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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL. 465

pour y être examinées. Ces propositions étoientembarrassées de mots si .captieux et si équivo-ques . que. bien qu’elles fussent en effet très héré-tiques, elles sernbloient néanmoins ne dire sur lagrâce que presque les mêmes choses que disoientles défenseurs de saint Augustin.

M. Cornet n’osa pas avancer qu’elles fussent ex-traites de Jansénius : et il déclara même , dansl’assemblée; de la Faculté , qu’il n'étoit pas ques-tion de Jausénius en cette occasion. Mais les doc-teurs attachés à la doctrine de saint Augustin,ayant reconnu l’arliiiee , se récrièrent qui; ce n’é-toit point la coutume de la Faculté d’examinerdes propositions vagues cl sans nom d’auteur ; quecelles-ci étoient des propositions captieuses, et fa-briquées exprès pour en faire retomber la con-damnation sur la grâce efficace. Et, voyant qu’onne laissoil pas de nommer des commissaires,soixante-dix d’entre eux appelèrent comme d’abusde tout ce qu'avoit fait le syndic. Le Parlementreçut leur appel, et imposa silence aux deuxparties.

(i65o.) Mais les jésuites et leurs partisans nes’en tinrent paslà : ils écrivirent une lettre au papeInnoceDtX, pour le prier de prononcer sur cesmêmes propositions. Ils ne disoient pas qu’elleseussent été tirées de Jansénius, mais seulementqu’elles étoient soutenues en France par plusieursdocteurs , et insinuoienl que le livre de cet évêquey avoit excité de fort grands troubles parmi lesthéologiens. Cette lettre fut composée par M. Ha-bert , évêque de Vabres , qui s’étoit des premierssignalé contre Jansénius, et contre lequel M. Ar-nauld avoit écrit avec beaucoup de force. Quoiquel’assemblée générale du clergé se tînt alors à Paris,ils n’osèrent pas y parler de cette affaire, de pourque, la lettre venant à être examinée publique-ment et avec un peu d'attention, elle ne révoltâttout ce qu’il y avoit de prélats jaloux de l’honneurde leur caractère . lesquels Irouvcroient étrangeque cette dispute étant née dans le royaume, ellene fût pas jugée au moins en première instancepar les évêques du royaume même. La chose futdonc conduite avec plus de secret, et cette lettrefut portée séparément par un jésuite , nommé lepère Pinet, à un fort grand nombre de prélats,tant à Paris que dans les provinces. La plupartd’entre eux ont même depuis avoué qu’ils l’avoientsignée sans savoir de quoi il s’agissoil, et par puredéférence pour la signature de leurs confrères.

Les défenseurs de saint Augustin ayant appriscette démarche, se trouvèrent fort embarrassés :les uns vouloicnt qu’on ne prît point d’inlérèt dansl’affaire, et que, sans sc donner aucun mouve-ment, on laissât condamner à Rome des proposi-tions en effet très condamnables, et qui , commeelles 11 ’étoient d’aucun auteur , n’éloient aussi sou-tenues de. personne. Les autres, au contraire, ap-préhendèrent assez mal à propos, comme la suitel’a justifié , que la véritable doctrine de la grâce ne Ise trouvât enveloppée dans cette condamnation, Iet furent d’avis d’envoyer au pape pour lui repré-senter les artifices et les mauvaises intentions deleurs adversaires. Cet avis l’ayant emporté , M. de JCondiin , archevêque de Sens, messieurs de Châ-

lons, d’Orléans, de Comminges, de Beauvais,d’Angers, et huit nu dix outres prélats , zélés dé-fenseurs de la doctrine de la grâce efficace , dépu-tèrent à Rome trois ou quatre des plus habilesthéologiens attachés à cette doctrine, i Is les char-gèrent d’une Irttre pour le pape, on , après s’êtreplaints à sa sainteté qu'on eût voulu l’engager à dé-cider sur des propositions faites à plaisir , cl qui ,étant énoncées en des terme» ambigus, ne pou*voient produire d’elles-mêmes que des disputespleines de chaleur dans la diversité des interpré-tations qu’on leur peut donner , ils la sopplioionlde vouloir examiner à fond cctle affaire , de biendistinguer les différent» sens des propositions, etd’observer, dans le jugement qu’elle en feroil , laforme légitime des jugements ecclésiastiques , quieonsistoit principalement à entendre les défensesctlcs raisons des parties. Ils ne dissinuiloieiit pasmême que , dans les règles, cette affaire avoit dûêtre discutée par les évêques de France avant qued’être portée à sa sainteté. Un s’imaginera aisémentque cette lettre ne fut pas fort au goût de la courde Rome , aussi éloignée de vouloir entrer dansles discussions qu’on lui demandoit, que prévenuequ’il n’appartient point aux évêques de faire desdécisions sur la doctrine. En effet, leurs députés,pemlant près de deux an» qu'ils demeurèrent àRome , demandèrent inutilement d’être entenduseu présence de leurs parties; ils demandèrent,avec aussi peu de succès, que les différents sensque pouvoient avoir les propositions fussent dis-tingués dans la censure qu’ou en feroit.

lie pape donna sa constitution (le 3i mai îSêôj,où il candaïunoit les cinq propositions sans au-cune distinction de sens hérétique ni catholique ,et se contenta d’assurer publiquement ces députés,lorsqu’ils prirent congé de lui , que cette condam-nation ne regardoit ni la grâce efficace par elle-même, ni la doctrine de saint Augustin, <qui« étoit, dit-il, et qui seroit toujours la doctrine de* l’Église. ■

Si M. Arnauld et ses amis avoient eu un mau-vais dessein en demandant l'éclaircissement doces propositions, et s’ils avoieuL eu cet orgueilqui est proprement le caractère des hérétique» ,ils auroient pu appeler sur-le-champ de celte dé-cision au concile, puisque-cette décision ne s’é-toil faite que dans une congrégation particulière ,et que le pape , selon la doctrine de France , n’estinfaillible qu’à la tête d’un concile. Mai», commeils n’avoient eu en vue que la vérité, et que jamaispersonne n’a eu plu» d’hurreur du schisme queM. Arnauld , lui et ses amis reçurent avec un pro-fond respect la constitution, et reconnurent sin-cèrement, comme il» avoient toujours fait, r qiicces propositions étoient hérétiques. A la vérité ,ils répéteront ce qu’ils avoient dit plusieurs foi»avant la constitution , qu’il ne leur paroissoit pa»que ces propositions fussent dan» le livre de Jansénius, où ils s’offroienL même d’en faire voir detoutes contraires.

Une conduite si sage et si humble auroit dû faireun fort grand plaisir aux jésuites, si les jésuite»avoient été des enfants de paix , et qu’ils n’eussentcherché que la vérité. Eu effet, les cinq proposi

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