DE PORT-ROYAL.
grand dans ce monastère, que, plus de six joursaprès ce miracle, il y avoit des sœurs qui n’enavoient point entendu parler.
Mais Dieu , qui 11 e vouloit pas qu’il demeurâtcaché , permit qu’au bout de trois ou quatre jours,Ralencé , l’un des trois chirurgiens qui avoientfait la consultation que j’ai dite , vînt dans la mai-son pour une autre malade. Après sa ■visite il de-manda aussi à voir la petite fille qui avoit la fistule.On la lui amena ; mais , ue la reconnoissant point,il répéta encore une fois qu’il deiuandoit la petitefille qui avoit une fistule. On lui dit tout sim-plement que e’étoit celle qu’il Toyoit devant lui.Dalcncé fut étonné . regarda la religieuse qui luiparloit, et s’alla imaginer qu’on avoiL fait venirquelque charlatan qui , avec un palliatif) avait sus-pendu le mal. 11 examina donc sa malade avec uneattention extraordinaire , lui pressa plusieurs foisl’œil pour on faire sortir de la matière , luiregardadans le riez et dans le palais , et enfin , tout hors delui, demanda ce que cela vouloit (lire. On lui avouaingénument comme la chose s’étoit passée : et 1 ui ,courut aussitôt, tout transporté, chez ses deuxconfrères , (xuillard et dressé. Les ayant ramenésavec lui . ils furent tous trois saisis d’un égal éton-nement ; et, après avoir confessé que Dieu seulavoit pu faire une guérison si subite et si parfaite,ils allèrent remplir tout Paris de la réputation dece miracle. Bientôt M. de La Potteric , à qui onavoit rendu sa relique , se vit accablé d’une foulede gens qui venoiout lui demander à la voir. Maisil en fit présent aux religieuses de Port - Royal,croyant qu'elle ne pouvait pas être mieux révéréeque dans la même église où Pieu avoit fait pat-elle un si grand miracle, de fut donc pendant plu-sieurs jours un (lot continuel de peuple qui abor-doit dans cette église , et qui venoit poury adoreret pour y baiser la sainte épine : et on ne parloitd'autre chose dans Paris.
Le bruit de ee miracle étant venu à dompiègne ,où étoit alors la cour , la reine-mère se trouva fortembarrassée : elle avoit peine à croire que Pieueût si particulièrement favorisé une maison qu’onlui dépeignent depuis si long-temps comme infec-tée d’hérésie, et que ce miracle, dont on faisoittant de récit, eût même été opéré en la personned’une des pensionnaires de cette maison . commesi Dieu eût voulu approuver par là l'éducation quel’on y dormait à la jeunesse. Elle 11 e s’en fia ni auxlettres que plusieurs personnes de piété lui en érri-vnient , ni au bruit public, ni même aux attesta-tions des chirurgiens de Paris ; elle y envoya M. Fé-lix, premier chirurgien du roi 90 , estimé généra-lement pour sa grande habileté dans son art, etpour sa probité singulière : et le chargea de luirendre, un compte fidèle de tout ce qui lui pa-raîtrait de ce miracle. M. Félix s’acquitta de sacommission avec une fort grande exactitude : ilinterrogea les religieuses et les chirurgiens, se litraconter la naissance, le progrès et la fin de lamaladie , examina attentivement la pensionnaire ,et enfin déclara que la nature ni les remèdes n’a-voient eu aucune part à celte guérison , et qu’elle,ne pouvoitêtre que l’ouvrage de Dieu seul.
Les grands vicaires de Paris, excités par la voix
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publique, furent obligés d’en faire aussi une exacteinformation. Après avoir rassemblé les certificatsd’un grand nombre des plus habiles chirurgiens etde plusieurs médecins, du nombre desquels étoitM. Bouvard , premier médecin du roi 91 , et prisl’avis des pins considérables docteurs de Sorbonne,ils donnèrent une sentence qu’ils firent publier,par laquelle ils cerlifioicnt la vérité du miracle,exhortuieut les peuples à rendre à Dieu des actionsde grâceB, et ordonnoient qu’à l'avenir tous 1ervendredis la relique de la sainte épine seroit ex-posée dans l’église de Port-Royal à la vénérationdes fidèles. Eu exécution de cette sentence , Jl- deIlodenck, grand-vicaire, célébra la messe dansl’église avec beaucoup de solennité , et donna àbaiser la sainte relique à toute la foule du peuplequi y étoit accourue.
Pendant que l’Eglise rendoil à Dieu ccs actionsde grâces , et se réjouissoil du grand avantage quece miracle lui donnoit sur les athées et sur les hé-rétiques , les ennemis de Port-Royal, bien loin departiciper à celte joie , demeuvoieut tristes et con-fondus, selon l’expression du psaume. TI n’y eutpoint d’effort s qu’ils ne fissent pour détruire dansle public la créance de ce miracle. Tantôt ils ac-cusoient les religieuses de fourberies, prétendaitqu’au lieu de la petite Peiner elles montroientune sœur qu’elle avoit, et qui étoit aussi pension-naire dans celle maison , tantôt ils assuraient quece n’avoit été qu'une guérison imparfaite, et quele mal étoit revenu plus violent que jamais : tantôtque la fluxion étoit tombée .sur les parties nobles ,et que la petite fille en étoit à l’extrémité. Je nesais point positivement si M. Félix eut ordre de lacour de s’informer de ce qui en étoit ; niais- il pa-raît , par une seconde attestation signée de sa main,qu'il retourna encore à Port Royal et qu’il cer-tifia de nouveau et la vérité du miracle, et la par-faite santé où il avoit trouvé cette demoiselle.
Enfin il parut un écrit, et personne ne doulaque ce ne fût du père Annat, avec ce titre ridi-cule: Le ruhat-joir- dus jansénistes , ou observationssur te miracle qu’on dit être a?-riW à Port-Royal,composé pur rm docteur de l’Eglise catholique. L’au-teur faisoit judicieusement d’avertir qu’il étoit ca-tholique, n’y ayant personne qui, à la seule inspec-tion de ce titre, et plus encore à la lecture dulivre, ne l'eût pris pour un protestant très enve-nimé contre l’Eglise. Il s voie assez de peine à con-venir de la vérité du miracle ; mais enfin , voulantbien le supposer vrai, il en tiroit la conséquencedu monde la plus étrange, savoir , que Dieu voyantles religieuses infectées de l’hérésie des cinq propo-sitions , il avoit opéré ce miracle dans leur maisonpour leur prouver que Jésus Christ étoit mort pourtous les hommes; il faisoit là-dessus un grand nom-bre de laisonneifienls, tous plus extravagants lesuns que les autres , par où il ôtuit à la véritablereligion l’une de ses plus grandes preuves , qui estcelle des miracles. Pour conclusion, il exhortoitles fidèles à se bien donner de garde d’aller invo-quer Dieu dans l’église de Port-Royal, de peurqu’en y cherchant la santé du corps, ils n’y trou-vassent la perle de leurs âmes.
Mais il ne parut pas que ces exhortations eus-