà la profession , et l'on comenoit avec eux du jourde la cérémonie. La profession faite , s’ils étoientriches, on recevoit comme une aumône ce qu’ilsdonnoient, et on metloit toujours à part une por-tion de celle aumône pour en assister de pauvresfamilles, et .surtout de pauvres communautés reli-gieuses. Il y a eu telle de ces communautés à quion transporta tout-à-coup une somme de vingtmille lianes , qui avoit e.lé léguée à la maison ; et,ce qu’il y a de partie 11 lier, c'est que, dans le mêmetemps qu'on dressoit chez un notaire l’actede rrlledofialion, le pourvoyeur de Port -Royal, qui nesavoil rien de la chose, vint demanda à ce mêmenotaire de l’argent à emprunter pour les nécessitéspressantes du monastère.
Jamais les grands biens ni l’extrême pauvretéd'une fille n’ont entré dans les motifs qui la fai-soii'nt ou admettre ou refuser. TJne darne de grandequalité avoit donné à Port-Royal, conyme bienfai-trice , une somme de quatre-vingt mille francs :cette somme fut aussitôt employée, partie en cha*