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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL.

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des pénitences publiques pour les péchés les plusuême pour de très légères fautes; qu’ils

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iroîcnt le mépris

sainte communion ;

qu’ils ne croyoient l’absolution du prêtre que dé-claratoire ; qu’ils rejetaient le concile de Trente ;qu’ils étoieut ennemis du pape: qu’ils vouloientfitire une nouvelle Église : qu’ils ninient jusqu’à ladivinité de Jésus-Christ, et une infinité d’autresextravagances, toutes plus horribles les une» queles autres, qui sont répandues dans les écrits desjésuites, et qu’on trouve ramassées tout nouvelle-ment par un de ces pères en un misérable libelleeu furme de catéchisme , qui se débiloit, il y après d’un an , dans un couvent de Paris, dont ilssont les directeurs. Aux accusations d’hérésie, ilsajoutoient encore ci lles de crimes d’état, voulantfaire passer trois ou quatre prêtres , et une dou-zaine de solitaires qui ne songeoient qu’à prierDieu et à se faire oublier de tout le monde, connueun parti de factieux qui se for moi t dan s le royaume.Ils impuloicnt à cabale les actions les plus sainteset les plus vertueuses. J’en rapporterai ici unexemple par où on pourra juger de tout le reste.

Feu àf. de Bagnols 72 . et quelques autres amisde Port-Royal, ayant contribué jusqu’à une sommede près de quatre cent mille francs pour secourirles pauvres de Champagne et de Picardie pendantla lamine de l’année iüf> 2 , la chose ne se put fairesi secrètement qu’il n’en vînt quelque vent aux oreil-les des jésuites. Àussilû0’ini d’eux, nommé le pèred’Anjou , qui prêchoit dans la paroisse de Saint-lknoît, avança en pleine chaire qu’il savoit descience certaine que les jansénistes , sous prétexted’assister les pauvres, amassoient de grandes som-mes qu’ils eiuployoient à faire des cabales contrel’état. Le curé de Saint-Benoît ne put souffrir «mecalomnie si atroce, et moula le lendemain enchaire pour en faire voir l’impudence et la faus-seté. Mais l’aiVaire n’en demeura pas là : made-moiselle Viole, fille dévote, et de qualité , entre1rs mains de laquelle on avoit remis cette somme,alla trouver le père Vincent, supérieur de la mis.sîon, et l’obligea de justifier, par son registre,comme quoi tout cet argent avoit été porté chezlui, et comme quoi on l’avoit ensuite distribuéaux pauvres des deux provinces que je viens dedire. Mais une calomnie éloit à peine détruite,que les jésuites en invenloient une autre ; ils neparloicnt d’autre chose que de la puissante factiondes janséniste* t ils melloieut M. Arnould à la têtede ce parti, et peu s’en falloil qu’on ne lui don-nât déjà des soldats et des ofiieiers 73 . Je parleraiailleurs de ces a ccusalîoris de cabale , et j’en feraiToir plus à fond tout le ridicule.

Tous ces bruits pourtant, quoique si absurdes,ne laissoient pas que d’être écoutés par les gens duinonde, et principalement à la cour, où l’un pré-sume aisément le mal, surtout des personnes quifont profession d’une vie réglée et d’une moraleun peu austère. Les jésuites y gouvernoient alorsla plupart des consciences : ils n’eurent donc pasde peine à prévenir l’esprit de la reiue-mère, princesse d’une extrême piété, mais qui avoit été forttourmentée durant sa régence par des factions quis’élevèrent, ei qu’elle craignoit toujours de voir

renaître. Ils prirent surtout soin de lui décrier lesreligieuses de Port-Boyal ; et, quoiqu’elles fussentencore moins instruites des disputes sur la grâceque des autres démêlés, ils ne laissoient pas de luireprésenter ces saintes filles comme ayant part àtoutes les factions, et comme entrant daus toutesles disputes.

M. Arnauld n’ignoroit pas tout ce déchaînementdes jésuites, mais il ne se donnoil pas de grandsmouvements pour le réprimer, persuadé que tou-tes ces calomnies si extravagantes se détruii oietitd’elles-mêmes, et qu’il n’y avoit qu'à laisser parlerla vérité. Il ne songeoit donc plus qu’à vivre enrepos, et avoit résolu de consacrer désormais sesveilles à des ouvrages qui n’eussent pour but quel’éditicalion de l’Eglise, sans aucun mélange deces contestations.

Le jésuites cependant Iravailloienl puissammentà établir la créance du fait, et profitaient de tou-tes les conjonctures qui pouvaient les favoriser dansce dessein. Le cardinal Mazarin n’avoit pas étéd’abord fort porté pour eux, et il éloit même pré-venu de beaucoup d'estime pour le grand méritede leurs adversaires. D’ailleurs il voyoit avec assezd’indifférence toutes ces contestations, et u’étoitpas trop fâché que les esprits en France s'échauf-fassent pour de semblables disputes, qui les em-pêchoient de se mêler d’affaire» qui lui auroientparu plus graves et plus sérieuses; il n’étoil pasnon plus fort porté à l’aire plaisir au pape Inno-cent X, qui n’avoit jamais témoigné beaucoup debonne volonté pour lui, et à qui, de son côté , ilavoit donné long-temps tous les dégoûts qu’il avoitpu. Mais depuis l'emprisonnement du rardinal deRetz , qu’il regardoit comme son ennemi capital,il avoit gardé pins de mesures avec ce même pape,de peur qu’il ne voulût prendre couiioissance decelte affaire , et qu’il n’en vînt à quelque décla-ration qui a ii roi t pu faire de l’embarras.

Là dessus le père Annat, nouvellement arrivéde Rome pour être confesseur du roi, fil entendreà ce premier ministre que la chose du monde quipouvoit plus gagner le pape , u’étoit de faire euaorte que sa constitution fût reçue par toute laFrance , sans aucune explication ni distinction. Lecardinal se résolut donc de faire au saint père unplaisir qui lui coûteroit si peu. Il assembla ailLouvre , en sa présence , trente-huit archevêquesou évêques qui se trouvoient alors à Paris. Quel-ques jours auparavant, le nonce du pape avoit faitau roi de fort grandes plaintes d’une lettre pasto-rale que l’archevêque de Sens avoit publiée au sujetde la constitution, et dont la cour de Home avoitété extrêmement piquée. Le cardinal ne fit aucunemention de cette lettiedans l’assemblée; mais,se plaignant aux prélats de ce qu’on éludoit laconstitution par des subtilités, disoit»iI , nouvelle-ment Inventées , il les exhorta à chercher les moyensde finir ces divisions , et de donner une pleine sa-tisfaction à sa sainteté. Quelques évêques lui vou-lurent représenter que tout le monde étant d’ac-cord sur la doctrine , le reste ne valoil pas la peined’être relevé ni d'exciter de nouvelles contesta-tions; mais le gros de l'assemblée fut de l’avis dupremier ministre, et jugea l’affaire très itupor-