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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL, 4G1

rites , partie à acquitter des dettes , et le reste àfaire des bâtiments que cette dame elle-même avoitjugés nécessaires. Elle n’avoit eu d’abord d’autredessein que de vivre le reste de ses jours dans lamaison, sans faire de vœux; ensuite elle souhaitad’y être religieuse. On la mil donc au noviciat ; clon l’éprouva pendant deux ans avec la même exac-titude que les autres novices. Ce temps expiré,elle pressa pour être reçue professe. Ou prévittous les inconvénients où l’on sVxposeroil eu larefusant : mais connue on ne lui t rouvoii point as-sez de vocation , elle fut refusée linil d'une voix.Elle sortit du couvent , outrée de dépit , et songeaaussitôt à revenir contre la donation qu’elle «voitfaite. Les religieuses avoieul plusd’un moyen pours'empêcher, en justice, de lui rien rendre; maiselles ne voulurent point de procès. On vendit desrentes; on s’endetta ; en un mot , on trouva moyende ramasser cette grosse somme , qui fut rendue àcette dame pai un notaire en présence de M. LeNain , nmlre des requêtes , et de M. de Pulluau ,conseiller au parlement, aussi charmés tous deuxdu courage et du désintéressement de ces filles,que peu édifié» du procédé viudicalif et intéressédo la fausse bienfaitrice.

Lu des plus grands soins de la mère Angélique,dans les urgentes nécessités où la maison sc trou-voit quelquefois , c'ctoil de déiober la commis-sauce de ce» nécessités à certaines personnes quin’auroient pas mieux demandé que de l'assister.« Me» fille», disoit-ellft souvent à ses religieuse»,« non» avons fait voeu de pauvreté ; est-ce être pau-« vres que d’avoir des amis toujours prêts à vous« faire part de leurs richesses? •

Il n’est pas croyable combien de pauvres famil-les , et à Paris et à la campagne , subsi'toient descharités que l'une et l’autre maison leur faisoient :celle des champs a eu long-temps un médecin etun chirurgien qui n’avoienl presque d'autre oc-cupation que de traiter les pauvre» malades dosenvirons, et d’aller dans tous les villages leur por-ter les remède» et les autres soulagements néces*saires: et depuis que ce monastère s’est vu horsd’état d'entretenir ni médecin ni chirurgien, lesreligieuses ne laissent pas de fournir les mêmesremède». Il y a au dedans du couvent une espèced’infirmerie où les pativies femmes du voisinagesont saignées et traitées par des sœur» dressées àcet emploi , et qui s’en acquittent avec une adresseet une charité incroyables. Au lieu de tous ces ou-vrage» frivoles , où l’industrie de la plupart desautres religieuses s'occupe pour amuser fa curio-sité de» - personnes du siècle , on seroit surpris devoir avec quelle industrie, les religieuses de Port-Loyal savent rassembler jusqu'aux plus petites ro-gnures d’étulTcs pour en levèt'r des enfants et desfemmes qui n’ont pas de quoi se couvrir, et encombien de manières leur charité les rend ingé-nieuses pour assister les pauvres, toutes pauvresqu’elle» sont elles-mêmes. Dieu . qui les voit agirdan» le secret, sait combien de fois clics ont donné,pour ainsi dire . de leur propre subsistance , et sesont ôté le pain des mains pour en fournir à ceuxqui en ..anquuient : et il sait aussi les ressourcesinespérées qu’elle» ont plus d’une fois trouvées

dans sa miséricorde , et qu’elles ont eu grand soinde tenir secrète».

Une des choses qui rendoient celte maison plusrecommandable , et qui peut-être aussi lui ont at-tiré pins de jalousie, cVst l’excellente éducationqu’on y donnoit à la jeunesse. Il n’y eut jamaisd’asile où l’innocence et la pureté fussent plus àcouvert de l'air contagieux du siècle , ni d’écoleoù les vérités du christianisme fussent plus solide-ment enseignées : les leçons de piété qu’on y don-noîl aux jeunes filles faisoient d'autant plus d’irnpression sur leur esprit, qu’elles les voyoient ap-puyées , non seulement de l’exemple de leurs rmtî-traisse». mais encore de l’exemple de toute unegrande communauté, uniquement occupée àlouer et à servir Ilieu. Maison ne se contentoitpas de le» élever à la pieté , on prenoil aussi untrès grand soin de leur former l’esprit et la raison,et on travaillait à les rendre également capable»d’ôlre un jour ou de parfaites religieuses .ou d'ex-cellentes mères de famille. On pourroil citer ungrand nombre de filles élevèesdans ce monastère,qui ont depuis édifié le monde par leur sagesse etparleur vertu. On sait avec quel» sentiments d’ad-miration et de reconnoissnnce elles ont toujoursparlé de l’éducation qu’elles y avoient reçue ; etil y en a encore qui conservent, au milieu duinonde et de la cour , pour les restes de cette mai-son affligée , le même amour que les anciens Juilsconservoien t, dans leur captivité . pour les ruinesde Jérusalem- Cependant , quelque sainte que futcelte maison . une prospérité plus longuey auroitpeut-être à la fin introduit le relâchement : et Dieu,qui vouloit non seulement raffermir dans le bien,mais la porter encore à un plus haut degré de sain-teté, a permis qu’elle fût exercée par les pius gran-des tribulations qui aient jamais exercé aucunemaison religieuse. En voici l’origine :

Tout le monde sait celte espèce de guerre qu’ily a toujours eu entre l'Université de Paris et lesjésuite». Dès la naissance de leur Compagnie , laSorbonne condamna leur institut par une censureoù elle déchuoil , entre auties choses, que cetteSociété èloit bien plus née pour la destruction quepour )’é;'ilicalion. L’Université s’opposa de toutsou pouvoir à son établissement en France, et,n’ayant pu l’empêcher, elle tin! toujours ferme àne pas souffrir qu'ils fussent admis dans son corps.Il y eut même diverses occasion», dont on ne veutpoint rappeler ici la mémoire, où elle demandaavec instance au parlement qu’il» fussent citassesdu royaume ; et ce fut dari» une de ce» occasionsqu’elle prit pour son avocat Antoine Arnauld, pèrede la mère Angélique, l’un des plus éloquentshommes de son siècle. Il éluit d’une famille d’Au-vergne, très distinguée par le zèle ardent qu’elleavoil toujours montré pour la loyauté pendanttoutes les fureurs de la ligue. Antoine Arnauldpassoil aussi pour un desplus zélé»royaliste» qu’ily eût dans le parlement -. et ce lût principalementpour celte raison que IXTmer.-ité remit sa causeentre scs mains. Il plaida cette cause 53 avec unevéhémence et un éclat que les jésuites ne lui ontjamais pardonné. Quoiqu’il eût toujours été trèsbon catholique, né de parents très catholiques,