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férence de Ja plupart de» hommes de ne siècle surla religion, puisque une merveille si extraordi-naire , et qui lit alors tant d'éclat , est presque en-tièrement effacée de leur souvenir. C’est ce quim’oblige à en rapporter ici jusqu’aux plus petitescirconstances, d’autant plus qu’elles contribueronta faire mieux comioître tout ensemble et la gran-deur du miracle, et l’esprit et la sainteté du mo*nasfère où il est arrivé.
11 y «voit à Port-Royal de Paris une jeune pen-sionnaire de dix à onze an», nommée mademoi-selle Perricr, fille de M. Perrier, conseiller à lacour des aides de Clermont, et nièce de M. Pas-cal. Mlle étoit affligée depuis trois ans cl demi d’unefistule lacrymale au coin de l’iril gauche. Cettefistule , qui étoit fort grosse au dehors , avoit faitmi fort grand ravage en dedans ; elle avoit entière-ment carié l’os du nez, et percé le palais ; en tellesorte que la matière qui en sortait à tout momentlui couloit le long des joues el par les narines, etlui tombait même, dan» la gorge. Son œil s’étoitconsidérablement apetissé; ot tontes les partiesvoisines étaient tellement abreuvées et altérées parla fluxion, qu’on ne pouvoit lui toucher ce côté dela tête sans lui faire beaucoup de douleur. On nepouvoit ht regarder sans une espèce d’horreur; clla matière qui sorloit de cet ulcère étoit d’dnepuanteur si insupportable, que, de l’avis mêmedes chirurgiens, on avoit été obligé de la séparerdes autres pensionnaires , et de la mettre dan» unechambre avec une de scs compagnes beaucouppins âgée qu’elle , en qui on trouva assez de cha-rité pour vouloir bien lui tenir compagnie. On Ta-voit fait voir à tout ce qu’il y avoit d’oculistes, dechirurgiens, et même d’opérateurs plus fameux ;mais les remèdes ne faisant qu’irrilcr le tmd,comme on ciaignoit que l’ulcère ne s’étendît enfinsurtout le visage , trois des plus habiles chirur-giens de Paris, Cressé, (îuillurd et Dalcncé, furentd’avis d’y appliquer au plus tôt le feu. Leur avisfut envoyé à M. Perrier, qui se mit aussitôt enchemin pour être présent à l’opération : et on at-tendoît de jour à autre qu'il arrivât.
Ce la se passa dans le temps que l'orage dont j’aiparlé étoit tout prêt d’éclater contre le monastèrede Port Royal. Le» religieuses y éloient dans decontinuelles prières : et l’abhcsxe d’alors, qui étoitcette même Marie des Ange» qui l’uvoil été deMaubuisson ; l’abbesse , dis-je , étoit dans une es-pèce de retraite, où elle 11 e faisoit autre chosejour et nuil que lever les mains au ciel , ne luirestant plus aucune espérance de secours de lapart des hommes.
Dans ce même temps il y avoit à Paris im ecclé-siastique de condition et de piété, nommé M. doLa Potterie ® 9 , qui, entre plusieurs saintes reli-ques qu’il avoit recueillies avec grand soi», pré-tendoit avoir une des épines de la couronne deNotre-Seîgneur. Plusieurs couvents avoient eu unesainte curiosité de voir cette relique. 11 l’avoit prê-tée, entre antres, aux carmélites du faubourgSaint-Jacques, qui Pavoient portée en processiondans leur maison. Les religieuses de Porl-Pioyal,touchées de la même dévotion , avoient aussi de-mandé à la voir : et elle leur fut portée le vingt-
L’IIISTOIRE
quatrième de mars «656, qui se trouvoit alors levendredi de la troisième semaine de carême, jourauquel l’Église chante à l’introït de la messe cesparoles tirées du psaume lxxxv : Fac tuecum. signumin honum, etc. « Seigneur, faites éclater un prodige« en ma faveur, afin que mes ennemis le voient et« soient confondus; qu’ils voient, mon Dieu , que« vous m’avez secouru et que vous m’avez consolé!»
Les religieuses ayant donc reçu celle sainteépine , la posèrent au dedans de leur chœur surune espèce de petit autel contre la grille; et lacommunauté fut avertie de se trouver à une pro-cession qu’on devoil faire après vêpres en son hon-neur. Vêpres finie» , no chanta les hymnes et lesprières romenûbles à la sainte couronne d’épineset au mystère douloureux de la passion; aprèsquoi elles allèrent, chacune en leur rang, baiserla relique ; les religieuses professes le» première»,ensuite les novices, et 1ns pensionnaires après.Quand ee fut le tour de la petite Perrier , la maî-tresse des pensionnaires, qui s’éloit tenue deboutauprès de la grille pour voir passer tout ce petitpeuple, l’ayant aperçue, ne put la voir, défiguréecomme elle eloit, sans une espèce de frissonne-ment mèdé de compassion , et elle lui dit : u Rt-« commandez-vous à Dieu, ma fille, et faites lou-« cher voire œil malade à la sainte épine.» Lapetite fille lit ee qu’on lui dit, et elle a depuis dé-claré qu’elle ne douta point, sur la parole de samaîtresse, que la sainte épine ne la guérît.
Après cette cérémonie, tonie» Je» autres pen-sionnaires sc retirèrent dans leur chambre; ellen’y fut pas plu» tôt qu’elle dit à sa compagne :«Ma sœur, je n’ai plus de mal. la sainte épineu m’a guérie. » En ell'et, sa compagne Tayaut re-gardée avec attention, irouva son œil gauche toutaussi sain que l’autre, sans tumeur, sans matière,et même sans cicatrice. On peut juger combien ,dans toute autre maison que Port-Royal, une aveu-ture si surprenante feroil de mouvement, et avecquel empressement on iroit en avertir tonte lacommunauté. Cependant, pareeque c’éioit l’heuredu silence, et que ce silence s’observe encoreplus exaeiemcnt Je carême que dans les autrestemps; que «Tailleurs toute la maison étoit dansun plus grand recueillement qu’à l’ordinaire , cesdeux jeunes filles sc tinrent dans leur chambre, etse couchèrent sans dire un seul mot à personne.Le lendemain malin, une des religieuses , em-ployée auprès des pensionnaires, vint pour peignerla petite Perrier : el, comme elle appréhendoit delui faire du mal, elle évitoit, comme à son ordi-naire , d’appuyer sur le côté gauche de latrie;mais la jeune fille lui dit : « Ma sœur, la sainte« épine m’a guérie. — Comment, ma Sœur,
« vous êtes guérie 3 — Regardez , et voyez, » luirépondit - elle. En effet, la religieuse regarda,et vit qu’elle étoit entièrement guérie. Elle alla endonner avis à la mère abbesse , qui vint, et quiremercia Dieu de ce merveilleux eilcl de sa puis-sance; mais elle, jugea à propos de ne le point di-vulguer au dehors, persuadée que, dans la mau-vaise disposition où les esprits étaient alors contreleur maison, elles dévoient éviter sur toutes chosesde faire parler le monde. En effet, le silence est si