Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

468 ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE

tante. On nomma huit commissaires, du nombre I

desquels étoicnt 3111. d'Embrun "* , ci de Tou- [

louye 75 , pour examiner avec soin le livre de Jnn-senius, ut pour en faire lotir rapport dans hui- :tainfc. |

Au bout de ce terme si court, le cardinal donna l

à tonie l’assemblée un festin fort magnifique, et !

au sortir de table on parla des aü'aires de l’Eglise. [

JL’arclievêquc d’Embrun porta la parole pour tons :

Jes commissaires , fit entendre à inesseigneurs , par !

un discours dos plus éloquents , à ce que dit la rc- |

lation du clergé , non pas qu’ils eussent trouvé dans j

Jausénius les cinq propositions en propres termes, j

mais qu’à juger d’un auteur par tout le contexte •

de sa doctrine , un ne pouvoit pas douter qu’elles \

n’y fussent, ot qu’ils y en avoieut trouvé même deplus dangereuses; qu’au reste, il y «voit deux Jpreuves incontestables que les cinq propositions iy étoicnt, cl qu'il falloil s’en tenir à ces deux preu-ves : l’une étoit les termes mêmes de la bulle,qu’on ne pouvoit nier, à moins que d’être trèsméchant grammairien, qui ne rapportassent cespropositions à Jausénius. L’autre étoit les lettresdes évêques de Fiance écrites à sa sainteté avantet après la constitution , par lesquelles il paroissoitvisiblement qu'ils avoient toussupposé que les cinqpropositions étoicnt en effet de Jausénius. Sur untel fondement il fut arrêté, à la pluralité des voix,que l’assemblée déelaroit, par un jugement défi-nitif, que le pape avoit condamné ces proportionscomme étant de Jausénius et au seus de Jun&éums,et qu’elle écriroit à sa sainteté et à tous les évêquesde France, pour les informer de ce jugement.Quatre prélats de rassemblée, savoir, l’archevê-que de Sens, et les évêques de Commingeh, deBeauvais et de Valence, refusèrent de signer ces 1lettres, et ne souffrirent qu’on y mît leurs nomsqu’après avoir protesté qu’ils n’y consentoient quepour conserver l’union avec leurs confrères.

La lettre au pape lui fut rendue par l’évêquede Lodève 71 , depuis évêque de Montpellier , quiétoit alors à Rome. La même relation porte quele pape la liaisa avec de grands transports de joie ,confessant qu’il n’avoil point reçu un plus sensibleplaisir de tout son pontificat. 11 y lit aussitôt ré-ponse , par un bref daté du «7 septembre il»54 ,et adressé à l'assemblée générale du clergé qui sedevoil tenir au premier jour. Ce bref étoit suc-cinct , et il n’y étoit pas dit un mot de ce jugementrendu par les évêques -, le pape y témoignoit seu-lement sa joie de la soumission des prélats deFrance à sa constitution , dans laquelle il avoit,disoit-il, condamné la doctrine de Jansénius. (lebref étant arrivé en France avec la nouvelle delàmort du pape , le cardinal Mazarin , sans attendrel’assemblée générale, convoqua encore une assem-blée particulière de quinze prélats, eu présencedesquels le bref fut ouvert ( le 10 mai i655 j , etil fut résolu d’envoyer la constitution et le bref àtous les évêques , qui furent exhortés à les fairesouscrire par tous les ecclésiastiques et par toutes1 b>s communautés , tant régulières que séculières ,de leurs diurèses. C'eut la première fois qu’il a étéparlé de signature dans cette affaire. 11 est assezétrange que quinze évêques aient voulu imposer

à toute l’Église de France une loi quele pape n’imposoit pas lui -même , et dont ni a uoun pape ni au-cun concile ne s’étoient jamais avisés.

La cour de Rome, devenue plus hardie par laconduite des prélats de France , Ut mettre à l't'a-dex non seulement la lettre pastorale de l’aiche-vèqne de Sens 77 , mais encore celles de l’évêquede Beauvais 78 et de l’évêque de Coimiiîuges 7? ,quoiqu’elle n'tût d’autre crime à reprocher à cesdeux derniers que d'avoir dit que Je pape , par saconstitution, n’avoit pas prétendu donner atteinteni à la doctrine de saint Augustin , ni au droitqu'ont les évêques déjuger au moins en premièreinstance des causes majeures , et de prononcer surdes questions de foi et de doctrine , lorsque tesquestions sont nées ou agitées dans leurs diocèse. 1 -.

M. Arnauld garda un profond silence sur toutce qui s’é-toil passé dans ces assemblées, et se con-tentait de gémir en secret des plaies que celle mal-heureuse querelle faisoit à l’épiscopat ci à l’Église.Ce fut vers ce teirips-là que lui et ses neveux coinmencèrent la traduction du nouveau Testamentde Mons , qui n’a été achevée que long-temps de-puis. Ils travaillaient aussi à de nouvelles Vies dessaints, et préparoient des matériaux pour le grandouvrage de la Perpétuité 8u . Les religieuses doPorl-iloyal donnèrent occasion à la naissance de cetouvrage , eu priant M. Arnauld de luire un recueildes plus considérables passages des Pères sur l'Eu-charistie , et de partager ces passages en plusieursleçons pour les matines de tous les jeudi.- de l’an-née. Ce recueil est ce qu'on appelle I’Oiïice duSaint-Sacrement. M. 1c duc de Luynes 87 , quidepuis sa retraite avoit fort étudié les Pères de l’Eglise , et qui avoit un très beau génie pour la tra-duction , s'employa aussi à ce travail : c’est à quoiil s’appliquait dans sa solitude , et nou pas à ci soccupations basses et serviles que les courtisanslui atlribuoient faussement, pour tourner en ridi-cule une vie très noble et I rès chrétienne qu’ils nese senloient pas capables d’imiter.

Ce fut aussi en ce même temps que l’illustreM. Pascal connut Port-Royal et M. Arnauld. Colleoonnoissance sc lit par Je moyen de mademoisellePascal, sa sceur, religieuse dans ce monaslète.Celte vertueuse lille avoit fait beaucoup d’éclatdans le monde par la beauté de son esprit et parun talent singulier qn’elle avoit pour la poésie ;mais elle avoit renoncé de bonne heure aux vainsamusements du siècle, el étoit nue des plus hum-bles religieuses de la maison. Lorsqu'elle y entra ,elle avoit voulu donner tout son bien au couvent :mais lu mère Angélique et les autres mères nevoulurent pas le recevoir, et oblinrent d’elle qu’ellen’apporteroit qu’une dot assez médiocre. Un pro-cédé si peu ordinaire à des religieuses excita lacuriosité de M. Pascal, et il voulut connoître plusparticulièrement une maison où fou étoit si fortau dessus de l'inlérêl. 11 étoit déjà dans de grandssentiments de piété , et il y avoit même deux outrois ans que , malgré rinclinatinn et le génie pro-digieux qu’il avoit pour les mathématiques , H s’é-toit dègoûlé de ses spéculations pour ne plus s’ap-pliquer qu’à l’étude de l’Écriture et des grandesvérités de la religion. Lu connoiseancc de Port-