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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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4 7 C ABRÉGÉ DE

autoriser les plus grands crimes , tels que le vol,l’usure , le duel, l'adultère et l’homicide ; et quela sûreté des sujets du roi, et celle de sa majestémême, étant intéressée à sa condamnation, ilss'étoient crus en droit de porter leurs plaintes auxmêmes tribunaux qui avoient autrefois condamnéles Santarel, les Mariana , et les autres dangereuxauteurs de cette même société-Ou n'eut pas lamoindre réponse à leur faire. Le chancelier, quiétoit préseut, déclara qu’il avoit refusé le privilègede ce livre. Enfin le roi , après avoir exigé des cu-rés qu’ils se eoiitenleroient de s’adresser aux jugesecclésiastiques, leur promit d’envoyer ses ordresen Sorbonne, pour y examiner l’Apologie. Le roitint parole ; et toutes les brigues des jésuites et dedocteurs de leur parti ne purent empêcher que laFaculté ne fît nue censure , cl que celle censurene fût publiée. Les grands-vicaires de Paris en pu-blièrent aussi une de leur côté; et, presque enmême temps , plus de trente archevêques et évê-ques, quelques uns même de ceux que les jésuitescroyoient le plus dans leur dépendance, foudroyè-rent à l’envi et l’Apologie et (a méchante moraledes casuisles.

Les jésuites perdoient patience pendant ce sou-lèvement si universel ; mais ils ne purent jamaisse résoudre à désavouer l’Apologie. Le P. Armâtfît plusieurs écrits contre les curés, et il Jes traitaavec la même hauteur que les jésuites traitent or-dinairement leurs adversaires. Mais ceux-ci le ré-futèrent courageusement, et le couvrirent de con-fusion sur tous lespoints dont on les vouloit accu-ser. D'autres jésuites s’attaquèrent aux évêquesmêmes, et écrivirent contre leurs censures : ilspublioientbaulementque ce n’éloitpoint aux évê-ques à prononcer sur de telles matières, et quec’étoient des causes majeures qui dévoient êtrerenvoyées à Rome , comme on y avoit renvoyé lescinq propositions. Ils furent fort mortifiés, lors-qn’au bout de six mois ils virent leur livre con-damné par un décret de l'inquisition ; ils trou-voient néanmoins encore des raisons de se flatter ,disant que l’inquisition n’avoit supprimé l’Apolo-gie que pour des considérations de police. Enfin ,le pape Alexandre Vil , auprès duquel ils avoienttoujours été en si grande faveur, frappa d’ana-thème quarante-cinq propositions de leurs casuis-tes; quelques années après , il condamna encorele livre d’un P. Moya , jésuite espagnol, qui, sousle nom d’Amadœus Guimeneus , enseignoit lamême doctrine que l’Apologie 115 , et censura demême le fameux Caramucl, grand défenseur detoutes les méchantes maximes des casuisles 114 .Pour achever du purger l Église de cette perni-cieuse doctrine , le pape Innocent XI, en l’année1679, fit un décret 5,5 où il condamnoit à la foissoixante-cinq propositions aussi tirées des casuis-tes , avec excommunication encourue ipso facto parceux qui, directement ou indirectement, auroientla hardiesse de les soutenir.

Qui n’eût cru qu’une compagnie qui fait unvœu particulier d’obéissance et de soumissionaveugle au saint-siège , garderoit du moins le si-lence sur une doctrine si solennellement condam-née, et feroit désormais enseigner dans ses écoles

L’HISTOIRE

une morale plus conforme et à l’Evangile, et auxdécisions des papes ? Mais le faux homieur de lasociété l’a emporté encore en cette occasion surtoutes les raisons de religion et de politique, etmême sur les constitutions fondamentales de lasociété : il 11e s’est presque point passé d’annéesdepuis ce temps-là que les jésuites, soit par denouveaux livres, soit par des thèses publiques,n’aient soutenu les mêmes méchantes maximes.On sait avec combien d'évêques ils se brouillentencore tous les jours sur ce sujet. Peu s’en est falluenfin qu’ils n’aient'déposé leur propre général ,pour avoir fait imprimer, avec l’approbation dupape , un livre contre la probabilité , laquelle estregardée à bon droit comine la source de toutecette horrible morale.

Mais pendant que les jésuites soutenoient aveccette opiniâtreté les erreurs de leurs casuistes, etue -se rendoient, ni sur le fait, ni sur le droit, auxcensures des papes et des évêques , ils ne poursui-voient pas avec moins d’audace la condamnationde leurs adversaires. Ce ne fut pas assez pour leP. Annat d’avoir fait juger dans l’assemblée duLouvre que les propositions étoient dans Jansé-nius, et d’avoir ensuite fait ordonner, dans l’as-semblée des quinze évêques, que la constitutionet le bref seroient signes par tout le. royaume; ilentreprit encore d’établir un formulaire ou pro-fession de foi, qui comprît également la créancedu fait cl du droit, et d’en faire ordonner la sous-cription suus les peines portées contre les héréti-ques. C’est ce fameux formulaire qui a tant causéde troubles dans l'Église, eL dont les jésuites ontlire un si grand usage pour se venger de toutes lespersonnes qu'ils haïssoient. Tout le monde con-vient que ce fut M. de Marca qui dressa ce formu-laire avec le P. Annat, et qui le fit recevoir dansl’assemblée générale de iG5G.

Ce prélat étoit un homme de beaucoup d’es-prit , très habile dans le droit canon, et dans toutce qui s’appelle la police extérieure de l’Eglise,sur laquelle il avoit même fait des livres très sa-vants, et fort opposés aux prétentions de la courde Rome 116 ; mais il «avoit fort peu de théologie,ne s’élant destiné que fort tard à l’état ecclésiasti-que, et ayant passé plus de la moitié de sa viedans des emplois séculiers, d’abord président anparlement de Pau , puis intendant en Catalogne ,d’où il avoit été élevé à l’évêché de Couserans,• et ensuite à l’archevêché de Toulouse 117 . Sa grandehabileté, jointe à l’extrême passion qu’il ténioi-gnoit contre les jansénistes , lui donnait un grandcrédit dans les assemblées du rdergé : il en dressoittous les actes, et en formoit, pour ainsi dire,toutes les décisions.

M. de Marca et Je P. Annat convenoient dans ledessein de faire déclarer hérétiques les défenseursde Jansénius , mais ils ne convenoient pas dans lamanière de tourner la chose. Le P. Annat prélen-doit que, les papes étant infaillibles aussi bien surle fait que sur le droit, on ne pouvait nier , sanshérésie, un fait que le pape avoit décidé. Maiscela n’accormnodoit pas M. de Toulouse, qui avoitsoutenu très fortement l’opinion contraire dans seslivres; et cela, fondé sur l’autorité de tout ce qu il