DE P O R T-ROYAL. 463
c'est lui qu’ils avoient choisi pour aller solliciter àRome la censure du livre de (a Fréquente C’ormmi-nion. Le mauvais succès de son voyage excitantvraisemblablement sa mauvaise humeur, il envint jusqu’à cet excès d’impudence et de folie,que d’accuser ces religieuses , dans un livre pu-blic, de ne point croire au Saint-Sacrement ; dene jamais communier, non pas même à l’articlede la mort ; de n’avoir ni eau bénite ni innéesdans leur église; de ne prier ni la Vierge ni lessaints; de ne point dire leur chapelet , les appe-lant Snrrannnlaires, des vierges folles, et passantmême jusqu'à cet excès de vouloir insinuer deschoses très injurieuses à la pureté de «tes biles.
Il rit falloit, pour cimnoîlre d’abord la faussetéde toutes ces exécrables calomnies , qu’emieiscu-lemenl dans l’église de Port Royal. Elle portait.comme j’ai dit , par excellence le nom d’églisedu Saint-Sacrement. Le monastère, les reli-gieuses , tout étoit consacré à l'adoration perpé-tuelle du sacré mystère de l'Eucharistie : on n’ypouvoit entendre de messe conventuelle qn’on n’yvît communier un fort grand nombie de reli-gieuses: on y troim.it de i’eau bénite à toutes lesportes; elles ne peinent chanter leur oltiee sansinvoquer la Vierge et les saints; elles font tous lessamedis une procession enl'honneur do la Vierge,et ont pour elle mie dévotion toute particulière,dignes filles en cela de leur père saint bernard ;elles portent toutes un chapelet , et le récitenttrès souvent ; et , ce qui surprendra les ennemisde ces religieuses, c’est que M. Anuutld lui-même,qu’ils accusaient de leur en avoir inspiré le mé-pris, a toujours eu un chapelet sur lui, et qu’iln’a guère passé de jours en sa vie sans le ré-citer.
Le livre du père Erisaoier excita une grande in-dignation dans le public. M. de Gondy, arche-vêque de Paris , lança aussitôt contve ce livre unecensure foudroyante s0 , qu'il fil publier au prônedans toutes les paroisses. Il y ptenoil hautement ladéfense des religieuses de Port-Royal , et rendoilun témoignage authentique et de l’intégrité deleur foi et de la puicté de leurs mœurs. Tous lesgens de bien s'attendaient que le père lïrisacierseruit désavoué par sa compagnie , et que , pourne pas adopter par son silence de si horribles ca-lomnies , elle lui en feioit faire une rétractationpublique, puis lYiiverroit dans quelque maisonéloignée pour y faire pénitence. Mais, bien loin deprendre ce parti. le père Paulin , alors confesseurdu roi , à qui on parla de ce livre , dit qu’il l’a-voit lu , et qu’il le trouvait un livre très modéré.On voit, dans le catalogue qu’ils ont fait imprimerdes ouvrages de leurs écrivains , ce même livre dupère Brisacier cité avec éloge. Pour lui, il fut faitalors recteur de leur collège de Rouen, et, à quel-que temps de là, supérieur île leur maison pro-fesse de Paris. Ainsi, sans avoir fait aucune répa-ration de tarit d’impostures si atroces , il continuale reste de sa vie à dire ponctuellement la messeIons les jours, confessant et donnant dis absolu-tions, et ayant sous sa direction les directeursmêmes de la plus grande partie des consciences deParis et de la enur. On n'ose pousser plus loin ces
réflexions , et on laisse aux révérends pères jésuitesà les faire sérieusement devant Dieu.
Le mauvais succès de ces calomnies n’ernpécbapas d’autres jésuites de les répéter en mille ren-contres. Il y en eut un. appelé le père Meynier,qui publia un livre avec ce litre : Le Port-Royald'intelligence avec Genève contre le Haint-Üacre-nient de l’iuitet, pa le lévèrend père Muynirr, dela compagnie de Jésus. Le livre éloit aussi impu-dent que le titre, et cnchérissoit encore sur lesexcès du père Brisacier : on y reumiveioit l'extra-vagante histoire du prétendu complot formé,en 1621, par M. Arnauld , par l’abbé de Saint-Cyran , et par trois autres, pour anéantir la reli-gion de Jésus-Christ et pour établir le déisme,quoique M. Arnauld eût déjà invinciblementprouvé qu’il n'nvoit que neuf ans l’année où l’ondisoit qu’il avoit formé cette horrible conjuration.Le père Meyuier faisoit même entrer dans cecomplot la mère Agnès et les autres religieuses de
Porl-Roval.
Quelque absurdes que fussent ces calomnies, àforce néanmoins de les répéter, cl toujours avecla même assurance , les jésuites les per.suadoienlà beaucoup de petits esprits, et surlont à leurspénitents et à leurs pénitentes, la plupart per-sonnes foi b! es, et qui ne [louvoient s'imaginer quepurs directeurs fussent capables d’avancer sansfondement de si effroyables impostures : ils lesfirent croire principalement dans les couvents quiétaient sous leur conduite : jusque là qu’il s’e»trouve encore aujourd’hui dans Paris où les re-ligieuses, quoique d’une dévotion d’ailleurs trèsédifiante , soutiennent aux personnes qui les vontvoir qu’tti ne communie point à Port-Royal, etqu’on n'y invoque ni la Vierge ni les Saints. Nonseulement on trouve des maisons de religieuses ,mais des communautés entières d’ecclésias'iques,qui. pleines de cette erreur, s'effarouchent en-core au nom de Port-Royal , et qui regardentcette maison comme un séminaire de toutes sortesd’hérésies.
On aura peut-être de la peine à comprendrecomment une société aussi sainte dans son insti-tution, et aussi pleine de gens de piété que l’estcelle des jésuites , a pu avancer cl soutenir de siétranges calomnies. Est ce, dit a-t-on . que l’espritde religion s’est tout-à-coup éteint en eux? Non,sans doute ; et c’est même par principe de religionque la plupart les ont avancées. Voici comment :la plus grande partie d’entre eux est convaincueque leur société ne peut être attaquée que pur deshérétiques : ils n’ont lu que les écrits de leurspères: ceux de Ifurs adversaires sont riiez euxdes livres défendus. Ainsi, pour savoir si un faitest vrai , le jésuite s’en rapporte an jésuilc ; de làvient que leurs écrivains ne font presque autrechose dans ces occasions que de se copier les unsles autres, et qu’on leur voit avancer comme cer-tains et incontestables des faits dont il y a trenteans qu’on a démontré la fausselé. Combien y ena-t-il qui sont entrés tout jeunes dans la compa-gnie , et qui sont passés d’abord du collège au no-viciat ! Ils ont ouï dire à leurs régents que te Port-Royal est un lieu abominable, il» le disent eu-