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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ABREGE DE L’HISTOIRE

au roi d’une manière si odieuse, qu’il renvoyasur-le-champ le lieutenant civil, avec une lettrede cachet , pour faire ôter l'habit à ces novices.L’abbesse se trouva dans un fort grand embarras,ne croyant pas qu’ayant donné à des filles le saintliabit à la face de l’Eglise , il lui fût permis de leleur ôter, sans qu'elles se fussent attiré ce traite-ment par quelque faute. Elle écrivit au roi unelettre 135 très respectueuse pour lui expliquer sesraisons, et pour le supplier aussi de vouloir con-sidérer si sa majesté, sans aucun jugement cano-nique, pouvoit en conscience, en leur défendantde recevoir des novices, « supprimer et éteindrei un monastère et un institut légitimement établi« pour donner des servantes à Jésus-Christ dans la« suite de tous les siècle». » Mais celte lettre neproduisit d’autre fruit que d’attirer une secondelettre de cachet, par laquelle le roi réitéroit sesordres à l’abbesse d’ôter l’habit au sept novices ,et de les renvoyer dans vingt-quatre heures, souspeine de désobéissance et d'encourir son indigna-tion. T)u reste , il lui déelaroit « qu’il n’avoil pas« prétendu supprimer son monastère par une« défense absolue d’y recevoir des novices à l’a-t venir, mais seulement jusques à nouvel ordre,« lequel seroit donné par autorité ecclésiastique ,«lorsqu’il aura été pourvu à votre couvent (ce« sont les termes de la lettre ) d’un supérieur« et directeur d une capacité el piété reconnues,* et duguel la doctrine ne sera point soupçonnée« de jansénisme ; à l’établissement duquel nous« entendons qu’il soit procédé incessamment par« les vicaires-généraux cl l’archevêque de Paris. »

Après une telle lettre on n’osa plus garder lessept novices, et on les rendit à leurs parents;mais on ne put jamais les faire résoudre à quitterl’habit '■ elles le gardèrent pendant plus de troisans, attendant toujours qu’il plût à Dieu de rou-vrir les portes d’une maison où elles voyoieut queleur salut étoit attaché.

L’une de ces novices étoit cette mademoisellePerrier qui avoit été guérie par la sainte épine ; etDieu a permis qu’elle soit restée dans le siècle,afin que plus de personnes pussent apprendre desa bouche ce miracle si étonnant. Elle est encorevivante au moment que j’écris ceci ; et sa piétéexemplaire, très digne d’une vierge ebrétieune,ne contribue pas peu à confirmer le témoignagequ’elle rend à la vérité 12< .

Les pensionnaires et les postulantes chassées,on chassa aussi le supérieur et les confesseurs.AlorsM. de Contes, doyen de Notre Dame, l’undes grands-vicaires, amena aux religieuses, parordre du roi, M. Bail, curé de Montmartre, etsous-pénitencier , pour être leur supérieur et leurconfesseur. Celui-ci nomma deux prêtres de Saint-Nicolas du Chardonnet pour être leurs confesseurssous lui. On ne pouvoit guère choisir de gens plusprévenus contre les jansénistes : M. Bail surtoutleur étoit fort opposé ; ses cheveux se hérissaientau seul nom de Port-Boyal, et il avoit toute sa vieajouté une foi entière à tout ce que les jésuitespublioient contre cette maison; très dévot d’ail-leurs , et qui avait fort étudié les casuistes.

Six semaines après qu’il eut été établi supé-

rieur, M. de Contes et lui eurent ordre de faire lavisite des deux maisons , et ils commencèrent parla maison de Paris. Us y trouvèrent la célèbremère Angélique, qui étoit dangereusement ma-lade, et qui mourut même pendant le cours decette visite. Mais comme cette sainte fille a eu tantde part à tout le bien que Dieu a opéré dans cemonastère, je crois qu’il ne sera pas hors de pro-pos de raconter ici avec quelle fermeté héroïqueelle soutint cetle désolation do sa maison , et detoucher quelques unes des principales circon-stances de sa mort.

Elle avoit passé tout l’hiver à Port-Royal-des-Chainps, avec une santé fort foible et fort languis-sante , ne s’étant point bien rétablie d’une grandemaladie qu’elle avoit eue l’été précédent. U yavoit déjà du temps qu’elle exhortoil scs reli-gieuses à se préparer, par beaucoup de prières,aux tribulations qu’elle prévoyoit qui leur dé-voient arriver. On lui avoit pourtant écrit de Parisque les affaires s’adouciasoieut; niais elle n’en avoitrien cru, et disoit toujours que le temps de lasouffrance étoit arrivé. Eu effet, elle apprit dansla semaine de Pâques les résolutions qui avolentété prises contre ce monastère. Malgré ses grandesinfirmités et l’amour qu’elle avoit pour son dé-sert, elle manda à la mère abbesse que si l’nnjugeoil à Paris sa préseuce nécessaire dans uneconjoncture si importante, elle s’y feroit porter.Elle le fit en effet, sur ce qu’on lui écrivit qu’ilétoit à propos qu’elle vînt. Elle apprit en cheminque ce jour-là même M. le lieutenant civil étoitvenu dans la maison de Paris, et les ordres qu ily avoit apportés. Elle se mit aussitôt à réciter leTe Veuin avec les sœurs qui l’accompagnoicn t dansle carrosse, leur disant qu’il falloit remercier Dieude tout et en tout temps. Elle arriva avec nettetranquillité dans la maison ; et comme elle vit desreligieuses qui pleuroient : « Quoi, dit-elle, me»« filles , je pense que l'on pleure ici ! Et où est« votre foi? « Cette grande fermeté cependantn’enipêcha pas que les jours suivants ses entraillesne fussent émues lorsqu’elle vit sortir toutes cespauvres Giles qu’on venoit enlever les unes aprèsles autres, et qui, comme d’innocents agneaux,perçoient le ciel de leurs cris en venant prendrecongé d’elle, et lui demander sa bénédiction. Il yen eut trois, entre autres, pour qxii elle sc sentoitparticulièrement attendrir : c’étoient mesdemoi-selles de Luynes 125 et mademoiselle de Bagnols 12o .Elle les avoit élevées toutes trois presque au sortirdu berceau, et ne pouvoit oublier avec quels sen-timents de piété leurs parents, qui avoientfaitbeaucoup de bien à la maison, les lui avnient au-trefois recommandées pour en faire des offrandesdignes d’être consacrées à Dieu dans son monas-tère. Elles étoient sur le point de prendre l’habit,et attendoient ce jour avec bien de l’impatience.

L’heure étant venue qu’il falloit qu’elles sortis-sent, la mère Angélique , qui seDtit son creur sedéchirer à cette séparation, et que sa fermetécommençoit à s’ébranler, tout à-coup s’adressa àDieu pour le prier de la soutenir, et prit la réso-lution de les mener elle-même à la porte , où leursparents les attendoient. Elle les leur remit entre