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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL.

Royal, et les grands exemples de piété qu’il ytrouva Je frappèrent extrêmement : il résolut dene plus penser uniquement qu’à son saint. Il rom-pit dès lors tout commerce avec les gens du monde,il renonra même à un mariage très avantageux qu’iléloit sur le point de conclure , et embrassa une vietrès austère et très mortifiée , qu’il a continuée jus-qu’à la mort. Il éloit fort touché du grand méritede M. Arnauld , et avoit couru pour lui une es-time qu’il trouva bientôt occasion de signaler.

Le silence que cc docteur -s’étoit imposé sur lesdisputes de la grâce ne fut pas de longue durée ,et il fut obligé indispensablement de le rompre,par une occasion assez extraordinaire. L» prêtre 82de la communauté de Sainl-Sulpice s’avisa de re-fuser l’absolution à M. le duc de Liancourt, et luidéclara qu’il lui refuseroil aussi la communion s ilse présetiluil à l’autel. Le sujet qu’il allégua d’unrefus si injurieux , c’cst (pie ce seigneur retiraitchez lui un ecclésiastique ami de Port Royal, etque mademoiselle de La lloclie Guyon , sa petite-fille, éloit pensionnaire dans ce monastère. Onu’auroit peut être pas fait beaucoup d’attention àrentrrpnse téméraire de ce confesseur ; mais cequi rendit i'.ifT’.iire plus considérable . c’est qu'ilfut avoué par le curé et par les autres supérieursde ce séminaire , gens très dévots , mais fort pré-venus contre Port-Royal. M. Arnauld écrivit là-dessus une lettre sans nom d’auteur ; elle fit beau-coup de bruit. 8 ’ Il se crut oblige d’en écrire uneseconde beaucoup plus ample 84 uù il mit sonnom , et uù il justiüoit à fond la pureté de sa foiet l’innocence des religieuses de Port-lloyal.

II y avoit déjà du temps que ses ennemis atfen-doient avec impatience quelque ouvrage avoué delui, où ils pussent, soit à droit, soit à tort, trou-ver une matière de censure. Cette lettre vint trèsà propos pour eux, et il> prétendirent qu’il y avoitdeux propositions erronées. Dans l’une, qui ic-gardoit le fait de Jansénius, M. Arnauld disoitqu’ayant lu exactement le livre de cet évêque, iln’y avoit point trouvé les cinq propositions, étantprêt du t este de les condamner partout où clicsseroient, et dans le livre même «le Jansénius siclics s’y irouvoiem. L’autre, qui regardoit le dog-me, était mie proposition composée dot proprestermes de saint (ihrytoslôme et de saint Augustin,et portoit que les pères nous montrent en la per-sonne de saint Tierre un juste à qui la grâce, sanslaquelle pn ne peut rien , avoit manqué. Ces pro-positions furent déférées à la Faculté par des doc-teurs du parti des jésuites: et ceux-ci firent sibien, par leurs intrigues, et en Sorbonne, et sur-tout à la cour, qu’ils vinrent à bout de faire cen-surer la première de ces propositions comme té-méraire , et la seconde comme hérétique.

Il n’y eut jamais de jugement moins juridique,et tous les statuts de la Faculté de théologie y lu-rent violés. On donna pour commissaires à 31. Ar-nauld ses ennemis déclarés, et l’on n’eut égard nià scs récusations ni à ses défenses; on lui refusamême de venir en personne dire ses raisons. Quoi-que , par les statuts, les moines 11 e dussent pas s«trouver dans les assemblées au nombre de plus dehuit, il s’y en trouva toujours plus de quarante ;

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et pour empêcher ceux du parti de M. Arnauld dedire tout ce qu’ils avaient préparé pour sa défense,le temps que chaque docteur devoil dire son avis•fut limité à une demi heure. On mit pour cela surla table mie horloge de sable , qui éloit la mesurede ce temps : invention non moins odieuse en depareilles occasions, que honteuse dans son origine,et qui, au rappurt du cardinal Palavicin, ayantété proposée au concile de Trente par quelquesgens, fut rejetée avec détestation par tout le con-cile. Enfui, dans le dessein d’ôler entièrement laliberté des suffrages , le chancelier Séguier 8s ,malgré son grand âge et ses incommodités, eutordre d’assister à toutes ces assemblées. Près dequatre-vingts des plus célèbres docteurs, voyantune procédure si irrégulière, réstdurenl de s’ab-senter , et aimèrent mieux sortir de la Faculté quede souscrire à la censure. M. de Launoy* 0 même,si fameux par sa grande érudition , quoiqu’il fîtprofession publique d’être sur la grâce d’autre sen-timent que saint Augustin , sortit aussi comme lesautres, et écrivit contre la censure une lettre oùil se plaignoit , avec beaucoup de force , du ren-versement de tous les privilèges de la Faculté.

Le jour que cette censure fut signée (en févrierlGSGJ parut aux jésuites un grand jour pour leurcompagnie : non seulement ils s’imagiuoieut triom-pher par là de M. Arnauld et de tous les docteursattachés à la grâce efficace, mais ils eroyoienltriompher de la Sorbonne même, et s’être vengésde toutes les censures dont elle avoit flétri les Ga-rasse, les Santarcl , les Banni, et plusieurs autresde leurs pères, puisqu’ils l’avoient obligée de cen-surer, en censurant M. Arnauld, deux Pères del’Église dont sa seconde proposition était tirée, etde se faire à elle-même une plaie incurable , parla nécessité où ils la mirent de retrancher de soncorps scs plus illustres membres. D’ailleurs ilsdonnoient aussi par là une grande idée de leurpouvoir et du crédit qu’ils avoienl à la cour , ilscoufirmoient le roi et la reine-mère dans toutes lespréventions qu’ils leur avoient inspirées contreleurs adversaires.

Mais ils songèrent à tirer des fruits plus solidesde leur victoire : ils obtinrent un ordre pour casserccs petits etablissements que j’ai dit qu’on avoitfaits pour l’instruction de la jeunesse , et qu’ils ap-pelaient des écoles de jansénisme. Le lieutenantcivil 8, alla à Porl-Royal-des-Champs pour en fairesortir les écoliers et les précepteurs, avec tous lessolitaires qui s’y étoient retirés. M. Arnauld futobligé de se cacher ; et il y avoit même déjà unordre signé pour ôter aux religieuses des deuxmaisons leurs novices et leurs pensionnaires. Enun moL, le Port-Royal éloit dans la consternation,et les jésuites au comble de leur joie, lorsque lemiracle de la sainte épine arriva.

On a donné au public plusieurs relations de cemirarlc; entre autres, feu M. l’évêque de Tour-nay , non moins illustre par sa piété et par sa doc-trine que par sa naissance , l’a raeoulé fort au longdans un livre 88 qu’il a composé contre les athées,et s’en «-st servi comme d’une preuve éclatante dela vérité de la religion ; mais on pomrnit s’en ser-vir aussi comme d’une preuve étonnante de l’indif-