DE PORT-ROYAL. 477
y a de plus Labiles écrivaîros , do ceux môme quisont le plus attachés à la cour de Rome, tels queles cardinaux Baronius , Bcllarmin , Pulavicin , leP. Petau , eL plusieurs autres savants jésuites,qui tous ont enseigné que l’Église n’exige pointla créance des faits non révélés, et qui n’ontpoint fait difficulté de contester des faits trèsimportants, décidés dans des conciles généraux.Les censeurs mêmes de la seconde lettre deM. Arnauld , quelque aniitnès qu’ils fussent contresa personne , n'avoient qualifié que de témérairela proposition de ce docteur, où il disoit qu’il n’a-voit point trouvé dans Jansénius les propositionscondamnées. Les jansénistes donc ne pouvoient,même selon leurs ennemis, être traités tout au plusque de téméraires; et le P. Annal vouloit qu’ilsfussent déclarés hérétiques.
Dans cet embarras, M. de Marça s’avisa d’unexpédient dont il s’applaudit fort : il prélendit quele fait de Jansénius éloit un fait certain , d’une na-ture particulière, et qui étoit tellement lié avecle droit, qu’ils ne pouvoient être séparés. «Le« pape, disoit ce prélat, déclare qu’il a condamnéa comme hérétique la doctrine de Jansénius : or« les jansénistes soutiennent la doctrine de Jansé-« nius : donc les jansénistes soutiennent une doc-« trine hérétique. » C’étoit un des plus ridiculessophismes qui se pût faire, puisque le pape n’expli-quant point ce qu’il enteudoil par la doctrine deJansénius, la même question de fait suLsistoit tou-jours entre ses adversaires et ses défenseurs, dontles uns croyoient voir dans celte doctrine tout levenin des cinq propositions, et les autres n’ycroyoient voir que la doctrine de saint Augustin.Il n’est pas croyable neanmoins combien de gensse laissèrent éblouir à ce faux argument : le pèreAnnal le répéloil à chaque bout de champ dans seslivres: et ce ne fui qu’après un nombre infini deréfutations qu’il fut obligé de l’abandonner.
Cependant lui et M. de Toulouse ayant préparétous les matériaux pour faire accepter leur formu-laire dans l’assemblée générale, deux prélats en-voyés par le roi y vinrent exhorter les évêques, dela part de sa majesté , à chercher les moyens d’ex-tirper l’hérésie du jansénisme. En même tempstous les prélats qui se irouvoient alors à Paris (en1666) eurent aussi ordre de se rendre dans lagrande salle des Augustins. Alors M. de Toulouseprésenta à l’assemblée une ample relation , qu’ilavoit composée à sa mode , de toute l’affaire deJansénius. Cette relation étantlue, on fitaussi lec-ture de la constitution et du l>reF, des déclarationsdu roi, et de toutes les lettres des assemblées pré-cédentes. M. de Marca fit un grand discours surl’autorité de la présente assemblée, qu’il rgaloit àun concile national. Tout cela , comme on peutle penser, fui long, et tint presque entièrementles deux séances dans lesquelles cette grande af-faire fut terminée, en telle sorte que ceux qui yétoient présents n’eurent autre chose à faire qu’àécouter et signer. Il n’y eut, pour ainsi dire, niexamen ni délibération : ceux qui n’étoient pas del’avis du formulaire furent entraînes par le grandnombre. On confirma les délibérations des assem-blées précédentes : le formulaire fut approuvé, et
on résolut qu’il seroit envoyé à tous les évêqueaabsents, avec ordre à eux d’exécuter les résolutionsde l’assemblée , sous peine d’être exclus de touteassemblée du clergé, soit générale, soit particu-lière , et môme des assemblées provinciales. Toutcela se fit le premier et le deuxième jour de sep-tembre.
En même temps l’assemblée écrivit au nouveaupape , pour lui rendre compte de tout ce qu’elleavoit fait contre les jansénistes. Ce pape, qui s’ap-peloit auparavant Fabîo Chigi, avoit pris le nomd’Alexandre VIL Je ne puis m’empêcher de rap-porter à son sujet une chose assez particulière, quele cardinal de Rclz raconte dans l’histoire qu’il acomposée do conclave où ce même pape fut élu.Il dit que le cardinal François Barberin , dont leparti étoit fort puissant dans le conclave , fut long-temps sans se pouvoir résoudre à donner sa voix aChigi, craignant que son étroite liaison avec lesjésuites ne l’engageât, quand il seioit pape, àdonner quelque atteinte à la doctrine de saintAugustin, pour laquelle Barberin avoit toujourseu un fort grand respect. Chigi, ajoute le cardinalde Retz , n’ignora pas ce scrupule. Quelques joursaprès, s’étant trouvé à une conversation où le car-dinal Albizzi, passionné partisan des jésuites , par-loit de saint Augustin avec beaucoup de mépris ,il prit avec beaucoup de chaleur la défense de cesaint docteur, et parla de telle sorte, que nonseulement le cardinal Barberin fut entièrementrassuré , mais qu’on se flatta même que Chigi se-roit homme à donner la paix à l'Église.
Il est évident que jamais les jésuites ne furentplus puissants à Rome que sous son pontificat. 11ne tarda guère à publier une constitution 118 , où,non content de confirmer la bulle d’innocent Xcontre les cinq propositions, il traitoit d’enfantsd'iniquité tous ceux qui osoient dire que ces pro-positions n’avoient point été extraites de Jansénius,ni condamnées au sens de cet évêque ; assurantqu’il avoit assisté lui-même au jugement de toutecette affaire , et que l’intention de son prédéces-seur avoit été de condamner la doctrine de Jan'sénius. Il y a de l’apparence qu’il disoit vrai ; ce*pendant l’assemblée du clergé rapporte dans sonprocès-verbal une chose assez surprenante ; c’estque M. l’évêque de Lodève 119 , dans le comptequ’il rendit à niesseigneurs d’un entretien qu’ilavoit eu avec Innocent X , leur dit que ce papel’avoit assuré de sa propre bouche que son inten-tion n’avoit point été de toucher ni à la personneni à la mémoire de Jansénius, ni même précisé-ment à la question de fait.
Mais l’assemblée ne se mit pas fort en peined'accorder ces contrariétés ; elle ne sc plaignit pasmôme de certains termes de la nouvelle bulle,qui étaient très injurieux à l'épiscopat, et se con-tenta de les adoucir ]n mieux qu’elle put dans laversion Françoise qu’elle en fit faire. Du reste, ellereçut avec de grands témoignages de respect la con-stitution, en fit faire mention dans le formulaire ,où il ne fut plus parlé du bref d’Tnnocenl X , etrésolut de supplier le roi de la faire enregistrerdans son parlement. On appréhenda que le parle-ment ne rejetât cette bulle pour plusieurs raisons,