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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE PORT-ROYAL.

lions en elles-mêmes, ni avoue qu'elles fussentd’aucun auteur; bien qu’ils n’eussent, comme j’aidéjà dit, envoyé leurs docteurs à Rome que pourexhorter sa sainteté à prendre bien garde, en pro-nonçant sur ces propositions chimériques, de nepoint donner d’atteinte à la véritable doctrine delagrâee ; le pape néanmoins les ayanL condamnéessans aucune explication, comme extraites deJan-sénius, il semblait que les prétendus jansénisteseussent entièrement perdu leur cause ; et la plu-part du monde, qui ne snvoit pas le nœud de laquestion , croyoit que c’étoil en effet leur opinionque le pape avoil condamnée. La distinction mêmedu fait et du droit qu’ils alléguoient paroissnitune adresse imaginée après coup pour De se pointsoumettre. 11 n’est donc pas surprenant que le roi ,à qui ses grands emplois ne laissoient pas le tempsde lire leurs nombreuses justifications, crût, surtant de circonstances si vraisemblables et si peuvraies, qu’ils éloient dans l’erreur. O’ai Meurs, quel-que grands principes qu’on eût à Port-Royal surla fidélité et sur l’obéissance qu’on doit aux puis-sances légitimes, quelque persuadé qu’on y fûtqu’un sujet ne peut jamais avoir de justes raisonsde s’élever contre son prince, le roi étoit pré-venu que les jansénistes n’étoient pas bien inten-tionnés pour sa personne et pour son état; et ilsavoient eux mêmes, sans, v penser, donné oenasion à lui inspirer ces sentiments par le commerce,quoique innocent, qu’ils avoient eu av.^c le cardi-nal de Retz , et par leur facilité plus chrétienneque judicieuse à recevoir beaucoup de personnes,ou dégoûtées de la cour, ou tombées dans la dis-grâce , qui véuoient chez eux chercher des con-solations, quelquefois même se jeter dans la pé-nitence. Joignez à cela qu’encore que les princi-paux d’entre eux fussent fort réservés à parler età se plaindre, ils avoient des amis moins réservés ,et indiscrets, qui tenoient quelquefois des discourstrès peu excusables. Ces discours, quoique avan-cés souvent par un seul particulier , étoient répu-tés des discours de tout le corps : leurs adversairesprenoîcnt grand soin qu’ils fussent rapportés auministre ou au roi même.

On sait que sa majesté a toujours un jésuite pourconfesseur 721 . Le P. Annat , qui l’a été fort long-temps, outre l’intérêt général de sa compagnie .aToit encore un intérêt particulier qui l’animoltcontre les gens dont nous parlons. Il se piquoitd’être grand théologien et grand écrivain , il en-tassait volume sur volume, et ne pouvoit digérerde voir ses livres f malgré tous les mouvementsque sa compagnie se donnoit pour les faire valoir)méprisés du public, et ceux de ses adversairesdans une estime générale. Tous ceux qui ont connuce père savent qu’étant assez raisonnable dans lesautres choses , il ne connoîssoit plus ni raison niéquité quand il étoit question des jansénistes. Toutce qui approchoît du roi, mais surtout les gensd’église , n’osoient guère lui paVler sur ce chapitreque dans les sentiments de son confesseur. Il nese tenoit point d’assemblées d’évêques où l’on nefît des délibérations contre la prétendue nouvellehérésie ; et ils comparoient dans leurs haranguesquelques déclarations qu’on avoit obtenues de

sa majesté contre les jansénistes, à tout ce queles Constantin et les Théudose avoient fait de plusconsidérable pour l’Eglise. Les papes mêmes exci-toient, dans leurs brefs, son zèle à exterminer unesecte si pernicieuse. C’étoit tous leg jours de nou-velles accusations. On lui présentoît des livres oùon assuroit que , pendant les guerres de Paris, lesecclésiastiques de Port-Royal avoient offert au ducd’Orléans de lever et d’entretenir douze mille hom-mes à leurs dépens, et qu’on en donneroit la preuvedès que sa majesté en voudroit être informée. Oueut l’impudence d’avancer dans un de ces livresque M. de Gondrin , archevêque de Sens, qu’onappcloit l’un des apôtres du jansénisme, avoitchargé , l’épée à la main . et taillé en pièces, dansune ville de son diocèse j» un régiment d'Irlandoisqui étoit au service de sa majesté. Tous ces ouvra-ges sc débiloîent avec privilège, et les réponses, oùl’on couvroit de confusion de si ridicules calom-niateurs, étoient supprimées par autorité publi-que , et quelquefois même brûlées par la maindu bourreau.

Quel moyen donc que la vérité pût parveniraux oreilles du roi? Le peu de gens qui auroienlpu avoir assez de fermeté pour la lui dire étoientretirés de la cour , ou décidés eux mêmes commejansénistes. Et qui est-ce qui auroit pu être à cou-vert d’une pareille diffamation , puisqu’on a vuun pape, pour avoir fait écrire une lettre un peuobligeante à M. Arnauld, diffamé lui-même publi-quement comme fauteur des jansénistes 132 .

Ainsi une des premières choses à quoi sa ma-jesté se crut obligée, prenant l’administrationde ses affaires après la mort du cardinal Mazarin ,ce fut de délivrer son état de cette prétendue secte.Il fit donner fie i3 avril îGfli ) un arrêt dans sonconseil d’état, pour faire exécuter les résolutionsde l’assemblée du clergé, et écrivit à tous les arche-vêques et évêques de France à ce qu’ils eussent à s’yconformer, avec ordre à chacun d’eux de lui rendrecompte de sa soumission deux mois après qu’ils au-roient reçu sa lettre. Mais les jésuites n’eurent rienplusàcœur que de lui faire ruinenla maison dePort-Royal. Ily avoit long temps qu’ils la lui représen-toîent comme le centre et la principale école delànouvelle hérésie. On ne se donna pas même le tempsde faire examiner la foi des religieuses: le lieutenantcivil et le procureur du roi eurent ordre de s’ytransporter pour en chasser toutes les pensionnaireset les postulantes, avec défense d’en plus recevoirà l’avenir ; et un commissaire du Châtelet alla fairela même chose au ruonas'ère des champs. L’ab-besse , qui étoit alors la mère Agnès, sœur de lamère Angélique, reçut avec un profond respect lesordres du roi, et. sans faire la moindre plainte dece qu’on les eondamnoit ainsi avant que de les en-tendre, demanda seulement au lieutenant civil sielle ne ponrroit pas donner le voile à sept de sespostulantes qui étoient déjà au noviciat, et que lacommunauté avoit admises à la vêture. Il n’en litpoint de difficulté : et, sur la parole de ce magis-trat, quatre de ces filles prirent l’habit le lende-main, qui étoit le jour de la Quasimodo; et lestrois autres le prirent aussi le lendemain , qui étoitle jour de saint Marc. Cette affaire fut rapportée