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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL. 4 7 3

part aux troubles dont nous parlons, et les sommesimmenses qu’il en a coûté à ce prince pour répa-rer, autant qu’il étoil possible, les désordres dontil avoit pu être cause peudant ces malheureuxtemps. Les jésuites ont eu peut-être plus d’uucoccasion de procurer à l’Kglise de pareils exem-ples; mai», ou ils n’étoient pas persuadés desmêmes maximes qu’on suivoit là-dessus à Port-Royal, ou ils n’ont pas eu la même vigueur pourles faire pratiquer.

Quelle apparence donc que le cardinal de Rnizait pu faire entrer dans une faction contre le roides gens remplis de ces maximes , et prévenus dece grand principe de saint Paul et de saint Au-gustin , qu’il nVst pas permis de faire même unpetit mal, atin qu’il en arrive un grand bien ? Onveut pourtant bien avouer que lorsqu’il fut arche-vêque , après la mort de son oncle, les religieusesde Port-Royal le reconnurent pour leur légitimepastcu-r, et firent des prières pour sa délivrance 89 .Elles s’adressèrent aussi à lui pour les affaires spi-rituelles de leur monastère , du moment qu’ellessurent qu’il étoit en liberté. On ne nie pas mêmequ’ayant su l’extrême nécessité où H étoil aprèsqu il eut disparu de Rome , elles et leurs amis nelui aient prêté quelque argent pour subsister, nes’imaginant pas qu’il fût défendu , ni à des ecclé-siastiques, ni à des religieuses, d’empêcher leurarchevêque de mourir de faiui. C’est de là aussique leurs ennemis prirent occasion de les noircirdans l’esprit du cardinal Mazarin, en persuadanta ce ministre qu’il n’avoit point de plus grandsennemis que les jansénistes ; que le cardinal deRetz n’étoit parti de Rome que pour se venir je-ter entre leurs bras; qu’il étoit même caché àPort-Royal; que c’cloit là que se faisoient tousles manifestes qu’on publioit pour sa : iléfense ;qu’ils lui avoient déjà fait trouver tout l’argentnécessaire pour une guerre civile, et qu’il nedésespéroit pas, par leur moyen, de se rétablir àforce ouverte dans son siège. On a bien vu dansla suite l’impertinence de ces calomnies ; maispour en faire mieux voir le ridicule, il est bond’expliquer ici ce que c’étoit que M. Arnauld,qu’on faisoit l’auteur et le chef de toute la cabale.

Tout le monde sait que c’étoit un génie admi-rable pour les lettres, et sans bornes dans l’éten-dne de ses connoissances ; mais tout le mondene sait pas ( ce qui est pourtant très véritable )que eel homme si merveilleux étoit aussi l'hommele plus simple et le plus incapable de finesse et dedissimulation 1 °°, et le moins propre, en un mot,è former ni à conduire tin parti ; qu’il n’avoit euvue que la vérité, et qu’il ne gardoit sur cela au-cunes mesures, prêt à contredire ses amis lors-qu’ils avoient tort, et à défendre ses ennemis, s’illui paroissoit qu’ils eussent raison ; qu’au reste,jamais théologien n’eut des opinions si saines et sipures sur la soumission qu’on doit au roi et auxpuissances ; que non seulement il étoit persuade ,comme nous l’avons déjà dit, qu’un sujet, pourquelque occasion que ce soit, ne peut point s’éle-ver contre son prince, mais qu’il ne croyoit pasmême que dans la persécution il pût murmurer.

Toute la conduite de sa vie a bien fait voir

qu’il étoit dans ces sentiments. En effet, pen-dant plus de quarante ans qu’on a abusé , pour leperdre , du nom et de l’autorité du roi, a-t-il man-qué une occasion de faire éclater et son amourpour sa personne et son admiration pour lesgrandes qualités qu’il reconnoissoit en lui ? Obligéde se retirer dans les pays étrangers pour se sous-traire à la haine implacable de ses ennemis, àpeiuc y fut-il arrivé, qu’il publia son Apologiepour les catholiques; et l’on sait qu’une partie dece livre est employée à justifier ia conduite du roià l’égard dns huguenots , et à justifier les jésuitesmêmes» M. le marquis de Grana ayant su qu’ilétoit caché dans Bruxelles, le fit assurer de saprotection; mais il témoigna en même temps unfort grand désir de voir ce docteur, dont la répu-tation avoit rempli toute l’Europe. M. Arnauldne refusa point sa protection ; mais il le fit prierde le laisser dans son obscurité, et de ne pas l’obli-ger à voir un gouverneur des Pays-Bas espagnols ,pendant que l’Espagne étoit en guerre avec laFrance: et M. de Grana fut assez galant hommepour approuver la délicatesse de son scrupule.

Lorsque le prince d’Orange se fuL rendu maîtrede l’Angleterre , les jésuites , qu’on regardoit par-tout comme les principales causes des malheursdu roi Jacques, ne furent pas, à ce qu’on pré-tend , les derniers à vouloir se rendre favorable lenouveau roi. Mais M. Arnauld, qui avoit tantd’intérêt à ne pas s’attirer son indignation, neput retenir son zèle : il prit la plume , et écrivitavec tant de force 101 pour défendre les droits duroi Jacques, et pour exhorter tous les princes ca-tholiques à imiter la générosité avec laquelle leroi l’avoit recueilli en France , que le princed’Orange exigea de tous ses alliés, et surtout desEspagnols, de chasser ce docteur de toutes lesterres de leur domination. Ce fut alors qu’il setrouva dans la plus grande extrémité où il se fûttrouvé de sa vie, la France lui étant fermée parles jésuites, et tou» les autres pays par les ennemisde la France.

On a su de quelques amis qui ne le quittèrentpoint dans cette extrémité qu’un de leurs plusgrands embarras éloit d’empêcher que , dans tousles lieux où il eherchoit à se cacher, son tropgrand zèle pour le roi ne le fît découvrir : il éloitsi persuadé, que ce prince ne pouvoit manquerdans la conduite de ses entreprises, que sur celail entreprenoit tout le monde; jusque là que, surla fin de ses jours, étant sujet à tomber dans unassoupissement que l’on croyoit dangereux poursa vie , ces mêmes amis ne savoient point de meil-leur moyen pour l’en tirer que de lui crier, ouque les François avoient été battus , ou que le roiavoit levé le siège de quelque place ; et il repre-noit toute sa vivacité naturelle pour disputer contreeux , et leur soutenir que la nouvelle ne pouvoitpas être vraie. Il n’y a qu’à lire son leslament, oùil déclare à Lieu le fond de son cœur : on y verraavec quelle tendresse , bien loin d’impuier au roitoutes les traverses que lui ou ses amis ont es-suyées , il plaide , pour ainsi dire , devant Dieu lacause de ce prince, et justifie la pureté de sesintentions.