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ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE
suite à leurs écoliers. D’ailleurs c’est le vice de laplupart des gens de communauté de croire qu’ilsuc peuvent faire de mal en défendant l’honneurde leur corps : cct honneur est une espèce d’idole,à qui ils se croient permis de sacrifier tout, justice,raison, vérité. On peut dire constamment des jé-suites que ce défaut est plus commun parmi euxque dans aucun corps : jusque là que quelquesuns de leurs casuistes ont avaucé «elle maximehorrible, qn’un religieux peut en conscience ca-lomnier et tuer môme les personnes qu’il croitfaire toit à sa compagnie B1 .
Ajoutez qu’à toutes ce» querelles de religion ilse joiguoit encore entre les jésuites et les écrivainsde Port-Royal une pique «le gens de lettres. Lesjésuites s'étoient vus long temps en possession dupremier rang dans les lettres . et on ne lisoit pres-que d’autres livres de dévotion que les leurs. Illeur éloît donc très sensible de se voir déposséderde ce premier rang et de celte vogue par de nou-veaux venus, devant lesquels il semblait, pour ainsidire , qui* tout leur génie cl tout leur savoir se fus-sent évanouis. En effet, il est assez surprenant quedepuis le commencement de ces disputes il ne soitsorti de chez eux aucun ouvrage digne delà répu-tation que leur compagnie s'étoit acquise, commesi Dieu , pour me servir de» termes de l’Ecriture,leur avoit tout-à-coup ôté leurs prophètes ; leurpère Pelau même, si célébré par son savoir, ayantéchoué, contre le livre de lu Fréquente Commu-nion 82 , et son livre étant demeuré chez ieitrli-biaire avec tous leurs autres ouvrages, pendantque les ouvrages de Port-Royal é(oient tout ensem-ble l’admiration des savants et la consolation detoutes les personnes de piété.
Les jésuites , au lieu d attribuer cet heureuxsuccès des livres de leurs adversaires à la bonté dela cause qu’ils soutenoient, et à la pureté de ladoctrine qui y éloît enseignée, s’on preuoirnt àune certaine politesse de langage qu'ils leur ontreprochée long temps comme une affectation con-traire à l’austérité des vérités chrétiennes. Ils ontfait depuis une élude particulière de cette mêmepolitesse: niais leurs livres, manquant d’onctionet de solidité , n’en ont pas été mieux reçus du pu-blic pour être écrits avec une justesse grammati-cale qui va jusqu’à l’affectation.
Ils curent même peur , pendant quelque temps,que le Port-Royal ne leur enlevât l’éducation dela jeunesse , c’est à-dire ne tarît leur crédit dans sasource : car quelques personnes de qualité crai-gnant pour leurs enfants la corruption qui n’estque trop ordinaire dans la plupart des collèges ,et appréhendant aussi que, s’ils faisolenl étudierces enfants seuls , ils ne manquassent de celleémulation qui est souvent le principal aiguillonpour faire avancer les jeunes gens dans l’étude ,avoient résolu de les mettre plusieurs ensemblesous la conduite de gens choisis. Ils avoient prislà-dessus conseil de RI. Àrnauld et de quelquesecclésiastiques doses amis ; et on leur avoit donnédes maîtres tels qu’ils les pouvoient souhaiter. Cesmaîtres n'éloient pas des hommes ordinaires : ilsuffit de dire que l’un d’entre eux éloit le célèbreRI. Nicole: un autre cloître même RI. Lancelot 6 ’,
à qui on doit les Nouvelles méthodes grecque et la-tine , si connues sous le nom do Méthodes de Port-Royal. RI. Arnauld ne dédaignoit pas de travaillerlui-même à l’instruction de cette jeunesse par desouvrages très utiles : et c’est ce qui a donné nais-sance aux excellents liv res de la Logique, delàGéométrie , et de la Grammaire générale. Onpeut juger de, l’utilité de ces écoles par ies hom-mes de mérite qui s y sont formés. île ce nombreont été MRI. Bignon, l’un conseiller d’état, etl’autre premier président du grand conseil : RI. deIlarlay et RI. de Bngnols, aussi conseillers d’état;et le célèbre 51. Le Main de Tillemont, qui a tantédifié l'Eglise , et par la sainteté de sa vie , et parson grand travail sur l'histoire ecclésiastique c4 .
Cette instruction de la jeunesse fut, commej’ai dit, une des principales raisons qui animèrentles jésuites à la destruction de Port-Royal : et ilscrurent devoir tenter toutes sortes de moyens poury parvenir. Leurs entreprises contre le livre de laFréquente. Communion ne leur avant pas réussi, ilsdressèrent contre leurs adversaires une autre, bat-terie, et crurent que Ica disputes qu’ils avoientavec eux sur la grâce leur fourniroienl un prétexteplus favorable pour les accabler. Ces disputesavoient commencé vers le temps même que laFréquente Communion parut : et ce lîit au sujet del’/4»g*«sfir)iis de Jansénius, évêque d’Ypres. Dansce livre , imprimé depuis sa mort 8J , cet évêque,en voulant établir la doctrine de saint Augustinsur la grâce , y combattait fortement l'opinion deîlolina , jésuite , homme fort audacieux, cl quiavoit parlé de ce grand docteur de l’Église avec unfort grand mépris. Les jésuites, intéressés a sou-tenir leur confrère sur une doctrine que toute leurécole s’étoit avisée d’embrasser. s’itoient fort dé-chaînés contre l’ouvrage et contre la personnemême de Jansénius, qu’ils traitoient de calvinisteet d’hérétique, comme ils traitent ordinairementtous leurs adversaires. Ils étoient d’autant plus maifondés à le traiter d'hérétique , que lui-même parson testament, e! dans plusieurs endroits de soitlivre , déclare qu’il soumet entièrement sa doc-trine au jugement du saint-siège. Ainsi , quandmême il auroit avancé quelque hérésie, un ne se-roit pas en droit pour cela de dire qu'il fut héréti-que. RI. Arnauld donc, persuadé que le livre dece prélat ne contenoit que la doctrine de saint Au-gustin, pour laquelle il s’étoit hautement déclarélui-même plusieurs années avant l’impression dece livre l,B , avoit pris la plume pour le défendre,et avoit composé ensuite plusieurs ouvrages sur lagrâce, qui avoient eu un prodigieux sucés. Celaavoit fort alarmé non seulement les jésuites, maismême quelques professeurs de théologie et quel-ques autres vieux docteurs de la Faculté, quiéloicul (l’opinion contraire n saint Augustin , etqui craignoicut que la doctrine de la grâce efficacepar elle-même ne gagnât le dessus dans 1rs écoles,lis se réunirent donc tous ensemble pour la dé-crier, et pour en empêcher le progrès. 51. Cor-net 67 , l’un d’entre eux, qui avoit été jésuite , etqui étoit alors (en 1 G 49 ) syndic de la Faculté,s’avisa pour cela d’un moyen tout particulier. Happorta à la Faculté cinq propositions sur la grâce