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ABRÉGÉ DE L’HISTOIRE
sent fait une grande impression sur le public. Lafoule crnissoit de jour en jour à Port-Royal; etDieu même sembloit prendre plaisir à autoriserla dévotion des peuples, parla quantité de nou-veaux miracles qui se firent en cette église. Nonseulement tout Paris avoit recours à la sainteépine et aux prières des religieuses, mais de tousles endroits du royaume un leur demandoit deslinges qui eussent louché à cette relique; et ceslinges, à ce qu’on raconte, opéraient plusieursguérisons miraculeuses.
Vraisemblablement la piété de la reine-mèrefut touchée de la protection visible de Dieu surces religieuses. Cette sage princesse commença àjuger plus favorablement de leur innocence. Onne parla plus de leur ôter leurs novices ni leurspensionnaires, et on leur laissa la liberté d’en re-cevoir tout autant qu'elles voudroient. M. ArnanUlmême recommença à se montrer > ou , pour mieuxdire , s’alla replongerdans son désert avec M. d'An-dilly son frère , ses deux neveux 9a , et M. Nicole ,qui depuis deux ans ne le quitloitplus , et qui étoitdevenu le compagnon inséparable de ses travaux.Les autres solitaires y revinrent aussi peu à peu ,et y recommencèrent leurs mêmes exercices depénitence.
On songeoit si peu alors à inquiéter les religieu-ses de Port-Royal , que le cardinal de Retz leurayant accordé un autre supérieur en la place doM. du Saussay qu’il avoit destitué de tout emploidans le diocèse de Paris, on ne leur fit aucunepeine là dessus, quoique M. Singlin 94 . qui étoitci; nouveau supérieur, ne fût pas fort au goût dela cour, où les jésuites avoîent pris un ibrt grandsoin de le décrier. IIy avoit déjà plusieurs annéesqu’il étoit confesseur de la maison de Paris ; et sessermons y altiroient quantité de monde, bienmoins par la politesse de langage que par lesgrandes et solides vérités qu’il prêchoit. On le.» adepuis donnés au public sous le nom ^'Instructionschrétiennes ; et ce n’est pas un des livres les moinsédifiants qui soient sortis de Port-Royal. Mais letalent où il excelloit le plus, c’éloil dans la con-duite des âmes : son bon sens, joint à une piétéet à une charité extraordinaires, imprimoient untel respect, que, bien qu’il n’eût pas la mêmeétendue de génie et de science que 3V1. Arnauld ,non seulement les religieuses, mais M. Arnauldlui-mêine, M. Pascal, M. Le Maistre, et tous ccsantres esprits si sublimes, avoient pour lui unedocilité d’enfanl, et se conduisoient en toutes cho-ses par ses avis.
Dieu s’éloit servi de lui pour convertir et attirerà Ja piété plusieurs personnes du la première qua-lité ; et comme il les conduisoit par des voies trèsopposées à celles du siècle , il ne tarda guère àêtre accusé de maximes outrées sur la pénitence.M. de Gondy, qui s’éloit d’abord laissé surprendreà ses ennemis, lui avoit interdit la chaire (enmais , ayant bientôt reconnu son innocence , il lerétablit trois mois apres, et vint lui-même grossirla foule de ses auditeurs. Il vécut toujours clansune pauvreté évangélique , jusque là qu’après samort on ne lui trouva pas de quoi faire les fraispour l'enterrer, et qu’il fallut que les religieuses
assistassent de leurs charités quelques uns de sesplus proches parents qui étoienl aussi pauvres quelui. Les jésuites néanmoins passèrent jusqu’à cetexcès de fureur, que de lui reprocher dans plusieurs libelles de s’être enrichi aux dépens de sespénitents, et de s’être approprié plus de huit centmille francs sur les grandes restitutions qu’il avoitfait faire à quelques uns d’entre eux 94 : et il n’y apas eu plus de réparation des outrages faits auconfesseur, que des faussetés avancées contre lesreligieuses. Le cardinal de Retz ne pouvoit doncfaire à ces filles un meilleur présent que de leurdonner un supérieur de ce mérile , ni mieux mar-quer qu’il avoit hérité de toute la bonne volontéde son prédécesseur 95 .
Comme c’est cette bonne volonté dont on a faitle plus grand crime aux prétendus jansénistes, ilest bon de dire ici jusqu'à quel point a été leurliaison avec ce cardinal. On ne prétend point lejustifier de tons les défauts qu’une violente ambi-tion entraîne d’ordinaire avec elle: mais tout lemonde convient qu’il avoit de très excellentes qua-lités, entre autres une considération singulièrepour les gens de mérile , et un fort grand désirde les avoir pour amis : il regardoit M. ArnanUlcomme un des premiers théologiens de son siècle,étant lui même un théologien fort hahile , et il luia conservé jusqu’à la mort cette estime qu'il avoitconçue pour lui lorsqu’ils étoienl ensemble sur lesbancs ; jusque là qu’après son retour en Fiance ,il a mieux aimé se laisser rayer du nombre desdocteurs de la Faculté, que de souscrire à la cen-sure dont nous venons de parler, et qui lui patultoujours l'ouvrage d’une cabale.
La vérité est pourtant que, tandis qu’il futcoadjuteur, c’est à-dire dans le temps qu’il étoit ala tête de la fronde , messieurs de Port-Royaleurent très peu de commerce avec lui , et qu’ilne s’amuaoit guère alors à leur communiquer tiiles secrets de sa conscience ni les ressorts de sapolitique. Et comment les leur nuroit-U pu com-muniquer? Il n’ignoroit pas, et personne dès lorsne l’ignoroit, que c’étoil la doctrine de Port-Royal,qu'un sujet, pour quelque occasion que ce soit, nepeut se révolter en conscience contre son légitimeprince-, que , quand même il en seroit injuste-ment opprimé, il doit souffrir l’oppression, etn’en demander justice qu’à Dieu , qui seul a droitde faire rendre compte aux rois de leurs actions.C’est ce qui a toujours été enseigné à Port-Royal,et c’est ce que M. Arnauld a fortement maintenudans ses livres, et particulièrement dans son Apo-logie pour les catholiques 96 , où il a traité la ques-tion à fond. Mais non seulement messieurs dePort-Royal unt soutenu cette doctrine , ils l’ontpratiquée à la rigueur. C’est une chose connued’une infinité (le gens, que, pendant les guerresde Paris, lorsque les plus fameux directeurs deconscience donnoient indifféremment l’absolutionà tous les gens engagés dans les deux partis, lesecclésiastiques de Port-Royal tinrent toujoursferme à la refuser à ceux qui étoient dan» le particontraire à celui du roi- Ou sait les rudes péni-tences qu’ils ont imposées et au prince de Conti 58et à la duchesse de Longueville, pour avoir eu