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que les jésuites n’eussent poiut été nommésdansce discours, le I*. Brisacier. qui étoit alors recteurdu collège des jésuite? à Rouen , n’en eut pas plustôt avis , que sa bile se réchauffa : il prit la plume,et fil un libelle en forme de requête , où il déchi-roit ce vertueux ecclésiastique avec la même fu-reur qu’il avoit déchiré les religieuses de Port-Royal.
Les autres curés, touchés du traitement indignequ’on faisoit à leur confrère t eurent soin, avanttoutes choses, de s’instruire à fond du sujet deleur querelle. Ils prirent, d’un côté , les Lettresprovinciales, et, de l’autre, les livres des casuistes,résolus de poursuivre, ou la condamnation deces Lettres si les casuisies y étoient cités à faux, oula condamnation des casuistcs si ccs citations étoientvéritables. Ils y trouvèrent, non seulement tous lespassages qui étoient rapportés, mais encore ungrand nombre de beaucoup plus horribles, queM. Pascal avoit fait scrupule de citer. Ils dressè-rent un extrait de tous ces passages, et le présen-tèrent avec une requête à >1. de Harlay lü7 , alorsleur archevêque, qui a été depuis archevêque deParis. Mais lui, jugeant que cette affaire regar-doit toute l’Eglise, les renvoya à l’assemblée géné-rale du clergé, et y députa même unde ses grands,vicaires, avec ordre d’y présenter et l’extrait et larequête 1 ° 8 .
Les curés de Rouen écrivirent aussitôt à ceuxde Paris, pour les prier de les aider de leurs lu*mièreset de leur crédit, et même de se joindre àeux dans une cause qui éloit, disoient- ils, la camede l’Evangile. Les cinés de Paris n’avoient pas at-tendu celte lettre pour s’élever contre la moraledes nouveaux casuistes. Ils s’étoient déjà assemblésplusieurs lois sur cc sujet, tellement qu’ils n'eu-rent pas de peine à se joindre avec leurs confrères.Ils dressèrent aussi de leur côté un extrait de plusde quarante propositions de ces casuistes , et leprésentèrent à l’assemblée du clergé pour en de-mander la condamnation, en même temps que larequête des curés de Rouen y fut présentée.
Comme c’est principalement aux évêques àmaintenir dans l’Église la saine doctrine , tout lemonde a’atlendoit que le zèle des prélats éclate-roit encore plus fortement que celui de tous cescurés. En-effet, quelle apparence que ccs mêmesévêques, qui se donnoient alors tant de mouve-ment pour faire condamner dans ïansénius cinqpropositions équivoques qu’on doutoit qui s’ytrouvassent, pussent hésiter à condamner dan»les livres des casuistes un si grand nombre de pro-positions, toutes plus abominables les unes queles autres , qui y étoient énoncées en propres ter-mes , et qui tendoient au renversement entier dela morale de Jésus-Christ ? A la vérité , il paroît,par les témoignages publics de quelques prélatsdéputés à l'assemblée dont nous parlons, qu’ilsne purent entendre Bans horreur la lecture de cespropositions des casuistes, et qu’ils furent sur lepoint de se bouclier les oreilles , comme firent lesPcres du concile de Micée , lorsqu’ils entendirentles propositions d’Alius. Mais les égards qu’on avoitpour les jésuites prévalurent sur cette horreur :l’assemblée se contenta de faire dire aux curés ,
par les commissaires qu’elle avoit nommés pourexaminer leur requête, qu’étant sur le point dese séparer, et l’affaire qu’ils lui proposoient étantd’une grande discussion , elle n'avoit plus assez detemps pour y travailler. Du reste, elle ordonnaaux agents du clergé de faire imprimer les In-struction? de saint Charles sur la pénitence , et deles envoyer dans loua les diocèses, t afin que cet« excellent ouvrage servît comme de barrière pour» arrêter le cours des nouvelles opinions sur la< morale. »
Quoique les jésuites n’eussent pas lieu de seplaindre de la sévérité des prélats , ils furent néan-moins très mortifiés de la publication de ce livre ,sur lequel Us n’iguoroient pas que toute la doc-trine du livre de la Fréquente Communion étoit fon-dée ; mais ils se plaignirent surtout de l’abbé deGiron 1 "®, qu’ils accusèrent d’avoir composé la let-tre circulaire des évêques qui accompagnoit cemême livre. Et plût à Dieu que leur animositécontre cet abbé se fût arrêtée à sa personne , et nese fui pas étendue sur un saint établissement defilles ( les filles de l’Enfance) dont il avoit dressé lesconstitutions, et qu’ils ont eu le crédit de faire dé-truire , au grand regret de la province de Langue-doc et de toute l’Eglise meme , qui en recevoit au-tant d’utilité que d'cdiücation 7|7 -
Comme tou s ccs extraits des curés avoient achevéde convaincre tout le monde de la fidélité des ci-tations de M- Pascal, les jésuites prirent un partitout contraire à celui qu’ils avoient pris jusqu’alors.JJs entreprirent de défendre ouvertement la doc-trine de leurs auteurs : c’est ce qui leur fit publierle livre de l’Apologie des casuistes, composé par leP. l’irot, ami du P. Annal, et qui enseignoit lathéologie au collège de Clermont 1l2 . Comme ilsn’avoient pu obtenir de privilège pour l’imprimer,on n’y voyoit ni nom d’auteur ni nom d’impri-meur; mais ils le débitèrent publiquement dansleur collège; ils en distribuèrent eux mêmes plu-sieurs exemplaires aux amis de la société , tant àParis que dans les provinces. Le P. Brisacier le. fitlire en plein réfectoire dans le collège de Rouen :il avoit plus de raison qu’un autre de soutenir ccbel ouvrage, puisqu’on y renoiiveloit contre lesreligieuses de Port-Royal, et contre leurs direc-teurs, les mêmes impostures dont il pouvoit se direl’inventeur.
Mais sa compagnie n’eutpas long-temps sujet des’applaudir de la publication de cc livre : jamaisouvrage n'a excité un si grand soulèvement dansl’Eglise. Les curés de Paris dressèrent d’abord deuxrequêtes , pour les présenter , l'une au parlement,l’autre aux grands vicaires. Le P. Annal, pourparer ce coup, obtint qu’ils fussent mandés auLouvre, pour rendre raison de leur conduite.Mais cela ne fit que hâter la condamnation de cetexécrable livre. En effet, le cardinal Mar.arin ayantdemandé aux curés, en présence du roi et desprincipaux ministres de son conseil, pourquoi ilsvouloient s’adresser au parlement au sujet d’un li-vre de théologie , ils répondirent avec une fermetérespectueuse qu'il ne s'agissait point dans ce livrede simples questions de théologie, mais que ladoctrine qu’il contenoit ne tendoît pas moins qu’à